VIDEO. Japon: Des robots humanoïdes plus vrais que nature guident les visiteurs d'un musée

ROBOTS Ces androïdes présentés dans un musée de Tokyo peuvent intéragir avec les visiteurs, leur lire les dernières nouvelles et les guider...

Mathias Cena

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Les robots humanoïdes Kodomoroid (à g.) et Otonaroid sont présentés dans un musée de Tokyo le 24 juin 2014.
Les robots humanoïdes Kodomoroid (à g.) et Otonaroid sont présentés dans un musée de Tokyo le 24 juin 2014. — YOSHIKAZU TSUNO / AFP

De notre correspondant à Tokyo

Deux androïdes sont assises devant les journalistes: l’une, adulte, sur une banquette, l’autre, enfant, derrière une table. De loin, elles peuvent faire illusion. Mais à quelques mètres, malgré leurs dodelinements de la tête et leurs clignements d’yeux, la science ne rejoint pas encore la science-fiction.

Il y a pourtant beaucoup de caractéristiques humaines chez Otonaroid et Kodomoroid, les deux robots stars d’une nouvelle exposition au Miraikan, le musée des Sciences émergentes et de l’innovation de Tokyo. Leurs visages ont été moulés sur de «vrais» humains, puis découpés dans une silicone spéciale qui imite la texture et l’élasticité de la peau. Sous la surface, des muscles artificiels servent à imiter les expressions faciales humaines. Le regard est saisissant: Otonaroid se tourne vers vous et semble vous dévisager.

«Professeur, pourquoi m’avez-vous créée?»

Invitée à se présenter à l’assistance, Otonaroid («otona» signifie adulte en japonais) a au début un peu de mal à sortir de sa rêverie. Quand elle parle enfin, sa bouche reste figée. «Mais tes lèvres ne bougent pas!», lui fait doucement remarquer le Pr. Hiroshi Ishiguro, son créateur. Coupe au bol, lunettes fumées et blouson de cuir, l’expert en robotique et professeur à l’Université d’Osaka explique que les robots sont très sensibles à leur environnement.

 

Kodomoroid («kodomo» veut dire enfant), elle, peut lire à voix haute les informations du monde entier qui lui sont fournies sous forme textuelle, en plusieurs langues et dans divers timbres de voix, y compris masculin. La future présentatrice, qui lira aux visiteurs de l’exposition les nouvelles du jour, récite quelques exercices de diction à une vitesse impressionnante. Puis elle s’adresse à son géniteur: «Professeur, pourquoi m’avez-vous créée?» Lui laisse échapper un rire nerveux et bredouille quelques mots. Touchante scène entre père et «fille», qu’elle soit spontanée ou non.

«Faire des androïdes revient à se demander ce que cela signifie d’être humain»

Ces créatures-là n’ont pas encore l’insolence des droïdes de George Lucas ni la complexité des robots d’Asimov. Mais elles montrent des dispositions étonnantes. «Faire des androïdes revient à se demander ce que cela signifie d’être humain», souligne le Pr. Ishiguro. «S’interroger sur l’émotion, la conscience, la pensée…», poursuit celui qui prévoit que les frontières entre hommes et robots deviendront de plus en plus floues. Le prochain stade est en effet le développement de l’intelligence artificielle, avec les dangers que cela présente pour l’humain, comme l’a récemment souligné le chercheur britannique Stephen Hawking. Le Pr. Ishiguro rappelle que le Japon est leader mondial dans le domaine des «robots-compagnons».

Pour l’heure, Otonaroid se concentre sur son nouveau poste de vulgarisatrice scientifique au Miraikan, pour lequel elle vient d’être diplômée. Elle ne bronche pas quand on déplace son fauteuil pour la séance photo, et à la fin de son discours, n’oublie pas d’incliner légèrement le buste pour saluer l’assistance. Pas de doute, c’est un robot japonais.