Les réseaux sociaux ravivent la flamme des Britanniques pour la poésie

LITTERATURE De nombreux jeunes, de la génération des «millennials», partagent des enregistrements audio ou vidéo sur Instagram, Twitter et Youtube

H. B. avec AFP

— 

Illustration Instagram
Illustration Instagram — Marcio Jose Sanchez/AP/SIPA

« Je le fais pour m’amuser mais, qui sait, je pourrais peut-être en vivre plus tard ». Comme Danique Bailey, Londonienne de 18 ans, une nouvelle génération se prend de passion pour la poésie, un art redécouvert grâce aux réseaux sociaux. L’an dernier, cette adolescente a été récompensée lors d’un concours international, le « Foyle Young Poets of the Year Awards ».

« Beaucoup plus de gens, y compris moi, se sont intéressés à la poésie avec les réseaux sociaux », affirme la jeune fille qui y voit une façon « amusante » de s’exprimer « dans un volume limité ». Elle n’est pas la seule « millennial » (personne née entre 1980 et 2000) à (re) découvrir cet art : au Royaume-Uni​, les ventes d’ouvrages de poésie ont bondi de 66 % entre 2012 et 2017, selon Nielsen BookScan, qui fournit des données sur le secteur de l’édition.

Une génération « d’Instapoètes »

Selon Judith Palmer, directrice de l’association Poetry Society qui promeut cet art, « les gens se tournent vers la poésie car elle soulève des questions existentielles dans une époque d’incertitudes ». Mais la forme compte tout autant. « Il y a bien sûr de longs poèmes, mais surtout des poèmes courts, très faciles à lire sur un téléphone et à partager sur les réseaux sociaux ».

Parmi eux, « Instagram est souvent l’endroit où les jeunes découvrent la poésie », selon des recherches effectuées auprès du jeune public par la Poetry Society, explique Judith Palmer. Ces Instapoètes partagent aussi des enregistrements audio ou vidéo sur Twitter ou Youtube et « nombreux sont ceux qui se font des playlists de poèmes à écouter sur leurs téléphones ou leurs tablettes », explique-t-elle.

« Le langage sur Instagram est plus simple et beaucoup plus visuel »

Surfant sur le phénomène, la Bibliothèque nationale de poésie à Londres a organisé l’an dernier une exposition consacrée aux poèmes sur Instagram, une première. « Nous avons été submergés de candidatures » de poètes soumettant leurs œuvres, se souvient Chris McCabe, documentaliste.

Il a été surpris par leur créativité : poèmes à tonalité politique ou inspirés par la nature, écrits avec des lettres magnétiques ou à la machine à écrire, accompagnés de photos, de vidéos ou encore d’illustrations. Par rapport à la poésie traditionnelle, « le langage sur Instagram est souvent plus simple et beaucoup plus visuel », décrit-il. « Mais ce qui est totalement nouveau, c’est la façon dont le poète interagit avec ses lecteurs ».