Coronavirus : L’appli de tracking numérique StopCovid verra-t-elle vraiment le jour ?

GEOLOCALISATION L’application StopCovid ne sera pas prête pour le 11 mai. Le ministre de la Santé Olivier Véran prépare déjà la France à ce qu’elle ne voit jamais le jour

H. B.

— 

L'appli de tracking numérique StopCovid.
L'appli de tracking numérique StopCovid. — Mathieu Pattier
  • « Au 11 mai », lors du déconfinement, « il n’y aura pas d’application StopCovid disponible dans notre pays », a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran.
  • Cette application de traçage numérique des malades, évoquée un temps, représente pour l’instant un « défi technologique, scientifique, pratique » pour le gouvernement.
  • Pour le déconfinement, ce sont d’autres outils numériques qu’utiliseront les « brigades sanitaires » anti-coronavirus.

Le ministre de la Santé a-t-il sonné le glas de l’appli StopCovid ? Sous le feu des critiques depuis plusieurs semaines, l’application de tracking numérique ne verra peut-être finalement jamais le jour. À la sortie ce samedi du Conseil des ministres, Olivier Véran a assuré que « l’appli ne serait pas prête pour le 11 mai », date prévue pour le déconfinement. Pour enfoncer le clou, il a appuyé les propos tenus le 28 avril par le Premier ministre Édouard Philippe, qui avait déjà esquissé une remise en cause de l’utilité de l’application dans le dispositif lié au déconfinement.

L’application StopCovid, inspirée de dispositifs mis en œuvre dans des pays comme Singapour, doit permettre d’alerter les personnes l’ayant téléchargée quand elles ont côtoyé, par exemple dans les transports, des personnes diagnostiquées positives au Covid-19, et elles-mêmes équipées de l’application. Le dispositif repose sur la technologie « Bluetooth » permettant à des smartphones de communiquer entre eux quand ils sont proches.

Pourquoi l’appli StopCovid fâche-t-elle autant ?

Conçue par l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), cette application pour smartphones suscite depuis le début de nombreuses oppositions. L’instauration d’une stratégie de traçage numérique constitue, pour de nombreux acteurs de la société civile et politique, une menace pour les libertés publiques. « L’utilisation d’une application dont les objectifs, les techniques et les conditions mêmes d’usage portent des risques conséquents pour notre société et nos libertés, pour des résultats probablement médiocres, ne saurait être considérée comme acceptable », explique la Quadrature du Net, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet,

Le système se heurte aussi aux réticences de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) qui appelle « à la vigilance » et souligne que « l’application ne peut être déployée que si son utilité est suffisamment avérée et si elle est intégrée dans une stratégie sanitaire globale ». L’organisme a mis en garde contre toute pression sur les personnes qui refuseraient d’utiliser l’application : « cela implique qu’il n’y ait pas de conséquence négative en cas de non-utilisation, en particulier pour l’accès aux tests et aux soins », mais aussi aux transports.

L’appli StopCovid pourrait-elle vraiment être efficace ?

La mise en place d’un tel dispositif présente aujourd’hui de nombreuses limites. Il suppose que les personnes disposent individuellement d’un téléphone portable, le conservent avec eux tout au long de la journée, activent la fonction Bluetooth et acceptent de télécharger ce type d’application. « Si une de ces associations se délite, alors toute cette chaîne de surveillance de la population s’interrompt », explique Marie-Laure Denis, la présidente de la Cnil. Or « 25 % des Français n’ont pas de smartphone et ce taux est plus élevé chez les plus de 70 ans (44 %). […] Il y a aussi la question de la compétence numérique et celle des zones blanches ».

De nombreuses difficultés techniques viennent aussi remettre en cause l’efficacité de ce dispositif. Les choix technologiques du gouvernement français l’ont conduit dans une impasse : sans accès au Bluetooth en arrière-plan, StopCovid ne fonctionnera pas sur les iPhone. Une barrière qui réduirait sensiblement les performances de cet outil car il faudrait que tous les usagers décident d’allumer en permanence. « Engager la réflexion ne nous engageait pas à mettre en place ce dispositif » a d’ailleurs rappelé ce samedi Olivier Véran, comme pour justifier l’impasse technique dans laquelle se trouve le gouvernement.

L’appli StopCovid pourrait-elle un jour être opérationnelle ?

Le gouvernement semble aujourd’hui faire marche arrière concernant le développement de ce dispositif. « Au 11 mai », lors du déconfinement, « il n’y aura pas d’application Stop-Covid disponible dans notre pays », a indiqué Olivier Véran. « Le Premier ministre a été très clair, si ce type d’application devait voir le jour, être opérationnel, devait faire montre d’efficacité, il y aurait un débat spécifique au Parlement, rien n’a changé de ce point de vue là », a ajouté  le ministre de la Santé. Le débat qui devait juger de son avenir, prévu pour le 28 avril, a été repoussé par le Premier ministre Edouard Philippe à une date indéterminée.

A la place, le gouvernement va mettre en place « deux systèmes d’information » afin de rassembler les données permettant d’identifier et de répertorier les personnes malades. Tout d’abord, un premier fichier « dans lequel seront inscrites les informations en provenance des laboratoires de biologie médicale lorsqu’un patient aura été testé positif au coronavirus ». Ensuite, un autre dispositif, « Contact-Covid », sur le modèle du site Ameli de l’Assurance Maladie, « qui permettra notamment d’avoir les coordonnées des personnes à contacter ». La mise en œuvre ces mesures se fera avec un avis « rendu public » de la Cnil « actuellement en préparation ».