VIDEO. Avec l'administration Trump, l’Amérique entre dans l’ère des «faits alternatifs»

ETATS-UNIS L’expression a été employée par Kellyanne Conway, la conseillère du nouveau président, pour désigner les « vérités » du milliardaire…

M.C.

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La conseillère de Donald Trump Kellyanne Conway sur NBC News, le 22 janvier 2017.
La conseillère de Donald Trump Kellyanne Conway sur NBC News, le 22 janvier 2017. — NBC News

Ceux qui doutaient que Donald Trump allait « discipliner » sa communication en entrant au Bureau ovale sont en passe de gagner leur pari. L’investiture à peine terminée, le nouveau président américain et son équipe ont passé le week-end à dessiner une ère des « faits alternatifs », autrement dit des éléments tangibles passés au prisme du milliardaire, une habitude prise pendant la campagne qui pourrait bien s’installer durablement à la Maison Blanche.

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C’est Donald Trump lui-même qui a ouvert le bal samedi. A l’occasion d’une visite au siège de la CIA, il a commencé par dire tout le mal qu’il pensait des médias qui avaient selon lui minimisé le nombre de badauds venus assister la veille à son investiture. Dénonçant un « mensonge », il a alors estimé que les journalistes faisaient partie « des êtres humains les plus malhonnêtes de la terre ».

« Les "faits alternatifs" ne sont pas des faits. Ce sont des mensonges »

Le soir même, le nouveau porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a remis le couvert, s’en prenant avec force aux journalistes et lâchant lors de sa toute première conférence de presse : « Ce fut la plus grande foule jamais vue lors d’une investiture, point barre ». Soignant son passage de l’ombre à la lumière, Sean Spicer a immédiatement hérité d’un hashtag moqueur à son nom sur Twitter : #SpicerFacts (« Les faits de Spicer »).

« La Terre est plate. Point barre. »

Mais le coup de grâce, si l’on peut dire, a été asséné dimanche par Kellyanne Conway, la conseillère du président, lors d’un échange ubuesque (disponible dans son intégralité ici) avec un journaliste de NBC News. « Pourquoi, lui demandait Chuck Todd, le président a-t-il envoyé son porte-parole, qui n’est pas seulement celui de Donald Trump mais aussi celui de tout le pays, pourquoi l’a-t-il envoyé pour la toute première fois devant les journalistes pour proférer un mensonge ? La première fois qu’il est face au public, il ment ? »

« Ne soyez pas si dramatique, Chuck, lui a répondu Kellyanne Conway. Vous parlez de mensonge […] Sean Spicer, notre porte-parole, a donné des faits alternatifs. » Estomaqué, le journaliste l’interrompt : « Attendez un instant. Des faits alternatifs ? […] Quatre des cinq choses qu’il a dites étaient fausses. Les "faits alternatifs" ne sont pas des faits. Ce sont des mensonges ».

Le mot-dièse #AlternativeFacts a immédiatement fleuri sur Twitter, où les internautes se sont amusés à formuler des énormités présentées comme des « faits alternatifs », à l’image de Courtney Love :

« Je n’ai JAMAIS pris de drogues dans ma vie, ni juré en public, ni fumé de cigarette #FaitsAlternatifs »

« Les #FaitsAlternatifs sont comme des faits normaux, sauf que tu racontes de la m… »

« Un million de personnes portaient des capes d’invisibilité à l’investiture #FaitsAlternatifs »

« Pour les enfants #FaitsAlternatifs »

« Personne ne respecte plus les femmes que Trump #FaitsAlternatifs »