Fleur Pellerin: «Apple n'a pas un comportement digne d'une entreprise de cette taille»

HIGH TECH La ministre de l'Economie numérique s'est rendue ce jeudi matin dans les locaux de la PME AppGratis, en difficultés depuis qu'Apple a déréférencé l'application de son AppStore et rompu le dialogue...

Anaëlle Grondin

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Fleur Pellerin.
Fleur Pellerin. — F. DUFOUR / AFP

Moins d’une semaine après le retrait d’AppGratis de la boutique d’applications d’Apple, Fleur Pellerin est accourue au chevet de l’entreprise française. Victime du grand ménage printanier d’Apple, la PME qui emploie 45 personnes et venait de lever 10 millions d’euros est sévèrement mise à mal. La ministre de l’Economie numérique, qui a commenté le feuilleton sur son compte Twitter, n’a pas pu s’empêcher d’intervenir dans ce nouveau débat qui agite Apple.

Après une visite éclair des locaux parisiens d’AppGratis et quelques poignées de main aux salariés, Fleur Pellerin s’est entretenue une vingtaine de minutes avec le patron de l’entreprise, Simon Dawlat, autour d’un café croissant. La ministre s’est ensuite exprimée devant les journalistes sur les raisons de sa présence chez AppGratis ce jeudi. «Je ne souhaite pas m’immiscer dans les relations commerciales d’AppGratis et d’Apple, mais soutenir [l’entreprise française] pour renouer le dialogue, a déclaré Fleur Pellerin. Je ne comprends pas ce silence dans lequel  se mure Apple.»

Il n’y a pas eu d’avertissement selon AppGratis

Simon Dawlat a expliqué que son entreprise avait l’habitude d’échanger avec Apple. Il y a six mois notamment, AppGratis avait dû revoir son application. «On avait réglé la situation une première fois. Il n’y a pas de raison qu’on ne parvienne pas à retrouver une solution, a-t-il poursuivi. La dernière version de l’application avait été validée. Puis il y a eu un retournement de situation et plus de contact.»  

Apple s’était défendue sur ce point mardi, assurant qu'AppGratis enfreint deux règles de l'App Store: elle doublonne avec des fonctions d'iOS (avec le best-of de l'app store) et elle utilise des notification push à des fins promotionnelles. «Douze millions de personnes utilisent AppGratis dans le monde, on a une légitimité»,  a martelé de son côté Simon Dawlat ce jeudi.

Une «dépendance économique assez préoccupante» aux géants de l’Internet

«J’ai conscience que cette situation crée un malaise très profond au sein de cette société, a commenté Fleur Pellerin. La brutalité avec laquelle AppGratis a été déréférencée est difficile à qualifier.» La ministre de l’Economie numérique s’alarme de la possibilité de voir, du jour au lendemain, «son modèle économique s’effondrer  à cause d’une décision unilatérale» sans discussion préalable, et de «la dépendance économique assez préoccupante» aux géants de l’Internet. Les entreprises comme AppGratis ont un «besoin de prévisibilité», a ajouté Fleur Pellerin, pour qui il s’agit d’une «question de responsabilité sociale». 

Elle s’est attaquée à la firme à la pomme: «Apple ne donne pas à l’entreprise les moyens de se retourner. Il y a des comportements éthiques à adopter (…) Ce n’est pas un comportement digne d’une entreprise de cette taille là». La ministre va jusqu’à dire que le géant américain «se décrédibilise». Interrogé par 20 Minutes, le juriste Eric Goldman estimait cependant, dans une affaire similaire, qu' «un marchand a le droit de refuser de vendre ou de distribuer un produit dans sa boutique». 

Réflexion prochaine sur une législation

«Des gens se posent désormais des  questions sur internet et la liberté d'accès aux contenus. Apple pèse plusieurs centaines de  milliards de dollars et écrase une petite boite de 45 personnes. C'est un symbole qui révèle que  des dizaines de milliers de sociétés dans le monde sont dépendantes de cet écosystème», a dénoncé Simon Dawlat sur le site d’information de TF1.

«La neutralité du Net ne devrait-elle pas être étendue à ces plateformes [comme l’App Store]?», s’est ainsi interrogée ce jeudi Fleur Pellerin, en reconnaissant qu’elle s’éloignait dans le cas présent de la définition première du concept de «neutralité du Net».  Un principe qui garantit une utilisation du réseau transparente: tous les flux de données sur Internet doivent traités de la même manière par les opérateurs de télécommunications. 

«Les comportements abusifs de certains géants doivent nous conduire à réfléchir à une législation», a continué la ministre en précisant qu’elle allait mener une réflexion sur le déséquilibre des relations commerciales entre gros et petits acteurs dans ce domaine. Toutefois, Fleur Pellerin n’a pas su indiquer de pistes concrètes sur lesquelles elle pourrait travailler en ce sens «avec les services de Bercy».