Frappes américaines en Syrie: Les fausses informations des réseaux sociaux

DESINTOX Des intox circulent à propos des frappes aériennes menées par Donald Trump en Syrie... 

Lucie Bras

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Nikki Haley, ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU,  montre les photos du massacre syirne face à l'assemblée, le 5 avril 2017.
Nikki Haley, ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, montre les photos du massacre syirne face à l'assemblée, le 5 avril 2017. — Bebeto Matthews/AP/SIPA

Après l’annonce des frappes américaines en Syrie, le doute s’est répandu dans les posts sur les réseaux sociaux, jusqu’à atteindre les trending topics avec le hastag #SyriaHoax. Des informations non vérifiées, non recoupées et partagées des centaines de fois. Avec un point commun : le sensationnalisme de la théorie du complot.

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L’attaque au gaz sur des civils n’a jamais existé

Le hashtag #SyriaHoax est monté en puissance après la déclaration de Donald Trump. Le président affirme avoir agi après avoir vu les photos choquantes d’enfants morts, tués par une attaque à l’arme chimique perpétrée par Bachar Al Assad. Mais sur Twitter, de nombreux commentaires mettent en doute ces preuves, qu’ils n’estiment pas suffisantes.

Exemple avec PoppyLane_, supportrice de Donald Trump, dont le compte renvoie directement vers le gouvernement de Trump dans la présentation. Par ces deux images, elle insinue que l’attaque chimique est une mise en scène.

Sauf que ces deux photos proviennent d’une information datée du 25 novembre 2016, comme le prouve cet article de CNN : il traitait d’un mannequin challenge réalisé par des casques blancs en Syrie.

« Il y a des hoax qui sont bien faits. Mais là, on ne peut pas douter quand on voit circuler un flux vidéo concordant, avec des images qui se recoupent, qui inondent le net, des témoignages de victimes, de médecins, des témoignages d’humanitaires… Il suffit d’aller sur YouTube, si on a la tête bien faite et un cerveau », explique Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des armes chimiques. « Si cette affaire reposait sur trois ou quatre clichés venant d’une seule personne, mais là des dizaines d’heures de vidéos ont été postées sur les réseaux sociaux en l’espace de quelques minutes. C’est impossible à fabriquer. »

Les preuves de l’ONU ne veulent rien dire

Comme le montre la photo d’illustration de cet article, Nikki Haley, ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, a montré devant l’assemblée des Nations Unies les photos du massacre à l’arme chimique, le 5 avril 2017.

La photo ci-dessous circule sur Twitter : elle est en fait trafiquée, puisque la prise de vue originelle est celle de notre article, que l’on a téléchargée directement depuis le site de l’agence de presse Sipa.

Pour certains twittos, cette scène en rappelle une autre, celle de Colin Powell, secrétaire d’Etat sous George W. Bush en 2003. Il avait exhibé devant le Congrès une « preuve » que l’Irak possédait des armes de destruction massive. Ce petit tube avait légitimé la déclaration de guerre à l’Irak de Sadam Hussein.

Aujourd’hui, cet épisode revient à la mémoire des internautes, qui ne veulent pas d’une nouvelle guerre factice. « L’argument qui consiste à dire qu’ils ont menti une fois, donc ils mentiront tout le temps ne tient pas. Aujourd’hui, c’est une autre administration, un autre contexte, rappelle Olivier Lepick. Ceux qui ont cru Colin Powell à l’époque étaient des ânes car on avait toutes les informations en main pour savoir que c’était faux. »

Pour expliquer les nombreuses intox qui circulent et sont partagées sur ces frappes, Olivier Lepick avance deux raisons. « D’une part, il y a une délégitimation de la parole des experts, où tout le monde se considère comme expert. D’autre part, c’est la multiplication de l’information avec un public qui n’a pas les ressources suffisantes pour vérifier ces informations. » Si de plus en plus d’organismes mettent en place des ressources pour détecter les fake news, leur dispersion sur les réseaux sociaux est si rapide que la vérité a parfois du mal à s’y faire une place.