A quoi ressemblerait Apple sans Steve Jobs?

INFORMATIQUE S'il a rassuré les marchés sur son état de santé, la question de sa succession se pose...

Philippe Berry, à Los Angeles

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Steve Jobs et  la pomme, emblèmes d'Apple
Steve Jobs et  la pomme, emblèmes d'Apple — Montage/DR

De notre correspondant à Los Angeles


Ces dernières semaines, le cours de bourse d’Apple était suspendu aux nouvelles sur l’état de santé de son patron. Lundi, Steve Jobs a rassuré les marchés: oui, il est malade et a perdu du poids; non, il ne s’agit pas d’un retour de son cancer du pancréas mais d’un déséquilibre hormonal. S’il entend bien rester PDG pendant sa convalescence, il l’affirme: il serait «le premier à informer le board» s’il n’était plus en mesure d’assurer ses fonctions. Mais Apple est-il prêt à une telle éventualité?

 

Préparer sa succession

Mardi, Steve Jobs ne délivrera pas son traditionnel keynote, le discours d'ouverture du MacWorld, le grand salon high-tech consacré à l’univers de la marque à la pomme. Pour la dernière participation d’Apple à l’événement, il a choisi Phil Schiller, le directeur marketing de la firme.

«Steve commence clairement à partager la scène avec d’autres exécutifs du groupe», commente pour la BBC Gartner, le cabinet de consulting en nouvelles technologies. «A un moment ou à un autre, quelqu’un devra prendre sa place et il essaie d’être moins omniprésent». Schiller a rejoint Apple en 1997, au retour de Steve Jobs. Il a largement participé au renouveau de la marque, notamment grâce à une stratégie de diversification. Parmi les autres figures clés: Jonathan Ive (en charge du design de la plupart des produits stars d’Apple), Scott Forstall (chef de projet sur Mac OS X et sur le système d’exploitation de l’iPhone) et Ron Johnson (le succès des Apple Store, c’est lui).

 

Une situation déjà vécue

Apple sans Steve Jobs, le groupe connaît. S’il a fondé la compagnie en 1976 avec Steve Wozniak, Jobs l’a quitté en 1985, lâché par le board, en pleine lutte intestine avec le PDG de l’époque, John Sculley. S’en suit une période dorée, notamment avec le succès des portables PowerBook. Puis vient la chute. Succès croissant de Microsoft et Windows, plusieurs flops et changements de PDG... Apple connaît une période noire, au milieu des années 90. Le fils prodigue (qui s’est plutôt bien débrouillé avec ses autres bébés NeXT et Pixar) revient en 1997. Il fait la paix avec Microsoft (qui investit 150 millions de dollars dans Apple). Et surtout, fait ce qu’il fait le mieux: rend l’informatique cool et sexy. Sous sa houlette, Apple renait littéralement (carton de l’iMac, iPod/iTunes, Apple stores, pubs «I’m a Mac/ I’m a PC», iPhone... etc).

En dix ans, de 1997 à 2007, le cours de l’action est multiplié par 100 pour flirter avec les 200 dollars (cette année Apple n’a pas échappé à la crise avec un titre divisé par deux, à 95 dollars).


Apple = Steve Jobs?

Encore plus que Microsoft avec Bill Gates en son temps, Apple souffre d’une Jobs dépendance. C’est lui qui créé le buzz, la hype, à chaque présentation de produit. Sur Facebook, on ne compte plus les groupes (certains même religieux) «J’ai les larmes aux yeux pendant les discours de Steve Jobs» ou «Steve Jobs président». En privé pourtant, le patron d’Apple n’est apparemment pas un patron facile. «Il veut tout contrôler. Tout savoir. Il met une pression d’enfer et terrorise ses subordonnés, qui le répercutent sur leurs équipes», raconte un employé du groupe, sous couvert d’anonymat, à 20minutes.fr.

Apple pourrait-il survivre sans Steve Jobs? Le Wall Street Journal pose la question. Des sources citées par le quotidien se veulent optimistes. Selon elles, à son retour en 97, Jobs s’est entouré d’une garde rapprochée (mentionnée plus haut) et le patron d’Apple n’est pas forcément celui avec les idées, «mais celui qui les filtre». Sans compter que le groupe n’est plus le même qu’en 1985. Avec le succès des ventes via Internet ou les boutiques Apple, il dépend beaucoup moins des annonces surmédiatisées de son patron et fondateur. Sans Steve Jobs, le groupe rentrerait sûrement dans le rang. Mais la pomme est sans doute désormais assez forte pour enlever les petites roues. Quand le jour viendra.

 
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