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30 ans qu’on ramasse son caca… Le Tamagotchi est le pire des Tanguy

Trente ans à le nourrir, le soigner et ramasser son caca… Pourquoi le Tamagotchi squatte encore nos vies

l'oeuf ou la pouleLe jouet de Bandai fêtent ses trente ans et est devenu un objet culte et intemporel
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Benjamin Chapon

Benjamin Chapon

L'essentiel

  • Le Tamagotchi fête ses 30 ans en 2026 et a franchi le cap des 100 millions d’exemplaires vendus dans le monde, devenant un miracle industriel porté par le marché des « kidultes ».
  • La force du Tamagotchi réside dans son aspect low-tech et sa simplicité, avec un écran à cristaux liquides et trois boutons qui rassurent face à la saturation numérique actuelle.
  • Le Tamagotchi est devenu un objet de collection recherché sur le marché secondaire, avec des modèles rares atteignant parfois le millier d’euros.

Trente ans… Sérieusement, petit œuf, à un moment, il faut quitter le nid… En 1996, une certaine Aki Maita et la firme Bandai lançaient au Japon un petit œuf en plastique translucide. Son concept ? Élever un monstre en pixels sur un écran à cristaux liquides préhistorique, le nourrir, ramasser ses crottes et supporter ses bips stridents à trois heures du matin.

En 2026, le carnage émotionnel dure toujours. Alors que le jouet fête son trentième anniversaire, la créature pixelisée n’a jamais été aussi vivante, franchissant le cap mythique des 100 millions d’exemplaires vendus dans le monde grâce à des pop-up stores qui lui sont dédiés, des éditions spéciales, et des déclinaisons infinies… Un miracle industriel pour un bout de plastique que nos parents juraient de voir finir à la poubelle avant l’an 2000.

Les « kidultes », ces poules aux oeufs d’or

Si vous pensiez que le Tamagotchi survivait grâce aux enfants de primaire, détrompez-vous. La véritable poule aux œufs d’or de Bandai porte désormais un nom : le marché des « kidultes ». « Les kidultes sont les garants de la vitalité et de la résilience du marché du jouet depuis plusieurs années maintenant, analyse Noam Bouyakoub-Menut, directeur général adjoint de King Jouet représentent aujourd’hui une part colossale des acheteurs. Les Tamagotchi continuent de très bien se vendre parce qu’ils touchent une clientèle à la fois nostalgique, mais aussi dans la transmission, avec leurs propres enfants. »

Pour les « jeunes » trentenaires surmenés, s’occuper d’un animal virtuel offre un shoot de nostalgie réconfortant. Et les « vieux » trentenaires se réjouissent d’accompagner leurs enfants sur la voie de la responsabilité avec un petit être numérique à soigner. Entre 2022 et 2024, les ventes ont tout simplement doublé, portées par ces adultes qui accrochent leur œuf numérique à leur sac à main comme un bijou de mode. « Les Tamagotchi sont les précurseurs d’une autre tendance très très forte en 2026, les collectibles », poursuit Noam Bouyakoub-Menut. Il n’est pas étonnant qu’à Paris, la collection anniversaire des Tamagotchi soit présentée dans le Gashapon Bandai Official Shop, temple commercial élevé à la gloire des mini-breloques en plastiques à collectionner.

La revanche du low-tech à trois boutons

« La force des Tamagotchi en 2026, c’est qu’ils n’ont jamais disparu et sont devenus cultes en épousant les tendances des trois décennies qu’ils ont traversées », nous explique Yoann, collectionneur très actif de Tamagotchi et référence dans la communauté des fans. L’expert en veut pour preuve la persistance de la figure du Tamagotchi dans la culture pop. « Le jouet a été copié, parodié, moqué… Il y a eu un épisode de Black Mirror avec une parodie de Tamagotchi. Sa persistance est liée à son aspect low-tech, même pour l’époque. »

À l’heure des casques de réalité virtuelle, des consoles surpuissantes et des réseaux sociaux dopés à l’intelligence artificielle, un écran à cristaux liquides contrôlé par trois pauvres boutons en caoutchouc, ça rassure. Par sa sobriété, le Tamagotchi est le roi incontesté de la low-tech affective. Pas d’abonnement payant, pas de publicités intrusives, pas de notifications toxiques, juste un rituel simple et minimaliste : si vous l’oubliez, votre compagnon meurt. Cette vulnérabilité absurde crée un lien émotionnel d’une efficacité redoutable, loin de la saturation numérique du quotidien. Et paradoxalement, le Tamagotchi, né avant l’avènement de l’obsolescence programmée, a une durée de vie très élevée.

Spéculation et fureur sur le marché de la revente

Cette passion intergénérationnelle a évidemment nourri un marché secondaire. Sur eBay ou Vinted, le Tamagotchi est devenu un objet de collection recherché, voire un véritable produit financier. Un modèle d’origine de 1996 encore scellé sous son blister d’époque peut se négocier plusieurs centaines d’euros. Les éditions rares, comme le très convoité Devilgotch des années 1990 ou certaines collaborations limitées (Sanrio, Harry Potter, Demon Slayer), atteignent régulièrement des sommets aux enchères, dépassant parfois le millier d’euros. L’œuf de notre enfance est désormais scruté par les spéculateurs au même titre que les cartes Pokémon.

Et le marché continue de s’enrichir avec les nouveautés. Après le Tamagotchi Uni connecté en Wi-Fi à un métavers dédié (le Tamaverse), le fabricant japonais Bandai a lancé le Tamagotchi Ring, une bague miniaturisée portée au doigt qui transforme l’animal virtuel en véritable bijou de mode.

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Trente ans après avoir brisé le cœur des enfants de la génération X à chacune de ses morts, la petite créature nippone prouve qu’elle est bien plus coriace qu’il n’y paraissait. Elle a survécu aux modes, aux smartphones et à l’âge adulte. Et soyons honnêtes : tant qu’il y aura des humains pour culpabiliser devant une crotte en pixels non ramassée, le Tamagotchi aura de beaux jours devant lui.