Ces échecs technologiques: Le trottoir roulant rapide à l'arrêt

SÉRIE D’ÉTÉ (5/5) Echecs commerciaux ou échecs d'estime, « 20 Minutes » retrace l'histoire de ces objets révolutionnaires tombés dans l'oubli...

Hélène Sergent
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la société de Constructions Industrielles de la Méditerranée (CNIM) présentait au public, le 04 février 2000 à la Seyne sur Mer,
la société de Constructions Industrielles de la Méditerranée (CNIM) présentait au public, le 04 février 2000 à la Seyne sur Mer, — GERARD JULIEN / AFP

En finir avec l’interminable couloir de la station de métro Montparnasse reliée à la gare TGV, c’est le pari lancé en 2002 par la RATP lors de l’inauguration du trottoir roulant rapide (TER). Sept ans après sa mise en place et quelques frayeurs de voyageurs, la régie de transport annonçait son démantèlement.

Comment ça marche ?

Long de 180 mètres, le trottoir a été élaboré par le bureau d’études et de recherche francilien SA2P avant d’être cédé à la CNIM (Constructions industrielles de la Méditerranée). Sa vitesse de croisière est évaluée à 11km/h contre 3 à 4km/h pour les trottoirs classiques. Constitué à la fois d’un plancher mobile équipé de bandes en caoutchouc et de rouleaux d’acier imbriqués les uns dans les autres, le TRR se divise en trois phases : l’accélération, la vitesse constante puis une phase de décélération.

Si en théorie, l’installation doit permettre aux utilisateurs quotidiens de gagner quinze minutes de temps de trajet par semaine, les chutes récurrentes et les problèmes techniques à répétition auront raison de ce tapis roulant futuriste.


Pourquoi c’est un échec ?

En 2002, bien avant l’arrivée de Twitter, la notion de « bad buzz » n’a pas encore été théorisée mais pour Catherine Lajealle, le démantèlement du Trottoir Roulant Rapide relève de la même logique : « Très vite à l’époque, les premiers accidents ont été médiatisés. La communication autour de ces chutes n’a pas été suffisante et les usagers ont intériorisé l’idée que le TRR était potentiellement dangereux ». Malgré un budget de près de 4,5 millions d’euros partagés entre la RATP, la CNIM, la région Île-de-France et le Stif, le trottoir peine à convaincre et doit régulièrement être mis à l’arrêt pour des opérations de maintenance.

Nicolas Nova, auteur des Flops technologiques-Comprendre les échecs pour innover (Ed. FYP), estime que les producteurs du TRR n’ont pas su anticiper la réaction des usagers : « Technologiquement, l’objet marchait mais les ingénieurs ont peut-être eu une vision simpliste et caricaturale de l’humain. On ne marche pas tous à la même vitesse et nous n’avons pas tous le même rapport à la vitesse ». Sept ans après sa mise en marche, la RATP décide de fermer le trottoir roulant avant de le remplacer, en 2011, par un trottoir roulant classique.