Changer sa batterie en 90 secondes, l'avenir de la voiture électrique?

AUTO Si la technologie de la batterie interchangeable existe depuis un moment, Tesla est décidé à la démocratiser...

Philippe Berry

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La Tesla S, une berline de luxe 100% électrique.
La Tesla S, une berline de luxe 100% électrique. — TRIPPLAAR/SIPAUSA/SIPA

Faire le plein à la pompe? De deux à trois minutes, selon la taille du réservoir. Recharger une voiture électrique dans une station rapide? 30 Minutes. Dévisser des boulons, remplacer une batterie vide et repartir avec une déjà chargée: 90 secondes. C'est la démonstration réalisée par le PDG de Tesla Motors, Elon Musk, jeudi aux Etats-Unis.

Recharge gratuite, échange payant

L'entrepreneur a annoncé que Tesla déploierait des stations sur l'autoroute reliant Los Angeles à San Francisco d'ici la fin de l'année, avant de s'attaquer au nord-est américain. Elles seront compatibles avec le Model S, la berline de luxe du constructeur (qui démarre à 70.000 dollars), et le Model X, son futur SUV.

Les stations offriront deux options: une recharge gratuite rapide en 30 minutes, comme c'est déjà le cas à l'heure actuelle, ou un échange pour une batterie déjà chargée pour un coût proche d'un plein d'essence, à 60-80 dollars. L'automobiliste pourra récupérer sa batterie originelle à son retour, se la faire expédier à un prix non précisé, ou acheter la nouvelle au prorata. Au niveau de la sécurité, Tesla utilise les mêmes machines qu'en usine.

L'échec d'une solution similaire en Europe

La technologie de la batterie interchangeable existe depuis les années 70. En Europe, la startup israélienne Better Place y a cru fort. Elle s'est d'abord attaquée aux marchés danois et israélien via un partenariat avec Renault sur la Fluence Z.E.. Mais les ventes n'ont pas décollé (moins de 1.500 véhicules) et l'entreprise a déposé le bilan en mai dernier après avoir englouti 850 millions de dollars de ses investisseurs.

Tesla peut-il réussir aux Etats-Unis? C'est possible, estime Forbes. Les modèles économiques sont en effet différents. Better Place louait son service d'échange de batterie, jusqu'à 400 euros par mois. Tesla, lui, vend des voitures. Surtout, même en étant deux à trois moins moins chère que la berline de Tesla, la Fluence Z.E. peine à faire rêver les foules, et son autonomie reste limitée à 185 km, contre 425 km pour la version premium de la Tesla S. Cette dernière est donc avant tout destinée à être rechargée, avec un échange réservé pour les longs trajets, comme un départ en vacances.

Aux Etats-Unis, Tesla dispose déjà d'un parc plus important que Renault, avec 10.000 modèles S vendus, principalement dans la Silicon Valley. Reste qu'une station coûte un demi-million de dollars. Le constructeur ne devrait donc les déployer qu'au compte-gouttes, afin de limiter le risque. Mais pour Elon Musk, ce qui compte surtout, c'est de «prouver qu'une voiture électrique peut rivaliser avec un modèle essence». A condition d'accepter d'y mettre le prix et d'habiter au bon endroit.