Facebook VS Meetic

INTERNET Les dirigeants de Match et Meetic répondent...

Alice Antheaume

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Facebook peut-il faire de l’ombre à Meetic et aux autres sites de rencontre? En effet, sur le site communautaire qui monte (50 millions d’inscrits), des outils permettent, parmi une foule d’autres options possibles, de chercher son âme sœur sans l’afficher.

Les internautes peuvent par exemple renseigner de façon très explicite leur statut sentimentalo-conjugal. Il leur suffit de cocher, dans leur profil, célibataire, maqué, fiancé, marié, libertin ou, même, la formule «c’est compliqué»; ils peuvent aussi indiquer s’ils sont intéressés par la gent masculine ou féminine et s’ils cherchent des aventures, une histoire (stable), un réseau professionnel ou des relations amicales.

Facile ensuite, grâce au moteur de recherche interne, de partir à la pêche aux inscrits habitant dans la même ville, ayant le même âge ou les mêmes attentes. En outre, n’importe quel membre de Facebook peut envoyer ici des fleurs à une soupirante, là un baiser virtuel à son voisin.

Vigilance orange chez Meetic et Match
Les états-majors des sites de rencontre Match (15 millions d’inscrits dont 3,8 millions en France) et Meetic (28 millions de membres dont 425.000 abonnés) reconnaissent observer de près le phénomène grandissant des réseaux sociaux mais disent ne pas s’inquiéter pas pour autant. «Facebook ne constitue pas de la concurrence frontale pour nous», explique Nicolas Wolikow, directeur marketing de Meetic. «Sur Facebook, la mode est à la collectionnite d’amis, explique Arnaud Jonglez, directeur général de Match. Mais cela reste très virtuel: les membres de Facebook ne sont pas là pour se rencontrer, alors que sur Match, le but est conclure l’affaire dans la vraie vie.» «Si j’étais célibataire, cela fait longtemps que j’aurais déjà pris rendez-vous pour aller boire un verre avec certaines personnes repérées sur Facebook», dément cette utilisatrice.

Pour Arnaud Jonglez, les réseaux sociaux circulent en vase clos. «Vos amis sur Facebook, vous les connaissiez déjà avant. Match vous présente des têtes nouvelles, qui ne font justement pas partie de votre réseau. C’est comme si vous pouviez aborder un inconnu dans la rue.»

L'art du «poke»
Quant au sport national sur Facebook, c’est le fameux «poke», sorte d’accolade ambiguë dont personne ne connaît l’exacte signification. Simple clin d’œil? Œillade plus affirmée, calquée sur le «flash» de Meetic, qui indique qu’on a repéré une proie avant de commencer à converser? «On n’a pas accolé de droits de propriété intellectuelle sur notre flash», sourit Nicolas Wolikow, de Meetic. Reste que le «poke» est une bonne entrée en matière pour alpaguer quelqu’un qu’on ne connaît pas, témoignent les filles de 20 Minutes qui utilisent Facebook. Un gadget qui remplit la fonction phatique du langage dont parlait le linguiste Jacobson. Un peu comme si l’on risquait un «bonjour, ça va?» à un inconnu.

La drague décomplexée
«Facebook, c’est un Meetic caché, raconte ce témoin. Et l'avantage, c'est qu'on n’a pas honte de dire qu’on est inscrit sur Facebook, ce qui n’est pas si évident pour Meetic. En fait, Facebook, ça décomplexe...»

Mieux: une application intitulée «are you interested in?» permet aux inscrits de Facebook de choisir, sur photo, les têtes de ceux et celles qui leur reviennent. C’est simple: les photos défilent, un clic pour dire oui, un autre pour dire non et voici établi son tableau de chasse. Un vrai magasin de l’amour qui peut se transformer en jungle si, derrière la photo de Nico, 29 ans, se cache Robert, 52 ans. Sur Meetic, «120 personnes font de la modération pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de faux profil, souligne Nicolas Wolikow. Notre Nico existe vraiment car on sait qu’il a une adresse email et un numéro de carte bleue pour payer son abonnement.»

Et si Facebook avait une mission "éducative" auprès des internautes?
Néanmoins, le directeur de Match voit Facebook d’un œil intéressé: «pour nous, les réseaux sociaux représentent une opportunité, car ils drainent un marché plus jeune que celui de Match, dont la moyenne d’âge est de trente ans. Facebook habitue ainsi nos futurs clients à mettre une photo dans leur profil, à mettre à jour leur fiche. Quand ils seront plus âgés et qu’ils viendront chez nous dans le cadre d’une recherche amoureuse, ils seront déjà habitués à ces outils.» Facebook, le grand éducateur? Si on nous l’avait dit avant…