Motorola vendu par Google: Une transaction plus maligne qu'il n'y paraît

HIGH-TECH Prix d'achat en 2012: 12,5 milliards de dollars. Prix de vente à Lenovo aujourd'hui: 3 milliards. Mais l'opération est plus complexe qu'une simple soustraction...

Philippe Berry

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Des Moto X, de Motorola, fabriqués au Texas.
Des Moto X, de Motorola, fabriqués au Texas. — MCT/SIPAUSA/SIPA

De notre correspondant en Californie,

La nouvelle est tombée après la clôture des marchés, mercredi. Google va céder Motorola Mobility au Chinois Lenovo pour 2,91 milliards de dollars, moins de deux ans après l'avoir acheté pour 12,5 milliards. Et malgré l'arithmétique qui semble défavorable, il s'agit plutôt d'une bonne opération pour l'entreprise californienne. Explications.

Google conserve la majorité des brevets de Motorola

Pour Google, c'était les joyaux de la couronne. Quand Google a acheté Motorola en 2012, il voulait «booster l'écosystème Android en créant un vaste portefeuille de brevets», écrit son patron Larry Page. Google va «conserver le contrôle de la majorité» des brevets et «continuera de les utiliser pour défendre Android». Contre Apple et surtout contre tous les «trolls» qui multiplient les procès en tirant parti du système américain.

Google ne perd pas 9,6 milliards de dollars

L'addition est moins salée qu'il n'y paraît. Google avait déjà revendu les box Internet/TV de Motorola pour 2,4 milliards de dollars. Dans un document fourni aux autorités financières, l'entreprise avait à l'époque chiffré la valeur du portefeuille des brevets à 5,5 milliards de dollars. Il vaut sans doute beaucoup moins en réalité, mais Google doit éponger sur le papier environ 2 milliards de dollars, plus les pertes générées par l'activité de Motorola pendant 19 mois, soit 3,5 milliards de dollars au total.

Google n'a pas réussi à relancer Motorola

Malgré des modèles bien accueillis comme le Moto X, Motorola était un poids mort, et les choses ne s'arrangeaient pas: au dernier trimestre, Motorola a perdu 248 millions de dollars. Au rythme de 1 milliard par an, Google a préféré couper son bras malade. Il allège au passage sa masse salariale de 10% (4.000 employés sur 44.000).

La vente simplifie la donne pour Android

Avec Motorola, Google avait une main dans deux pots à confiture: le hardware et le software, ce qui ne plaisait pas vraiment à ses partenaires Android comme Samsung, HTC ou LG. Selon Larry Page, cette vente «ne change pas les ambitions» de l'entreprise sur le hardware. Mais il dit que Google veut se concentrer sur les «écosystèmes émergents» comme l'électronique portable, avec Glass, ou les objets intelligents, via le rachat récent de Nest.

Alors, bonne ou mauvaise affaire?

«C'est une bonne affaire pour Google et pour Lenovo», confie à 20 Minutes l'analyste de Gartner, Van Baker. Selon lui, Lenovo «peut ainsi entrer sur le marché américain à moindre risque» avec Motorola et les brevets licenciés à double sens avec Google. L'Américain, lui, «arrête la compétition avec les autres fabricants tout en conservant les brevets». Google a-t-il perdu de l'argent dans l'affaire? Absolument. Mais, conclut l'analyste, «il en avait les moyens», avec plus de 50 milliards de cash en réserve.