«Je suis dans le coup de gueule», Pascal Praud ou le théâtre de l'info

TELEVISION Habitué aux coups d’éclats, l’animateur de « L’Heure des pros » et « 20H Foot » sur CNews est souvent décrié…

Clio Weickert et Fabien Randanne

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Pascal Praud sur le plateau de «20 H Foot» sur CNews.

Pascal Praud sur le plateau de «20 H Foot» sur CNews. — Mat Ninat Studio

« Je ne parle pas à 20 Minutes ! » Ce mercredi midi, les choses étaient mal engagées avec Pascal Praud. « C’est dommage. On prépare un article sur vous et on aimerait vous laisser la parole », a-t-on plaidé à l’autre bout du fil. L’animateur de L’Heure des pros et 20H Foot sur CNews a finalement consenti à nous donner son adresse mail, pour qu’il puisse nous répondre par écrit et s’assurer ainsi que ses propos ne seraient pas déformés.

On a envoyé les questions, sans être assurés d’avoir un retour, du moins avant la publication du papier. « Quand un article lui semble erroné, il n’hésite pas à appeler les médias, à joindre les chefs de rédactions et l’auteur de l’article pour le faire savoir », nous avait prévenus Charles Guyard, un journaliste indépendant qui a eu l’occasion de croiser à de nombreuses reprises l’intéressé quand il était directeur général du FC Nantes entre 2008 et 2010.

« Je sais que ce que je dirai pourra être mal interprété »

Deux heures plus tard, le téléphone sonne. Pascal Praud s’est ravisé. Il mentionne un ancien contentieux avec un journaliste de la rédaction de 20 Minutes et déplore qu’un autre de nos collègues ait titré, au sujet d’un récent numéro de 20 H Foot, « Pascal Praud agresse le chroniqueur Rost sur la question du racisme dans l’affaire Evra ».

Et puis, alors que la conversation, cordiale, s’est engagée depuis plusieurs minutes, il ajoute : « Ma première réaction est de dire que je ne veux pas parler car je sais que ce que je dirai sera mal retranscrit ou pourra être mal interprété. »

Ces derniers jours, outre la séquence avec Rost, un extrait de L’Heure des pros a été largement relayé sur les réseaux sociaux. On y voit l’expert en rhétorique Clément Viktorovitch « donner une leçon de journalisme » - comme l’a écrit notre collègue – à Pascal Praud et Eugénie Bastié. Résultat : une pluie de tweets critiques ou acerbes. « Les réseaux sociaux ne traduisent pas la réalité de l’opinion publique. Je vous mets en garde de regarder le monde à l’aune de Twitter. (…) Je ne suis pas qu’un arbitre qui compte les points dans les débats que j’anime. Il m’arrive d’apporter la contradiction à mes invités, d’exprimer un désaccord avec eux. Dès lors, j’accepte qu’on puisse me reprocher ce rôle* », nous répond Pascal Praud.

« Je suis dans le coup de gueule »

Au téléphone, il complète en rappelant que Clément Viktorovitch intervient tous les jours dans L’Heure des pros. « On a deux sensibilités différentes, deux manières d’aborder les choses. Je suis dans le coup de gueule et lui, dans la réflexion. J’ai le goût de m’entourer de gens qui ne pensent pas comme moi. Ce que personne ne dit, c’est que la mise en place de l’émission donne la possibilité que ce moment arrive. »

Pascal Praud, sur le petit écran, cherche à « se différencier », à « ne pas faire la même chose que les autres ». « J’essaie de me mettre à la place des personnes devant leur téléviseur, de traduire intuitivement l’opinion majoritaire sur un sujet à ce moment-là. Je peux me tromper. » Du populisme ? Il s’en défend : « J’ai la fibre populaire », avance-t-il en rappelant qu’au cours de sa carrière il a travaillé pour RTL, TF1…

Il ne pense pas davantage être un « sanguin », même s’il lui arrive de hausser la voix face à ses interlocuteurs, de s’agacer, de s’indigner. Au sujet de son échange tendu avec Rost, il reconnaît : « Si j’avais été un ton plus bas, cela aurait été aussi bien. »

« Pascal Praud aime bien être dans la lumière »

« Les éclats de voix, ça fait partie de ce qu’il cherche. Il a un côté comédien. Pour lui la télé, c’est du spectacle », glisse un ancien d’iTélé qui a quitté la chaîne avant qu’elle devienne CNews. « Il est habile, il sait mettre le ton, il se met en scène avec l’information », appuie Charles Guyard. « Il aime bien être dans la lumière, occuper l’espace. Il est un peu en représentation, il y a une grande part de théâtre chez lui. Ça fait partie du personnage, ça provoque le buzz », suggère l’un de ses collègues de l’antenne de RTL.

« Je ne crois pas jouer un rôle, estime pour sa part Pascal Praud. Il me semble être un peu toujours pareil, à la ville comme à l’écran…* » L’homme d’affaires Waldemar Kita, le président du FC Nantes dont il est resté proche, abonde : « Il est à la télévision comme dans la vie, naturel. C’est un garçon gentil, poli, bien éduqué, respectueux. » Et d’ajouter : « Son seul défaut, c’est que, quand il a une vision, une idée, il y tient et va jusqu’au bout. Mais est-ce vraiment un défaut ? » Au sujet de cet entêtement (ou faudrait-il parler de ténacité ?), Pascal Praud s’amuse : « « Je suis assez d’accord avec l’ami Waldemar. En même temps, il est le congélateur qui reproche au réfrigérateur d’être trop froid.* »

De la frilosité, on en a ressenti de la part de plusieurs des ex ou actuels collègues de Pascal Praud, réticents à l’idée de s’exprimer sur le sujet. Même sous couvert d’anonymat. « Je ne suis pas dupe, je sais très bien ce que certains pensent de moi », confie Pascal Praud au téléphone. Ce qu’il dirait à ses détracteurs ? « Qu’ils continuent à me regarder… * »

*Les réponses suivies d’un astérisque sont celles qui nous sont parvenues par mail.