Les trois défis de Microsoft après le rachat des téléphones Nokia
HIGH-TECH•Intégrer une nouvelle division hardware et 25.000 employés ne sera pas une mission facile...Philippe Berry
Microsoft peut-il apprendre des erreurs de Google, qui a revendu Motorola moins de deux ans après l'avoir acheté, à une fraction du prix initial? Après plus six mois de tractations, le rachat de la division mobile de Nokia pour 5,44 milliards d'euros par Microsoft est enfin bouclé. Et pour l'entreprise américaine, les défis sont nombreux.
Garder ou ne pas garder tous les OS
Nokia a vendu 250 millions de téléphones l'an dernier. Seulement 30 millions –la gamme Lumia– tournaient sous Windows Phone. Pour le reste, c'est un mélange de mobiles basiques et de smartphones d'entrée de gamme tournant sous l'OS Asha. Récemment, Nokia a même lancé la gamme X, basée sur une version modifiée d'Android. Lors de la conférence Build, Stephen Elop, l'ex-patron de Nokia désormais en charge de la division mobile chez Microsoft, avait dit son intention de poursuivre avec cette stratégie. L'idée, c'est de vendre le maximum de téléphones et d'en profiter pour intégrer les services maison comme Bing et Outlook. Verra-t-on un téléphone Microsoft tournant sous un OS de Google? Certains cadres de l'entreprise s'étranglent sans doute à cette idée. Mais Elop le jure, il rend des comptes aux actionnaires et aux utilisateurs, pas à la division Windows. Le nouveau patron de Microsoft, Satya Nadella, devra trancher. Il a promis de «faire preuve de courage face à la réalité du marché».
Gérer la relation avec les autres fabricants de Windows Phone
La part de marché de Windows Phone, l'an dernier? 3%. Pour séduire les développeurs d'apps, Microsoft doit atteindre «7-10%», selon l'analyste de Gartner Brian Blau. L'entreprise n'y arrivera pas seule. Elle a besoin de l'aide de fabricants comme Samsung, HTC et Asus. Si Google avait fait le choix de traiter Motorola comme n'importe quel autre partenaire, Microsoft devrait intégrer Nokia plus en profondeur, avec le risque de braquer les autres fabricants. Le géant a déjà fait des changements: Windows Phone est désormais gratuit, comme Android, et l'entreprise fait preuve d'agressivité pour nouer des partenariats dans les marchés émergents, comme en Inde avec Micromax.
Uniformiser les doublons et la culture d'entreprise
Tablette Lumia, Surface ou les deux? Il existe des doublons du côté du hardware. Après un flop initial, Surface commence enfin à ne plus perdre d'argent. Nokia n'a pas fourni de chiffres sur sa tablette Lumia 2520 mais vient de suspendre les ventes après un problème électrique. A moyen terme, Microsoft pourrait en profiter pour simplifier sa gamme: la Lumia avec Windows RT, légère et avec une bonne autonomie; Surface Pro 2, pour remplacer un PC avec Windows 8. Sur la question du nom, Microsoft a licencié la marque «Nokia» pour les 10 prochaines années et devrait, pour l'instant, l'utiliser. On devrait donc échapper à «Microsoft Mobile Lumia 2520». L'entreprise, qui compte 100.000 salariés, devra également intégrer 25.000 employés de Nokia dans 50 pays. A priori, peu déménageront à Redmond, à une exception majeure: Stephen Elop. Alors qu'il espérait prendre la tête de Microsoft, réussira-t-il travailler en bonne intelligence avec Satya Nadella? A la conférence Build, le sourire ne semblait pas trop forcé. Il n'a pas vraiment le choix: désormais challengeur, Microsoft n'a pas le luxe de pouvoir s'offrir une guerre des chefs.



















