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Avec Ternoa, Mickael Canu met la « révolution blockchain » en capsule

Blockchain : « On revit le passage du modem 56k à la fibre », explique Mickael Canu, l’homme qui encapsule nos souvenirs

20 Minutes avecLe créateur français de Ternoa veut rendre la donnée immortelle pour faciliter la transmission de nos souvenirs à nos descendants
Laurent Bainier

Laurent Bainier

L'essentiel

  • Tous les vendredis, 20 Minutes propose à une personnalité de commenter un phénomène de société dans son rendez-vous 20 Minutes avec…
  • Mickael Canu est l'une des figures françaises du Web3, le nom donné aux innovations liées à la blockchain.
  • Ternoa, une chaine de blocs qui facilite la transmission des données, va permettre à chacun d'organiser l'héritage de ses souvenirs

De Biarritz vers l’infini et l’au-delà. C’est au pied du Rocher de la Vierge qu’est née Ternoa, une blockchain à la réputation désormais mondiale portée par l’ingénieur informatique et entrepreneur à succès, Mickael Canu. Son idée de base ? Rendre la donnée immortelle. Le projet semble éthéré mais ses réalisations sont bien concrètes, adoptées par les champions de MMA comme les notaires de famille. Rencontre avec l’homme qui veut construire des châteaux sur nos souvenirs.

Le 31 mars, Ternoa a lancé le déploiement de blockchain publique. Une belle réussite pour un projet né il y a deux ans…

Oui, il a été lancé en 2020, mais l’idée vient de bien plus loin. C’est la naissance de ma fille et la perte d’un membre de ma famille, au début des années 2000, qui ont déclenché le processus. A ce moment-là, je me suis demandé comment j’allais réussir dans le futur à transmettre à mes enfants ce qu’on n’avait jamais réussi à me transmettre à moi, dont les grands-parents étaient morts subitement. Dans le passé, on transmettait l’information de façon orale et on n’oubliait rien. Depuis l’arrivée de l’ère médiatique, on a paradoxalement perdu cette capacité parce qu’on se repose sur le numérique pour tout stocker, mais qu’il ne prévoit rien pour la transmission.

Et vous avez créé Ternoa pour y remédier ?

Ça a pris du temps… J’ai inventé des plug-ins de navigateur, testé le peer-to-peer, mais rien ne marchait. Et en 2016, j’ai travaillé sur la blockchain pour l’une de mes start-up qui sert aux syndics de copropriété. J’ai découvert le côté technique de cet univers et j’ai compris que la solution était là. Après des essais infructueux sur Ethereum [l’une des blockchains les plus utilisées], on s’est dit avec les cofondateurs qu’on allait développer notre propre blockchain. Ternoa était née.

Concrètement ça marche comment ?

Via des NFT… Vous connaissez ces jetons non fongibles pour l’art, mais ils ont en fait l’utilité qu’on leur donne. Nous voyons les nôtres comme des capsules, à l’intérieur desquelles on peut mettre du contenu de manière illimitée (des textes, des vidéos, des clés virtuelles…) que seule la personne qui détient le NFT sur son smartphone a la capacité d’ouvrir. Ce coffre, on va pouvoir le transmettre à un moment précis et/ou pendant une période définie. On crée une place de concert en NFT et à l’intérieur il y a un QR code qui permet d’accéder au concert sous forme de streaming pendant deux semaines, puis se referme. Ou alors on programme une capsule pour qu’elle soit envoyée à quelqu’un automatiquement quand la mort d’une personne est enregistrée par l’administration.

Comme un testament ?

D’une certaine façon… Les notaires français veulent d’ailleurs proposer cette solution à leurs clients, pour la transmission de leurs souvenirs ou patrimoine « émotionnel », mais d’autres applications sont à l’étude comme l’immobilier, par exemple.

Pour transmettre une vidéo d’au revoir, par exemple ?

Avec le développement de la réalité virtuelle, on imagine des solutions beaucoup plus ambitieuses. On va pouvoir transmettre un environnement complet. En gros, on crée une pièce virtuelle dans laquelle on met une télé avec un film qu’on aime, un cadre avec une photo. Là, on pose un livre fétiche, un poste de radio qui joue la musique qu’on écoutait avec ses enfants. Si un jour ils veulent se recueillir, eh bien ils pourront circuler dans la pièce avec leur casque de réalité virtuelle. Ils pourront voir à quoi ressemblait notre univers. Et à leur tour, quand ils devront transmettre, ils rajouteront des pièces et ils donneront à leurs propres enfants une maison à deux étages et ainsi de suite pour finir avec un château où se retrouvera toute l’histoire de la famille. Cela aidera chacun à mieux comprendre d’où il vient. Les personnes qui veulent se recueillir pourront le faire plus facilement sans avoir besoin d’aller au cimetière. On ne refusera plus de déménager par peur de trahir l’être aimé qui est enterré tout près. On parle là d’un futur proche mais nous avons déjà beaucoup d’autres utilisations de nos capsules…

Lesquelles ?

On a par exemple, une application qui s’appelle Metafight qui a choisi Ternoa pour faire vivre son projet de NFT consacré aux combattants de MMA, comme Cyril Gane. Des groupements immobiliers qui cherchent à faire entrer le secteur dans l’univers blockchain. Des artistes, qui développent des pièces éclatées en plusieurs NFT qu’il faut rassembler pour débloquer une œuvre. On peut imaginer plein de choses pour les entreprises. Par exemple, qu’un loueur envoie à son locataire un NFT avec toutes les informations nécessaires le temps de son bail, puis le récupère automatiquement et le renvoie au locataire suivant.

On ne peut pas simplement créer une app à l’ancienne pour ça ?

Mais c’est beaucoup moins cher, plus sûr et plus efficace de le faire sur la blockchain… Si une plateforme comme Airbnb ou Booking veut développer ce genre de solution en interne, ça va lui coûter une fortune et personne ne pourra vérifier ce qui est fait. Avec la blockchain, tout est transparent. Et du coup, dans le cas d’une location, si quelqu’un à l’idée de payer un membre de votre organisation pour faire disparaître un avis négatif, il ne peut pas le faire. Tout se saurait.

La confiance, notamment à travers les notations, a été présentée comme l’un des carburants du Web 2, dit participatif. Est-ce le pari raté du numérique tel qu’on le connaît depuis quinze ans ?

Oui, parce que la confiance n’existe que par la transparence. On ne peut pas avoir confiance en l’Homme. Malheureusement que ce soit par étourderie, par manque de compétences, ou par mauvaise intention, l’humain est faillible. Avec la blockchain, on n’a pas besoin de croire qui que ce soit, il n’y a pas de tiers de confiance. Il n’y a pas de femme ou d’homme derrière le fonctionnement des applications, c’est le réseau qui opère. Aujourd’hui, personne ne peut lire les capsules de Ternoa à l’exception du propriétaire du NFT, et personne ne peut empêcher leur transmission.

Le discours de la sécurité, on le sert depuis longtemps. On a l’impression qu’à chaque avancée du web, on nous promet que tout est plus sécurisé…

Oui et tous les mois, un géant de la tech passe dans les journaux parce qu’il a mal sécurisé son truc. La blockchain règle ce problème même si pour être honnête, la faiblesse vient souvent du consommateur. Pour moi, mettre une photo comme ça sur un drive, c’est juste impossible parce que je sais comment c’est traité. Et donc, à chaque fois que je place quelque chose sur un cloud, c’est d’abord chiffré avec une clé asymétrique. Mais les gens ne sont pas éduqués à tout ça. Ils pensent, généralement, que puisque c’est sur telle ou telle plateforme connue, qu’il y a un petit cadenas vert dans la barre de navigation, c’est bon, c’est sécurisé. On a tous des mauvaises habitudes. Donc, nous, sur Ternoa, on sécurise toute data par défaut. Ça change tout…

D’une part, on présente la blockchain comme la solution pour avoir une vraie transparence sur Internet et de l’autre, on explique que c’est la technologie qui garantit que les secrets le restent. Vous comprenez qu’on soit perdu ?

On est dans une logique très simple : soit tout le monde a accès à une information et pas uniquement des plateformes qui centralisent les données, soit personne. A part, évidemment, celui qui émet l’info et celui qui doit la recevoir.

C’est une évolution majeure d’Internet ?

C’est une révolution. Avec le Web3 [les technologies associées à la blockchain], on revit le passage du Modem 56k qui faisait du bruit à la maison, jusqu’à la fibre avec Netflix en 4K qui marche sur la télé en parallèle du téléphone portable. En l’état actuel de maturation, la blockchain est à l’étape 1. Les gens découvrent et mélangent encore les cryptomonnaies, la blockchain, le NFT. Ce sont des composants tous différents, mais ils marchent ensemble et révolutionnent le numérique. La démocratisation de la blockchain va passer, comme pour toute technologie, par le développement d’applicatifs pour le plus grand nombre et avec une expérience utilisateur qui ne suppose pas une compréhension de la technologie. Ça a été le cas pour Internet, ou encore nos téléphones portables et c’est pourquoi nous avons focalisé tous nos efforts sur ce genre de développements dès le premier jour de Ternoa.

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