Irma : Pourquoi les rumeurs pullulent sur les réseaux sociaux

ANALYSE Depuis le passage de l'ouragan Irma sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélémy, de nombreuses fausses informations et rumeurs circulent sur les réseaux sociaux...  

Helene Sergent

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Une femme transporte de l'eau dans la ville de Marigot sur l'île de Saint-Martin, le  11 septembre 2017.
Une femme transporte de l'eau dans la ville de Marigot sur l'île de Saint-Martin, le 11 septembre 2017. — MARTIN BUREAU / AFP
  • Les médias et les services de l’Etat suscitent de vives suspicions
  • Plusieurs fausses informations ont été relayées et diffusées ces derniers jours
  • Le dernier bilan officiel provisoire faisait état mardi de 11 morts et « plusieurs blessés et disparus » à Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

« La population est dans un état psychologique médiocre. La moindre rumeur fait qu’ils se pointent tous à un endroit en espérant être évacués », déplorait dimanche 10 septembre un capitaine de la Sécurité civile de Saint-Martin à l’Agence France Presse. Huit jours après le passage dévastateur de l’ouragan Irma sur les îles du nord des Antilles françaises, la défiance à l’égard des autorités et des médias semble particulièrement vive. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses rumeurs et fausses informations circulent. Comment expliquer ce phénomène?

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Surplus ou manque d’informations ?

Pour le sociologue spécialiste de la rumeur, Pascal Froissart, il faut distinguer plusieurs comportements. « Il y a un certain paradoxe. Lorsque ce genre de catastrophe survient, le manque d’information est souvent pointé du doigt dans la propagation des rumeurs. Or il n’y a jamais autant d’information qui circule que lorsqu’une crise survient. Et ce surplus d’info n’est pas gage d’info de bonne qualité », analyse le maître de conférences à l’université Paris 8.

Une fébrilité qui s’est illustrée samedi 9 septembre au soir lorsque plusieurs médias ont relayé une information émanant d’une capitaine de gendarmerie de la brigade de Saint-Martin. Elle faisait état d’évasions à la prison située dans le quartier Pointe-Blanche, dans la partie hollandaise de l’île avant d’être démentie quelques heures plus tard par le Premier ministre. « Sur cette histoire, ce n’est pas une rumeur populaire du tout. C’est une erreur factuelle reprise par les médias qui participe à ce contexte de méfiance », ajoute Pascal Froissart.

Emotions et récupération politique

Sur Facebook et sur Twitter, les vidéos les plus virales ou les rumeurs les plus diffusées sont souvent celles qui émanent « d’habitants » supposés s’exprimant depuis Saint-Martin ou Saint-Barthélemy ou les témoignages de « proche de proche ». Une composante que l’on retrouve fréquemment dans la composition d’une « rumeur » selon le chercheur à l’université catholique de Louvain, Nicolas Vanderbiest.

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« Dans la rumeur, la notion d’attribution est essentielle. Elle est toujours plus efficace, plus crédible quand la source est membre d’une communauté, d’un cercle proche. Quelqu’un qui va écrire 'ma tante m’a dit que…' captera davantage l’attention qu’une source lointaine, officielle », explique le spécialiste des réseaux sociaux. Autre élément notable, le poids de la récupération politique.

« La reprise politique de la catastrophe, que ce soit par Gilbert Collard (FN), Jean-Luc Mélenchon (LFI) ou Eric Ciotti (LR) ne peut être minimisée. Ce discours qui répond à un agenda politique porte essentiellement sur la responsabilité de l’Etat centralisé. Quand Gilbert Collard explique à la télévision que la partie néerlandaise n’a pas été victime de pilleurs contrairement à la partie française de Saint-Martin et que l’information n’est pas vérifiée, fondée, cela intervient dans la construction de la rumeur et de ce discours méfiant autour de la catastrophe », analyse le sociologue Pascal Froissart.