Nice : Que deviennent nos données numériques à notre mort ? La start-up Legapass veut apporter une solution

INNOVATION Inventé par « besoin personnel », le concept de Legapass permet à ses utilisateurs de stocker leurs identifiants (banques, Cloud, cryptomonnaies) et de sécuriser les accès aux héritiers en cas de décès

Elise Martin
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Jean-Charles Chemin, co-fondateur de Legapass, la start-up niçoise
Jean-Charles Chemin, co-fondateur de Legapass, la start-up niçoise — Legapass
  • Que deviennent nos données numériques s’il nous arrive quelque chose ?
  • La start-up niçoise Legapass propose une réponse à cette question.
  • Elle permet un espace de stockage d’identifiants sécurisés et assure une transmission de ce « patrimoine numérique ».

« Ce contact vous a choisi comme contact légataire ». Depuis maintenant quelques années, Facebook a mis en place un « paramètre de commémoration » pour « désigner quelqu’un qui s’occupera de votre compte après votre décès ». Si cette action peut paraître à première vue déstabilisante, elle est devenue presque essentielle à l’heure du « tout numérique ».

Notamment pour Jean-Charles Chemin, 36 ans, avec de nombreux comptes actifs sur Internet. Alors qu’il travaille depuis quinze ans dans les start-up à Nice comme développeur, il se demande : « Que vont devenir mes comptes numériques s’il m’arrive quelque chose ? » De cette réflexion est née Legapass. Cet outil, qui sera officiellement lancé le 26 avril, est « une solution pour sécuriser la transmission de son patrimoine numérique », détaille celui qui fait partie des trois cofondateurs. Le concept « n’existe pas pour le moment en France ».

Garder des mots de passe en toute sécurité et les récupérer grâce à un huissier

Concrètement, ce système permet de stocker ses identifiants de comptes « de cryptomonnaies, de Cloud où sont nos souvenirs, des réseaux sociaux, précise le développeur. Et seuls des héritiers légaux désignés par l’acte de notoriété pourront y avoir accès en cas de décès. Ils sont gardés par des algorithmes de chiffrements, de niveau militaire, envoyés dans un coffre-fort hors-ligne et avec un système de chiffrement de différentes clés. Nous-mêmes, qui travaillons pour le site, ne pouvons pas accéder à ces mots de passe. »

La sécurité et la confiance étant la partie intégrante du projet, Legapass a intégré la « Fédération nationale des tiers de confiance numérique » et s’est associé avec des huissiers pour « certifier que le processus est bien sécurisé ». Ce sont d’ailleurs uniquement ces derniers qui transmettent les clés aux héritiers.

« Nous rendons d’ailleurs service aux notaires dans ces configurations-là puisque actuellement, ils ne savent pas vraiment quoi faire avec ces données. Et de leur côté, ils nous apportent les personnes à qui nous, nous pouvons léguer ces éléments », ajoute Jean-Charles Chemin.

Fermer les comptes mais permettre une transmission de patrimoine

Ce projet, mené par huit personnes, a mis environ un an à se monter. « C’était le temps nécessaire pour assurer le côté sécurité. On se rend compte que c’est quelque chose d’assez nouveau mais qui va prendre très vite de l’ampleur. Les générations qui arrivent sont complètement digitalisées et tout est numérique. Avant, lors d’un décès, on avait une pile de courriers, maintenant on a des tonnes de mails mais il faut des accès », constate le président de la start-up niçoise.

Les cofondateurs de Legapass ont aussi voulu éviter que des « patrimoines numériques » ne se perdent par manque d’informations. « On ne sait pas toujours qu’un de nos proches à un compte en cryptomonnaie et personne n’ira chercher ce genre de choses pour une succession. Nous proposons alors d’être un inventaire mais surtout d’être un tiers de confiance avec une conservation des données dans le temps, sans limite de stockage, pour le service premium. »

Le site est accessible à tous et peut être utilisé gratuitement mais des « frais de transmission sont demandés ». D’autres abonnements payants sont ainsi proposés. Pour 3,99 euros par mois ou 299 euros à vie et ainsi pouvoir « valider son identité, indiquer ses volontés, ajouter des instructions ». Une levée de fonds va être effectuée au lancement avec la volonté de recruter.