Le site Craigslist, paradis de la prostitution?

INTERNET La police de Chicago part en guerre contre le célèbre site de petites annonces...

Philippe Berry

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Souvent associés à l'image de la prostitution et au cannabis, les Pays-Bas traversent une crise d'identité, alors que les avatars de la tolérance néerlandaise incitent les autorités à restreindre les libertés, estiment les analystes.
Souvent associés à l'image de la prostitution et au cannabis, les Pays-Bas traversent une crise d'identité, alors que les avatars de la tolérance néerlandaise incitent les autorités à restreindre les libertés, estiment les analystes. — Anoek de Groot AFP

De notre correspondant à Los Angeles

Besoin de trouver un colocataire, une voiture d’occasion, des leçons de guitare ou d’espagnol... Tous les Américains ont le même réflexe: Craigslist. Lancé en 1995 à San Francisco (et en 2008 en France), ce site de petite annonces gratuites, minimalistes et très peu modérées, s’est rapidement imposé comme une alternative à eBay. Le trafic a explosé pour atteindre 40 millions de visiteurs uniques mensuel, rien qu’aux Etats-Unis. Un succès que ne pouvait ignorer la plus vieille profession du monde.

 
«La plus grande plateforme de prostitution»
 

Jeudi, la police de l’Illinois s’est fâchée tout rouge. «Craigslist est la plus grande plateforme de prostitution du pays», accuse Thomas Dart. Selon ce chef de la police du comté de Cook, «les enfants disparus, les femmes victimes d'abus sexuels ou du trafic d'être humains sont régulièrement contraints d'avoir des relations sexuelles avec des inconnus en raison du proxénétisme sur Craigslist».

 

D’après lui, une enquête de la police fédérale américaine (FBI) a recensé en 2008 plus de 2.800 annonces relevant de la prostitution de mineurs sur ce site. Il affirme que les services de son comté ont procédé à plus de 200 arrestations, et il en a «assez que Craigslist ne fasse rien pour empêcher de telles pratiques». Dans une plainte déposée devant un juge fédéral, il demande donc à la justice d'interdire les pages «services érotiques» du site.

 
Massage avec «happy ending»: 150 dollars
 

Qu’en est-il concrètement? 20minutes.fr est allé explorer cette fameuse section «erotic service». Sur une journée, rien que sur la page Los Angeles de Craigslist, presque 1.000 annonces postées. Qui jouent à fond du sous-entendu. «Massage avec traitement VIP», «jeux sexy pour votre satisfaction maximale», «Mariah, exotique et juteuse escort girl», «jeune asiatique, aucune limite, aucun tabou»... Ajoutez-y des photos suggestives (souvent seins nus, voire davantage). Le message est plutôt clair.

 

Premier coup de téléphone. Une voix féminine répond. «Allo, salon de massage?». L’accent, est asiatique, difficilement compréhensible. «Nos services? Nous avons les plus belles filles de Thaïlande et de Corée. 90 dollars de l’heure pour le massage simple, 150 pour le full service». Que comprend le «full service»? Silence gêné. «Je ne peux pas en parler au téléphone, il faut venir». On insiste. «Je suis sûr que vous pouvez deviner». Non, vraiment, on ne voit pas. La femme s’impatiente. «Disons qu’il s’agit de massage avec ‘happy ending’, OK?».

 
Deuxième tentative. «Bonjour, je suis journaliste et...». Tut, tut.
 

Troisième essai. «In call or out call?», demande une jeune fille, visiblement américaine. Pardon? «Chez toi ou chez moi». Combien pour venir à West Hollywood (environ 15 kilomètres)? «200 dollars pour le déplacement, service non inclus». Face aux questions, Kyla devient méfiante. «Etes-vous un policier?». L’accent français la rassure. Elle devient plus directe, mais à aucun moment le mot «sex» n’est prononcé. Elle dira simplement qu’elle est étudiante et «qu’avec la ‘donation’ appropriée», le client est roi.

 
Craigslist se défend
 

Hormis dans quelques comtés du Nevada et dans le Rhodes Island, la prostitution est illégale aux Etats-Unis. Mais ces annonces et même les coups de téléphones se situent dans une zone «grise», explique à 20minutes.fr le juriste Andy Owen. «Tant que de l’argent n’a pas été échangé pour un service sexuel ou la promesse d’un service, la loi sur la prostitution n’est pas enfreinte». En revanche, «même si les annonces jouent sur les mots, certaines peuvent être assimilées à du racolage (également illégal, ndr)».

 

Un policier peut-il prétendre être un client et ensuite procéder à l’arrestation d’une prostituée ou d’un proxénète? «Tout à fait, les opérations undercover sont légales en Californie, précise l’avocat.

 

Reste une question majeure. Craigslist a-t-il la moindre responsabilité légale dans tout ça. Selon Andy Owen, la réponse «est complexe». «Si j’achète une moto volée sur eBay, puis-je poursuivre le site? Probablement pas. Si toutes les motos vendues sont volées, alors c’est différent».

 

Sur son site, Craigslist se défend. Sur la page des services érotiques, il est précisé noir sur blanc que «la prostitution, le racolage et le trafic d’êtres humains» est illégal, et tous les utilisateurs sont invités à signaler les annonces suspectes. Accusé à maintes reprises de faciliter la prostitution, Craigslist jure collaborer pleinement avec les forces de l’ordre. Visiblement pas assez au goût de la police de Chicago.

 
Selon vous, Craigslist doit-il fermer cette rubrique? Sur la pages Paris, on trouve déjà quelques annonces d'escort girls. Ou bien est-ce un moindre mal –une jeune femme qui offre ses services explique à Cnet «qu’au moins, avec Craigslist, c’est bien plus sûre pour les filles qui peuvent trier leurs clients».