Huawei dévoile HarmonyOS, son alternative à Android (qui est loin d'être prêt)

SMARTPHONE Visé par des sanctions américaines, le géant chinois prépare un plan B

20 Minutes avec AFP

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Le logo du géant chinois de l'électronique Huawei.
Le logo du géant chinois de l'électronique Huawei. — EPN/Newscom/SIPA

Quelques belles slides PowerPoint et puis c’est tout. Le géant chinois des télécoms Huawei, menacé de perdre son accès à Android du fait des sanctions américaines, a dévoilé vendredi un nouveau système d’exploitation qui doit équiper ses téléphones portables. Le système, baptisé « HarmonyOS », a été présenté par le directeur exécutif, Richard Yu, lors d’une conférence des développeurs du groupe à Dongguan. Il est destiné à équiper les différents types d’appareils de la marque au sein d’un même « écosystème ».

« Nous voulons apporter davantage d’harmonie (…) dans le monde », a commenté Yu, alors que Huawei est placé sur une liste noire par les Etats-Unis, qui le soupçonnent d’espionnage au profit de Pékin, ce qu’il dément. Huawei, numéro deux mondial des smartphones, s’est retrouvé piégé, en mai, par les rebondissements de la guerre commerciale entre Pékin et Washington sur fond de rivalité technologique.

L’inscription sur une liste noire de celui qui est considéré comme le leader de la technologie 5G fait que les entreprises américaines ne sont, en théorie, plus autorisées à lui vendre des produits technologiques. Une période d’exemption de trois mois – qui doit prendre fin la semaine prochaine – a été accordée par Washington. Cette interdiction concerne également Google et la fourniture de son système Android, qui équipe l’immense majorité des smartphones dans le monde, dont ceux de Huawei.

Utiliser Android reste la « priorité »

Le groupe s’est toujours publiquement défendu de vouloir remplacer Android sur ses téléphones par un système d’exploitation maison mais affirme y être contraint par les sanctions américaines.

« Si nous ne pouvons plus l’utiliser, nous pourrons passer toutes nos applis sur HarmonyOS », a déclaré Richard Yu. « Nous pourrions le faire immédiatement mais notre priorité reste de continuer à utiliser l’écosystème Android », a-t-il assuré, qualifiant par ailleurs Google de « très bonne entreprise ».

Mettre au point un système d’exploitation avec l’écosystème entier qui l’accompagne, de façon à séduire usagers et développeurs, est complexe. Outre Android de Google, le seul autre système d’exploitation suffisamment répandu est l’iOS d’Apple, disponible exclusivement sur les iPhone.

HarmonyOS « est complètement différent d’Android et d’iOS », a assuré le dirigeant. Google travaille aussi sur son propre projet de système d’exploitation polyvalent (sous le nom de code Fuchsia), « mais ce n’est pas encore au stade de la réalisation », a-t-il observé.

Le casse-tête de l’app store

Les spécialistes de la tech estiment toutefois que la tâche est loin d’être accomplie pour Huawei. Le Chinois aurait en effet besoin de convaincre les développeurs d’adapter leur app à son nouvel OS. Et même un géant comme Microsoft s’y était cassé les dents avec Windows Phone. Mais sans l’accès à la version complète d’Android, aux populaires services de Google, Huawei pourrait avoir du mal à convaincre des consommateurs hors de Chine de choisir ses téléphones.

Yu a précisé qu’HarmonyOS serait installé sur les écrans intelligents qui seront lancés avant la fin de l’année. Il sera ensuite étendu à d’autres appareils (montres, enceintes, systèmes pour automobiles…), en Chine d’abord puis dans le reste du monde.

Le directeur exécutif de Huawei s’est toutefois montré évasif quant au calendrier de déploiement du système sur les smartphones. « Ce n’est pas encore d’actualité », a-t-il assuré, expliquant que la décision dépendrait de l’évolution des sanctions américaines.