César: Comment les féministes ont mobilisé le Web pour faire renoncer Polanski à présider

POLEMIQUE Des tweets, une petition, des débats sur le Web ont mis en lumière la polémique autour du cinéaste et contribué à le faire prendre sa décision...

Delphine Bancaud

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Le 30 octobre 2015, Roman Polanski AP Photo/Jarek Praszkiewicz,
Le 30 octobre 2015, Roman Polanski AP Photo/Jarek Praszkiewicz, — Jarek Praszkiewicz/AP/SIPA

Face à la bronca, il a finalement jeté l’éponge. Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski a annoncé mardi qu’il renonçait à présider la cérémonie des César face la polémique suscitée par sa nomination. Celle-ci a été déclenchée par des associations féministes dénonçant le choix par l’Académie des César du réalisateur, poursuivi aux Etats-Unis pour le viol présumé d’une adolescente de 13 ans en 1977.

Une bataille qui s’est principalement jouée sur le Web. Car dès l’annonce de la nomination de Polanski en tant que président de la cérémonie des César, le mercredi 18 janvier, les internautes ont diffusé le hashtag #BoycottCésar. Ce dernier recommandait de ne pas se rendre la 42e cérémonie des Césars, prévu le 24 février prochain Salle Pleyel, ou de ne pas la regarder à la télévision.

Des associations féministes comme La Barbe, Osez le féminisme et Les Effrontées ont beaucoup mobilisé sur Twitter et Facebook. « Les réseaux sociaux sont très efficaces pour agir comme détonateur. Ils démultiplient le mécontentement », souligne auprès de 20 Minutes Erik Neveu, sociologue des mouvements sociaux. « Reste que s’il n’y a aucune reprise par les médias d’une polémique qui enfle sur les réseaux sociaux, l’effet est bien moindre », ajoute-t-il. Or, dans cette affaire, de nombreux sites ont relayé la colère des associations féministes.

La force d’une pétition

Parallèlement, Clémentine Vagne, qui se qualifie de « citoyenne féministe », a lancé le 18 janvier une pétition « pour la destitution de Roman Polanski comme président des César ». Contactée par 20 Minutes, elle explique sa démarche : « Cela me tenait à cœur car il faut saisir ce type d’occasions pour remettre sur le devant de la scène l’omniprésence de la culture du viol dans nos sociétés. Combattre les croyances qui banalisent le viol est une bataille primordiale quand on sait le nombre de victimes de violences sexuelles [75.000 à 100.000 victimes par an, sans compter les mineurs, un enfant sur cinq étant victime de violences sexuelles] », indique-t-elle.

Une pétition qui a été très relayée, ce qui lui a permis de recueillir 61.000 signatures à ce jour. « J’ai une amie, Noémie Renard, qui tient un site Antisexisme.net, elle a mis le lien sur son Facebook et ma sœur a mis le lien de la pétition sur le Facebook de Paye ta schneck, et c’est parti tout seul », analyse Clémentine Vagne. Par ailleurs, certaines personnalités, comme Caroline De Haas, militante féministe influente, sont aussi montées au créneau sur le Web pour promouvoir la pétition. « Je relaye souvent des combats sur les réseaux sociaux, mais ça ne prend pas toujours. Le fait que cela marche cette fois-ci, c’est que l’on a touché juste. Cela montre que le niveau de tolérance de la société vis-à-vis des violeurs baisse. Beaucoup d’internautes ont trouvé détestable que l’Académie des César valorise une personne qui a commis un tel acte », commente-t-elle auprès de 20 Minutes.

Le relai médiatique de la polémique

La tribune Web d’Eric Mettout, le directeur adjoint de la rédaction de L’Express, a aussi contribué à entretenir l’intérêt autour de la polémique sur les réseaux sociaux. Dans cet article, intitulé « Féministes contre Polanski, vous vous trompez de combat », le journaliste prend position : « Parce qu’à ce jour, aucun tribunal n’a condamné Roman Polanski, désigné président de la cérémonie des César mercredi et accusé d’un viol sur mineur, la cabale menée contre lui n’a pas lieu d’être. » Sa tribune a fortement fait réagir et a d’ailleurs été partagée 1.500 fois sur Facebook.

« Internet est un bon outil pour lancer des luttes, mobiliser et préparer, et aussi pour trouver une visibilité. On peut le voir dans le cas de la loi Travail. C’est parti de la pétition de Caroline De Haas, la bataille s’est ensuite poursuivie sur le terrain avec des nombreuses actions et manifestations », résume Clémentine Vagne. Les associations féministes avaient d’ailleurs prévu de poursuivre leur combat Web par une manifestation devant le restaurant Le Fouquet’s mercredi, où doivent être annoncées les nominations. Elles n’en auront finalement pas besoin.