«La peur a fait bouger les gouvernements»
ENVIRONNEMENT•Jean-Pierre Pommereau, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’ozone stratosphérique, explique pourquoi le combat contre le trou de l’ozone est en passe d’être gagné...Propos recueillis par Mohamed Najmi
Le protocole de Montréal, un traité environnemental, signé le 16 septembre 1987 et visant à protéger la couche d’ozone, a permis de réduire drastiquement la production et les émissions des CFC (chlorofluorocarbures). Et donc de réduire le trou de la couche stratosphérique, décelé dans les années 1980. A l'occasion de la célébration du protocole, Jean-Pierre Pommereau, directeur de recherche au CNRS (centre national de la recherche scientifique) et spécialiste de l’ozone stratosphérique, explique pourquoi le trou de l’ozone pourrait être un mauvais souvenir …
Pendant les années 80, l’homme découvre que la couche d’ozone est trouée, et dans la foulée promet d’interdire les CFC? Qu’en est-il 27 ans après?
La réaction de la communauté internationale a été très rapide. En 1985, on observe pour la première fois un trou dans la stratosphère située au-dessus de l’Antarctique, cela représentait 60% de la couche d’ozone au-dessus de cette région. Deux ans après les gouvernements se sont réunis pour prendre des mesures et interdire la fabrication des CFC qui détruisent l’ozone.
Pourquoi une telle rapidité?
La peur, tout simplement. Les responsables de chaque pays ont compris que la survie de l’homme était en jeu. Et qu’il ne fallait pas perdre de temps. Sans la couche d’ozone, l’homme et tous les êtres vivants sont exposés aux rayons ultraviolets (Ndlr: cause principale des cancers de la peau). Mais il faut aussi dire qu’interdire les CFC étaient faciles et ne coûtaient pas cher. Et pour des raisons d’image les grands fabricants de produit chimiques, d’aérosols ou de sprays devaient tenir compte de l’opinion publique et donc changer la composition de leurs produits.
Depuis la stratosphère est totalement nettoyée?
Pas totalement, il reste encore les CFC qui ont été accumulés depuis des décennies dans l’atmosphère. Et, il y a aussi tous ceux contenus dans les réfrigérateurs ancienne génération ou tous les types de mousses isolantes encore utilisés. La durée de vie de ces composés à base de chlore est de 60 à 80 ans. Il faut donc attendre qu’ils soient tous consommés, d’où les dégâts sur la couche qui se font encore sentir. Par contre, les produits de substitution, les HCFC (Ndlr : hydrochlorofluorocarbures) présentent une durée de vie plus faible, de 6 à 8 ans, c’est pourquoi ils sont moins nocifs. Mais l’objectif est à terme d’interdire leurs productions.
Pour expliquer le trou de l’ozone, on pointe souvent du doigt des pays émergeant comme la Chine et l’Inde. Quel est leur rôle respectif?
C’est vrai qu’une partie de leur industrie n’est pas complètement dans les normes mais ils ont comblé une grande partie de leur retard grâce à un transfert de technologie. Donc eux aussi ont pris la mesure du danger du trou et ils ont réagi. C’est pourquoi il est exagéré de les rendre responsables. Les Chinois comme les Indiens ne fabriquent plus de CFC. S’il y a des émissions, c’est dû à des installations fabriquées avant l’application du protocole. Nous sommes dans la bonne voie de toute façon. D’ici à 2055, sauf modification importante des conditions météorologiques, le trou devrait disparaître.
Pourquoi ce qui est en train d’être réussi avec la couche d’ozone est plus difficile avec le CO2 et le réchauffement climatique?
Les enjeux économiques ne sont pas les mêmes. Si on interdisait du jour au lendemain les rejets de CO2, comme on a fait avec les CFC, l’économie mondiale s’effondrerait du jour au lendemain. On ne peut pas fermer les usines ou arrêter toutes les voitures du jour au lendemain. Le coût n’est pas comparable. Remplacer les CFC ou les HCFC, est économiquement possible et réalisable sur une petite durée. Par contre l’élimination du CO2, elle se fera sur une plus grande échelle de temps.



















