«Pour MySpace, une communauté n’est pas que virtuelle»

Propos recueillis par Philippe Berry

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Capture http://myspace.com/archiveuk

Interview du tout nouveau directeur général de Myspace France, qui part officiellement jeudi à l’assaut de l’Hexagone. A 38 ans, Marc Mayor est à la tête de la première équipe non anglo-saxone du célèbre site communautaire.

Quelle est l’importance de la France pour MySpace?
Majeure. La France est le premier pays non anglophone dans lequel se lance MySpace. La vie associative y est très développée, le phénomène blog encore plus important qu’ailleurs, le succès de DailyMotion intéressant. Le terrain semble favorable.

Une version française de MySpace existe depuis août. En dehors du buzz, qu’apporte ce lancement officiel?
Le site existait en français, en version beta, mais il n’y avait pas du tout d’équipe MySpace France. Nous sommes désormais six personnes, et nous allons grandir. Au Royaume-Uni, la situation était comparable l’année dernière; il y a désormais plus de 60 personnes. Une équipe en place, cela permet d’organiser des événements, de passer des accords avec des maisons de disques. Bref de faire vivre la communauté.

Avec 1,3 million de visiteurs uniques en novembre, vous êtes loin des 4,6 millions de Skyblog (1), et même derrière Copainsdavant ou Overblog…
Il y a en effet beaucoup d’acteurs, mais c’est un signe de la vitalité du secteur. Et pour moi, arriver à mon poste avec une communauté de plus d’un million de personnes, sans avoir encore rien fait, c’est un luxe. Par rapport à Skyblog, Myspace est plus diversifié: audio, photo, vidéo, blogs, forums… Nous proposons un assemblage de solutions existantes, simples, qui ont fait leur preuve. Et nous ne sommes pas affiliés à un diffuseur comme Skyblog avec Skyrock ou Wat chez TF1.

Aux Etats-Unis, Bebo connaît un énorme succès, Lastfm se développe outre-Manche, tous deux centrés sur la musique. L’avenir n’appartient-il pas aux réseaux spécialisés?
A l’inverse, ce sont plutôt ces sites qui seront amenés à se diversifier. Avec 80 millions de visiteurs uniques par moi, MySpace est le leader mondial. La communauté est trop importante pour parler d’un simple effet de mode. Sans compter qu’il existe de nombreuses communautés spécifiques sur MySpace. Des clubs de philatélistes aux amateurs de musique classique, la liste est longue et pas limitée aux 15-20 ans.

La recette MySpace est bien rodée. Le groupe de Murdoch vous laisse-t-il malgré tout une certaine latitude?
Oui et non. Pour tout ce qui touche à la technologie par exemple, il est difficile de développer des choses spécialement pour la France. Pour le reste en revanche, la philosophie du PDG Chris Dewolfe est simple: "Quand on est à Rome, on fait comme les Romains". Par exemple, nous avons signé un partenariat avec Cashback, un film dont l’affiche monte une très jolie fille, seins nus. Aux Etats-Unis, cela ne serait pas passé.

Quels développements peut-on attendre sur MySpace France?
De plus en plus partenariats pour proposer des albums en intégralité à l’écoute en exclusivité, comme on l’a fait pour le nouveau disque de Carla Bruni. Toujours côté musique, il y a notre alliance avec Snocap. Comme aux Etats-Unis, il sera possible pour des groupes ou des labels de vendre leurs chansons sur MySpace. A la différence d’iTunes, ils sont libres de choisir le tarif.
Nous lancerons aussi un service pour téléphones mobiles, qui permet d’accéder à son profil MySpace.

Jeudi, le groupe Archive sera en concert à Paris pour le premier «Myspace secret show» hexagonal. D’autres sont-ils à venir?
Pour les Secret Shows, les infos pratiques sont données à la dernière minute sur le blog de l’événement. Les concerts sont gratuits. C’est donc premier arrivé, premier servi. Il devrait y en avoir tous les mois ou tous les deux mois. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. MySpace permet à des petits groupes de tenir leurs fans au courant, d’organiser des concerts, aussi bien à Paris, Limoges que Montauban. Et cela est aussi valable pour l’exposition d’une créatrice de mode. Une communauté n’est pas que virtuelle.

Avec tout ça, vous trouverez encore du temps pour vos occuper du club de football de l'Entente Sannois Saint-Gratien, qui évolue en National?
Oui car c'est une passion de 20 ans. Je suis directeur général du club. On travaille avec Luc Dayan, qui a déjà fait des merveilles avec Lille, pour faire de l'Entente une équipe majeure d'Ile-de-France. Il faudra du temps.

(1) Chiffres médiamétrie/Netratings de Novembre 2006