Eros, l'«Uber du sexe», est sans doute une vaste escroquerie

TECHNOLOGIE Cette start-up, qui promet de créer un marché d'échange décentralisé de la prostitution, aurait déjà levé plus de 6 millions de dollars...

Philippe Berry

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Eros dit vouloir créer «le premier marché décentralisé du sexe».
Eros dit vouloir créer «le premier marché décentralisé du sexe». — EROS

« La plus vieille profession du monde réinventée. » C’est le sulfureux pitch d’Eros, qui se présente comme une start-up californienne ambitionnant de devenir « le premier marché décentralisé du sexe ». En exploitant la puissance de la technologie blockchain, Eros veut proposer un service de prostitution en ligne anonyme et sécurisé, comme OpenBazaar le fait pour les biens communs. Problème : sans même parler du débat moral et légal, de nombreux éléments suggèrent que l’opération de financement participatif, qui atteindrait déjà six millions de dollars, n’est qu’une simple arnaque.

Document technique plagié et CV pipeauté

Dans un billet d’analyse publié le 13 juillet, le blog CryptoInsider résume bien la situation : « Deux personnes avec une simple vision, sans aucun code [informatique], aucune réputation ni crédibilité, demandent cinq millions de dollars ». Premier point suspect : les deux fondateurs, qui se présentent comme Michael O’Brien et Kevin Yang, ont quasi-intégralement plagié un document technique de 15 pages du MIT, remplaçant partout « Beaver » par « Eros ». Et côté programmation, il n’y a presque aucune activité sur leur page GitHub, alors qu’ils promettent le lancement d’une version bêta pour le 30 août.

Ce n’est pas tout. Sur son CV LinkedIn, Michael Carter O’Brien affirme être passé par l’université de Californie de Los Angeles entre 2007 et 2011, où il aurait obtenu une licence en Economie. Sauf que UCLA n’a aucune trace de son passage. « Nous avons vérifié dans nos archives et n’avons trouvé aucun ''Michael Carter O’Brien''. Toutes les personnes ont listé leur deuxième prénom et il n’y a aucun ''Carter'' », précise l’université à 20 Minutes. A-t-il occupé un poste de directeur marketing chez Cisco entre 2015 et 2017, comme il l’affirme ? Réponse de l’entreprise : « Cisco ne partage pas ce genre d’information. » Le reste de sa page LinkedIn éveille également les soupçons : tous ses talents ont été approuvés par les mêmes 12 personnes au cours des six derniers mois.

L’ICO, un financement sans garde-fou

Eros s’était fixé un premier objectif de cinq millions de dollars. Il aurait été atteint en dix jours – il n’y a aucune preuve hormis un simple compteur – et la start-up l’a relevé à 10 millions d’ici la fin juillet. Sur cette somme, « 500.000 jetons (d’un dollar) iront à l’équipe d’Eros pour les encourager à travailler aussi dur que possible », jure la jeune pousse.

Eros a recours à une ICO (Initial Coin Offering). C’est technique, mais dans le monde des crypto-monnaies comme Bitcoin ou Ethereum, le numéro 2 qui monte, une ICO est à mi-chemin entre l’IPO (Initial Public Offering, ou entrée en Bourse) et le financement participatif. L’ICO permet à des entrepreneurs de lever des fonds rapidement, auprès de n’importe qui. Les investisseurs n’obtiennent ni action ni droit de vote, mais des « tokens », des sortes de coupons spéculatifs qui peuvent se revendre plus tard pour réaliser une plus-value.

Le problème, c’est que ce Far West n’est ni contrôlé ni réglementé, et que les arnaques sont nombreuses. Contactés par 20 Minutes vendredi à la mi-journée pour donner leur version des faits, les fondateurs d’Eros ont répondu samedi: «Vous verrez bien :)» Mieux vaut garder vos bitcoins.