"Je ne suis pas sûr que le P2P fasse souffrir les kiosques numériques"
Trois questions à Vincent Mabilllot, spécialiste des nouveaux usages du P2PTrois questions à Vincent Mabilllot, Maître de conférence université Lyon II en Information-communication, spécialiste des nouveaux usages du P2P
Des livres et des magazines sur les réseaux P2P, c’est un usage récent ?
Le PDF est un format au codage très simple, qui s’exécute rapidement. Il n’est donc pas étonnant de trouver des fichiers PDF de livres et de magazines sur les réseaux P2P. Les premiers ouvrages étaient souvent liés aux logiciels livres : bibles Linux, modes d’emploi…
Il y a également beaucoup de bandes dessinées. Souvent les collectionneurs de BD, gros acheteurs, sont également de gros chargeurs de réseaux P2P. Ils font partager leur passion.
Mais à la différence d’un film ou d’une BD, un journal ou un magazine a une durée de vie limitée, puisque liée à l’information…
Souvent, les usages P2P surgissent dans une «logique de crise». Typiquement, quand un contenu gratuit devient payant. Les journaux et magazines mettent à disposition certains articles, mais après, il faut payer pour les archives. Les réseaux P2P se posent donc en alternative. Et en termes de veille, le stockage de l’information dans les « bibliothèques grises » du P2P est intéressant. La force du 2P2 c’est de permettre un « archivage chaotique », parfois beaucoup plus efficace que les archivages traditionnels. On peut faire une recherche avec des requêtes plus simplifiées, une organisation facile.
Au-delà du manque à gagner pour les éditeurs, quel est le risque ?
Je ne suis pas certain que le P2P fasse souffrir les kiosques numériques. Il me semble que c’est plutôt une opportunité d’implanter progressivement un usage : la lecture de revues en lignes, ce qui n’est pas du tout évident aujourd’hui si c’est payant. Il ne faut pas oublier que l’explosion des ventes de lecteur MP3 et le succès d’Itunes doivent beaucoup au P2P…
Recueilli par Anne Kerloc’h



















