Facebook: Quand les pages «Spotted» conduisent à des dérapages 2.0

HIGH TECH Certains messages, publiés sur les pages dédiées au courrier du cœur des ados sur le réseau social, ont provoqué des débordements...

Anaëlle Grondin

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Un exemple de page «Spotted» Facebook d'un lycée français.
Un exemple de page «Spotted» Facebook d'un lycée français. — CAPTURE D'ECRAN/20MINUTES.FR

«20 Minutes» revient sur le phénomène des pages «Spotted» de Facebook et sur les dérapages récents s’y sont produits en cinq questions… 

Qu’est-ce qu’une page «Spotted» Facebook?

Début 2013, une nouvelle mode a débarqué sur le réseau social en France: le phénomène «Spotted», «repéré» en français. Il s’agit de pages spéciales créées sur Facebook  sur lesquelles les lycéens et étudiants déclarent leur flamme à l'objet de leur désir, aperçu quelques jours plus tôt dans les couloirs de leur établissement. Chaque établissement va donc avoir sa page dédiée, dont le nom est généralement précédé du mot «Spotted». «Tu l'as croisé(e) à la BU, au restau U, dans les couloirs en amphi? On t'aide à retrouver cette personne! Envoie-nous ta déclaration par Inbox ou à l'adresse spottedlyon3@gmail.com et on se charge de la publier ici, de façon anonyme», indique ainsi la page de l’Université Lyon 3. Plus de 10.000 internautes la suivent. «Cheveux en bataille, magnifique visage, ton doux sourire m'a réchauffé le cœur. Ton regard m'a laissée sans voix. Lorsque je t'ai vu, nous étions mercredi, il était midi et tu étais à l'étage de la cafétéria.» Les messages de ce type fleurissent sur ces pages.

Quelle est l’ampleur du phénomène?

Les établissements parisiens, comme La Sorbonne, qui possède une page «Spotted», ne sont pas les seuls à avoir succombé au phénomène. Les universités de plusieurs grandes villes s’y sont mises. «Spotted» connaît du succès à Strasbourg,  à Lyon, à Grenoble, à Montpellier, à Reims, à Toulouse,  à Bordeaux, etc. Les lycéens ne sont pas en reste. En faisant une recherche «spotted lycée» sur Facebook, vous obtiendrez plusieurs centaines de résultats. Pas plus tard que lundi un message à destination d’une «grande blondinette» qui a «du style, de la classe» et qui serait «la plus belle de sa classe», a été publié sur la page «Spotted: Lycée Saint Joseph Toulouse».    

Pourquoi ces pages «Spotted» peuvent-elles inquiéter?

Ces déclarations visiblement très inspirées, parfois écrites en vers,  sont souvent gentillettes et prêtent à sourire. «Beaucoup sont là pour rigoler. Mais on a déjà des retours d'étudiants qui ont rencontré leur petite amie comme ça!», indiquait le mois dernier à 20 Minutes un étudiant en droit, concepteur de la page «Spotted Campus Montpellier». Mais si les mots doux sont nombreux, quelques-uns s'adonnent à des jeux de mots et messages grossiers. Clovis, un étudiant en sciences politiques, qui a créé la page «Spotted: Université Lyon 3» fin janvier, a confié à 20 Minutes qu’il n’opérait «aucune censure», par exemple. Certains commentaires peuvent alors donner lieu à des dérapages.

Quels types de dérapages ont pu être observés sur les pages «Spotted»?

Un exemple concret: le phénomène a conduit à des débordements à Marseille, au sein du lycée Lacordaire, dans le 13e arrondissement. Son chef d’établissement, Pierre-Jean Collomb, a découvert la page «Spotted» du lycée fin janvier. Une page qui comptait plus de potins que de messages enflammés. Pierre-Jean Collomb a dénoncé des dérapages dans les colonnes de La Provence: «Dans le vocabulaire tout d’abord, très vulgaire. Puis dans le contenu des propos, des moqueries qui s'attaquaient à des jeunes filles notamment et à une élève en particulier. L'auteur de ces écrits ne citait pas de prénom mais, très rapidement, la jeune fille, moquée sur des aspects de son physique et harcelée, a été identifiée par d'autres élèves.» La lycéenne de 16 ans visée par les moqueries, «a alors menacé de prendre des médicaments. On a dû mettre en place toutes les mesures nécessaires pour qu'elle ne dorme pas seule, car elle est interne. C'est du lynchage public et, le pire, c'est que la plupart ne s'en rendent même pas compte», a enragé le proviseur, qui a demandé la fermeture de la page. Aujourd’hui, celle-ci est toujours ouverte, mais tous les messages incriminés ont été supprimés.

Dans l’Aude, un lycéen a été exclu quinze jours pour avoir diffusé un message à caractère sexuel et pornographique à l’attention d’une de ses professeures sur la page «Spotted Lycée Jacques Ruffié», raconte de son côté MidiLibre.fr. Le jeune homme de 18 ans avait utilisé des termes qualifiés de «salissants, dégradants et humiliants» par un autre prof de l’établissement. Choquée, l’enseignante s’est mise en arrêt maladie.

Le ministère de l’Education est-il au courant de l’existence de ces pages et des risques de dérives?

La Provence indique que le rectorat d'Aix-Marseille a été informé par de nombreux établissements de l'académie des potentielles dérives des pages «Spotted». Le service informatique du rectorat a par la suite alerté le ministère de l’Education nationale, qui dit les surveiller de très près, selon Europe 1. S’il peut intervenir lorsque des propos insultants ou choquants ont été publiés, il lui est en revanche impossible d’empêcher la création de ces pages sur Facebook et de contrôler ce qui y est publié. Selon la radio, l'administration encourage les chefs d'établissements à réagir très vite en cas de problème, et à intervenir auprès des élèves, voire de leurs parents, pour leur rappeler les règles de bonne conduite sur les réseaux sociaux.

>> Etudiant, lycéen ou collégien, vous utilisez «Spotted»? Vous avez déjà déposé un message? Vous la consultez simplement? Vous avez été témoin de dérapages?

>> Parent, professeurs, vous avez découvert «Spotted»? Quel regard portez-vous sur ces pages? 

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