Le champion de boxe thaï Patrice Quarteron, nouvelle coqueluche de la droite conservatrice

RESEAUX Les déclarations de l’ancien champion du monde de boxe thaï sont appréciées des réseaux conservateurs…

Olivier Philippe-Viela

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Patrice Quarteron a réalisé ce clip anti-OM pour faire de la pub pour un combat.
Patrice Quarteron a réalisé ce clip anti-OM pour faire de la pub pour un combat. — H. Collot / SIPA
  • L’ancien champion du monde de boxe thaï est pris en exemple sur les réseaux de droite et d’extrême droite.
  • Il a reçu les félicitations de Laurent Wauquiez, Florian Philippot et Marine Le Pen pour ses prises de position.
  • Patrice Quarteron rejette toute étiquette politique.

« Dans la cité, on nous a appris la haine de la France. » Pour une fois, l’uppercut de Patrice Quarteron est verbal. L’ancien champion du monde boxe thaï s’exprimait ainsi au micro de Sud Radio, le 8 janvier. Le « Rônin sombre » – son surnom de combattant – était invité par l’essayiste André Bercoff à s’exprimer sur le « communautarisme » dans les banlieues populaires.

La séquence a tourné sur les réseaux sociaux, ce qui a poussé Valeurs actuelles, RT et Egalité & Réconciliation (le site de l’essayiste multicondamné Alain Soral) à rédiger un article à partir de la phrase sur la « haine de la France » dans certains quartiers.

Quelques jours après, le 12 janvier, Patrice Quarteron est sur le plateau de l’animateur Pascal Praud, sur CNews, à côté du directeur de la rédaction de Libération, Laurent Joffrin. Le ton monte entre les deux hommes, le boxeur assure que « dans les cités, 90 % n’étaient pas Charlie », son interlocuteur réclamant « une enquête un peu plus approfondie ».

De nouveau, la séquence télévisée plaît à des médias classés à droite. La revue de presse de la fachosphère, Fdesouche, la reprend sur son site, et RT en fait un papier. Valeurs actuelles titre « Quarteron remet Joffrin à sa place » et indique dès l’entame de l’article que « les discours bien-pensants, on ne les lui fait pas ». L’hebdomadaire de la droite conservatrice s’intéressait déjà au « boxeur "black" qui met K.-O. les bien-pensants » dans sa version papier en novembre.

Félicité par Marine Le Pen, Florian Philippot et Laurent Wauquiez

Sorti vainqueur de son dernier combat face au Turc Sean Tolouee, le 14  décembre 2017 à Bercy, le boxeur de 38 ans est autant une star sur les réseaux que sur le ring. Outre ses prises de position contre le communautarisme et la « haine de la France », Patrice Quarteron, 1,98 m, 118 kg, avait agité le petit monde du Web français en se prenant la tête avec le rappeur Booba sur Instagram, ou en brûlant un drapeau de l’OM dans une vidéo mise en ligne début décembre, accompagnée du commentaire « Marseille ça pue c’est sale. Le seul truc qui est bien ici c’est le savon. »

>> A lire aussi : VIDÉO. Clip anti-OM de Patrice Quarteron, il n'y aura (sans doute) pas de poursuites judiciaires

Retour à la polémique sociétale plus sérieuse, pour la nouvelle année : dans une nouvelle vidéo, Patrice Quarteron s’est indigné du lynchage des deux policiers à Champigny-sur-Marne.

Marine Le Pen, la présidente du Front national, a rebondi, sur Twitter.

Sur les réseaux, Quarteron est régulièrement pris en exemple par des comptes très à droite.

En juillet 2017, une publication sur Facebook pour vanter son patriotisme, accompagnée d’une photo de lui drapé en bleu-blanc-rouge, avait attiré les critiques de ses détracteurs, mais aussi les félicitations de Florian Philippot, président des Patriotes, encore au Front national à l’époque.

Le 15 septembre, Patrice Quarteron s’affichait à Lavaur, aux côtés du chantre du « patriotisme économique », l’ancien député Bernard Carayon, maire LR de la ville, « à l’occasion d’une course populaire contre le communautarisme » (c’est encore Valeurs actuelles qui le rapporte). Laurent Wauquiez, à l’époque en campagne pour la présidence des Républicains, lui avait passé un coup de fil pour le féliciter de cet engagement.

Alors, de droite, le boxeur de Grigny, dans l’Essonne ? Au téléphone, la question le fait exploser :

« On parle de patriotisme là ! Je parle bleu-blanc-rouge moi, le reste j’en ai rien à foutre ! Je ne vote pour personne ! La gauche, la droite, la politique, je m’en bats les couilles ! Si un type de droite est d’accord avec moi, quel est le problème ? » dit-il à 20 Minutes.

« La droite l’aime car la gauche ne défend plus le peuple »

André Bercoff souligne n’avoir « jamais reçu autant de réactions positives » à l’une de ses émissions après le passage de Quarteron sur Sud Radio. L’essayiste adore le boxeur né à Sevran : « Ce qu’il dit tranche avec le discours dominant, c’est sain et rafraîchissant de ne pas entendre la complainte victimaire habituelle de la doxa gauchiste », explique celui que Le Monde a surnommé « la VF de Trump », du fait d’un livre anticipant la victoire du milliardaire à la présidentielle américaine de 2016.

Sidi Guellouma, l’un de ses entraîneurs chez les poids lourds à la fin des années 2000, se souvient d’un athlète « professionnel, respectueux », mais aussi « méfiant », n’accordant sa confiance qu’à un tout petit cercle, car il a été « trahi et déçu par beaucoup de monde ». « La cité ne lui a pas fait de cadeau, il est venu me voir en me disant qu’il avait besoin d’argent pour s’en sortir, et que la boxe, c’était la survie pour lui », raconte le coach de Montreuil.

« Il tombe dans un piège »

Le champion venu d'une cité au discours fustigeant les cités, client parfait des milieux conservateurs ? « La droite l’aime car la gauche ne défend plus le peuple depuis longtemps. Or, c’est un gars du peuple, un enfant de banlieue qui s’est fait lui-même, qui ne rejette pas la faute sur un supposé "Etat raciste" et n’a pas honte de dire qu’il aime la République », détaille André Bercoff.

Sidi Guellouma n’a aucun souvenir de prise de position politique de la part de Quarteron, c’était la boxe « matin, midi et soir ». Son ancien entraîneur voit dans le filon du patriotisme une stratégie pour « qu’on parle de lui… Beaucoup de boxeurs, quand leur carrière touche à sa fin, ont peur de tomber aux oubliettes. J’ai toujours dit que ce n’était pas son domaine. Patrice ne voit pas qu’ils vont l’utiliser et qu’ils le jetteront quand ils n’auront plus besoin de lui ». Qui ça, « ils » ? Le coach souffle : « Les médias, les politiques… il tombe dans un piège. »