VIDÉO. Jean-Luc Mélenchon contre France Inter sur YouTube: Récit d'une guerre de communication

PRÉSIDENTIELLE 2017 Dans une vidéo diffusée vendredi 13 janvier sur YouTube, Jean-Luc Mélenchon a accusé la radio d’avoir voulu « tuer » sa chaîne en multipliant les signalements de non-respect des droits d’auteur. Une allégation mensongère selon les informations récoltées par « 20 Minutes »…

Helene Sergent

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Jean-Luc Mélenchon dans les studios de France Inter le 23 novembre 2014.
Jean-Luc Mélenchon dans les studios de France Inter le 23 novembre 2014. — capture d'écran/20 minutes

La radio France Inter a-t-elle voulu « tuer » la chaîne YouTube de Jean-Luc Mélenchon ? Dans sa « revue de la semaine » diffusée vendredi 13 janvier sur le site d’hébergement de vidéos, le député européen accuse : sa chaîne a failli disparaître. Dans cette séquence, il accuse la station d’avoir signalé, sans le prévenir et à deux reprises, son compte pour « non-respect des droits d’auteur ».

  • Mélenchon a-t-il récupéré des images appartenant à Inter ? Oui

Le 4 janvier dernier, Jean-Luc Mélenchon est l’invité de Léa Salamé sur les ondes de France Inter. Comme chaque matin, la séquence est filmée pour être diffusée sur les comptes YouTube, Facebook ou Twitter de la radio. Intitulée « Je me réjouirais de traiter avec Donald Trump », la vidéo est récupérée, retitrée et diffusée sur le compte officiel l’élu le soir même. Or, il n’y a eu aucune demande formulée par l’équipe de campagne. Alors que, selon les informations recueillies par 20 Minutes, un précédent avait déjà été signalé au mois de décembre.

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Le 11 décembre, Jean-Luc Mélenchon est en effet invité sur Inter pour répondre aux « Questions politiques » de Nicolas Demorand. Ce jour-là, l’équipe de communication du député demande à la station s’il est possible d’utiliser et de récupérer les images de l’interview. La réponse de la radio est on ne peut plus claire : « Nous ne cédons pas les droits sur les vidéos produites par France Inter. » Malgré cette clarification, qui aurait « totalement échappée » à l’équipe de campagne de Mélenchon, la vidéo est récupérée et mise en ligne le soir même sur la chaîne du candidat de « La France insoumise ». Inter décide cette fois-là de ne pas réagir. Jusqu’au 4 janvier et jusqu’à la publication, pour la 2e fois, d’une vidéo leur appartenant.

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  • France Inter a-t-elle signalé à YouTube le compte de Mélenchon ? Oui

Mélenchon dit vrai lorsqu’il affirme que les deux vidéos ont été signalées pour « non-respect des droits d’auteur ». La politique de YouTube en matière de suspension n’est pas « linéaire » et « automatique » précise toutefois une source au sein de YouTube France : « Le temps que vous puissiez démontrer que vous avez les droits, le contenu peut effectivement être suspendu. » La suppression définitive d’une chaîne serait plus difficile à obtenir et rarement automatique, y compris après trois signalements.

Sur ce point, l’entourage de Mélenchon joint par 20 Minutes, dénonce la brutalité du procédé : « La question des droits d’auteur est une question importante pour nous. Mais à chaque fois, nous sommes dans une volonté de nous arranger avec les ayants droit. Nous n’avons pas compris pourquoi, le 11 décembre, France Inter ne nous a rien dit quand nous avons diffusé la 1ere vidéo et trois semaines après, le 4 janvier, on constate deux signalements auprès de YouTube. »

  • France Inter a-t-elle menacé, sans échanger un mot avec son équipe, l’avenir de Mélenchon sur YouTube ? Non

Au regard des échanges par SMS et par mails auxquels 20 Minutes a eu accès, ce n’est pas le cas. Le 7 janvier, constatant que les deux vidéos ont été supprimées à la demande de la radio, un membre de l’équipe de Mélenchon envoie un mail pour tenter de négocier : « Je vous propose deux solutions, en fonction des objectifs que voulez atteindre », peut-on lire. Or, contrairement à ce qu’a affirmé l’entourage de Mélenchon et Mélenchon lui-même, la radio a précisé dès le 11 décembre par texto la marche à suivre en matière d’utilisation de leur contenu.

La conversation se poursuit, une solution est finalement adoptée : France Inter autorise Mélenchon à diffuser son contenu (à condition de mentionner la source et de renvoyer vers le site) et accepte de lever ses réclamations auprès de YouTube. « Des conditions parfaites », conclu le militant chargé du numérique auprès du député européen.

Pourtant, six jours plus tard, Jean-Luc Mélenchon diffuse sa vidéo et lance : « France Inter a essayé de tuer ma chaîne YouTube […]. J’aime mieux vous dire que mes relations avec cette radio ça peut pas durer comme ça. C’est la déloyauté absolue ».