Le ministère de la Culture accuse une association de n’être que «cinq gus dans un garage»

Vincent Glad

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Le garage de Palo Alto (Californie) dans lequel a été fondé par deux «gus» l'entreprise Hewlett-Packard
Le garage de Palo Alto (Californie) dans lequel a été fondé par deux «gus» l'entreprise Hewlett-Packard — HP/SIPA

Le passage de la loi «Création et Internet» à l'Assemblée nationale approche (débuts des débats mardi ou mercredi) et la polémique autour de la riposte graduée se fait de plus en plus vive. La riposte graduée, au coeur de la loi, devrait permettre à une instance administrative indépendante de suspendre la connexion des internautes après 3 actes attestés de téléchargement illégal.

Le ministère de la Culture a mis le feu aux poudres dimanche en déclarant que la Quadrature du Net, une association qui se bat contre le dispositif, n'était que «cinq gus dans un garage». Ce collectif de citoyens, qui a par ailleurs lancé le «black-out du net», encourage depuis plusieurs semaines les internautes à abreuver les députés de mails hostiles à cette loi, ou plus efficace, de leur parler directement au téléphone. Pour ce faire, l'association a créé une page wiki avec toute la procédure à suivre.

L’AFP, victime collatérale
 
La démarche irrite au plus haut point le ministère de la Culture. Le cabinet de Christine Albanel a riposté dimanche en lançant une «campagne d'information» auprès des parlementaires, qui recevront tous les jours une lettre électronique défendant le texte, avec des témoignages d'artistes et de professionnels.
 
Cette bataille des mails a fait une victime collatérale: l'AFP. Dans une dépêche publiée dimanche à 9h12 le matin, l'agence de presse cite le cabinet d'Albanel au sujet de la Quadrature du Net: «Ce sont cinq gus dans un garage qui font des mails à la chaîne». Une nouvelle dépêche «actualisée» tombe à 19h34, et surprise, la déclaration sur les «gus» a mystérieusement disparu.

Une coupe pour des raisons de place?
 
Jointe par 20minutes.fr, Pascale Mollard-Chenebenoit, la journaliste qui a co-écrit la dépêche, se défend de toute accusation de censure: «Nos clients nous demandent des dépêches de 600 mots. Comme j'avais rajouté un sondage sur le téléchargement et le fait que le ministère de la Culture riposte, j'ai enlevé la citation pour des raisons de place.»
 
«Il n'y a pas de censure à l'AFP: si le cabinet du ministère de la Culture nous avait appelé pour faire retirer la citation, on ne l'aurait pas retirée», assure la journaliste. L'AFP n'a pas fait de rectificatif sur la citation qui reste disponible sur le fil de l'agence. Ce lundi matin, le ministère de la Culture n'était pas en mesure de se justifier sur la fameuse citation. De son côté, la Quadrature du Net estime que la remarque a été «intentionnellement retirée».

«Google, Microsoft, Apple et HP ont commencé comme ça»


L'association d'internautes préfère en tout cas en rigoler: «Ça nous flatte d'avoir tant d'attention de la part du ministère. L'histoire de l'Internet s'est construite avec des "gus dans un garage": Google, Microsoft, Apple et HP ont commencé comme ça. Mais nous tenons quand même à préciser que n'avons pas d'usine à mail dans un garage... d'ailleurs on n'est pas installé dans un garage!», déclare à 20minutes.fr Jérémie Zimmermann, cofondateur de la Quadrature du Net.

En attendant, la communauté Internet s’enflamme autour de la petite phrase et surtout de son retrait par l’AFP.  Un site web — cinggusdansungarage.com – a même été créé par des «proches» de l'association d'internautes. Sur son Twitter, l'ancien blogueur Versac estime que l'agence de presse a «caviardé» la dépêche.

Sur le site Arrêt sur images, le présentateur Daniel Schneidermann ne semble avoir aucun doute sur la raison de la coupe: «Comme toujours, les retouches, les repentirs, les lapsus, en disent davantage que les discours construits. Si le cabinet d'Albanel craint de désigner les adversaires de sa loi comme "cinq gus dans un garage", c'est précisément parce qu'il sait que cette jolie citation a toutes les chances de lui revenir en boomerang (trop tard, c'est fait)».