Microsoft rachète les téléphones Nokia: Le dernier coup de poker pour Windows Phone

Philippe Berry

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Pour racheter la division téléphonie de Nokia, Microsoft va débourser 5,5 milliards d'euros.
Pour racheter la division téléphonie de Nokia, Microsoft va débourser 5,5 milliards d'euros. — NOKIA

En 2000, Nokia valait 185 milliards d'euros. Lundi, l'entreprise a vendu son joyau –sa division téléphonie– pour 3,79 milliards à Microsoft, auxquels s'ajoute 1,65 milliard pour exploiter ses brevets pendant 10 ans. Un constant d'échec, pour le Finlandais, qui a raté le virage des smartphones, malgré ses designs réputés. Un coup de poker de la dernière chance pour Microsoft, alors que sa plateforme Windows Phone n'arrive toujours pas à décoller.

Ce que s'offre Microsoft

Une chance de contrôler la chaîne de A à Z, du design à la fabrication jusqu'à la commercialisation. En somme, adopter le modèle d'Apple. Microsoft a tenté la solution maison avec la tablette Surface. Et a accusé une perte de 900 millions de dollars. En absorbant 32.000 employés de Nokia, Microsoft achète de l'expérience à prix d'or. Avant le deal, la firme de Redmond disposait de 60 milliards d'euros de cash dans ses coffre. Avec le départ prochain de Steve Ballmer, elle s'offre potentiellement un directeur général naturel en la personne de Stephen Elop, un ancien de Microsoft installé à la tête de Nokia en 2010. Mais avec 130.000 employés, des voix réclament déjà une scission du géant pour séparer les pôles business et consumer.

Ce qu'obtient la division téléphonie de Nokia

Une chance de survie. Avec l'effondrement de ses parts de marché, Nokia était dans le rouge, brûlant du cash à toute allure. L'accord avec Microsoft, en 2011, pour passer à Windows Phone, n'a pas porté ses fruits. Au second trimestre, Nokia a vendu 30 millions de smartphones, dont seulement 7,4 millions de sa gamme phare, Lumia. Microsoft devra en écouler 50 millions pour que le rachat soit rentable, selon Bloomberg. L'avantage, c'est que l'effort marketing ne sera plus dilué entre les deux entreprises. Selon la plupart des observateurs, il s'agit d'un mariage de raison entre deux outsiders qui n'avaient pas vraiment d'autres choix.

Le défi de Windows Phone face à Android et iOS

Avec un hardware qui devient –presque– aussi standardisé qu'une brosse à dents, les smartphones se différencient sur deux fronts: les services et les apps. Sur le premier, Microsoft a rattrapé son retard, notamment en misant sur le cloud avec Skydrive. Sur le second, en revanche, Windows Phone n'a pas encore atteint une masse critique suffisante, avec 3,7% des ventes de smartphones au second trimestre, pour devenir une priorité des développeurs. L'absence d'Instagram, Pinterest ou Snapchat fait fuir de nombreux consommateurs, surtout les plus jeunes. Microsoft fait certes des efforts, avec plus de 160.000 apps disponibles. Vine et Flipboard, c'est pour bientôt. Mais la dynamique reste la même: le prochain phénomène débarquera d'abord sur iOS et Android. «Le rachat ne règle pas ce problème», commente pour 20 Minutes l'analyste de Gartner, Van Baker. Selon lui, il faudrait que Microsoft «arrive à 10% de parts de marché pour intéresser les développeurs». Et si l'entreprise va mettre le paquet pour vendre ses téléphones maison, il est peu probable que les autres fabricants se bousculent au portillon.

Tout change, rien ne change pour le consommateur

Le principal gain pour le consommateur, c'est que les téléphones Nokia et leur fantastique appareil photo vont continuer d'exister. L'espoir de Microsoft, c'est que les acheteurs des pays émergents soient suffisamment fidèles au Finlandais pour migrer d'un vieux téléphone à un smartphone Lumia, notamment en Amérique du sud, où Windows Phone a réussi à devenir la seconde plateforme la plus populaire derrière Android. Et si ça ne suffit pas, Microsoft pourrait encore casser sa tirelire. Selon Bloomberg, l'entreprise garde un œil sur BlackBerry, à la recherche d'un acheteur.