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Jeux vidéo et cerveau : quand le virtuel stimule nos capacités cognitives

Jeux vidéo et cerveau : Quand le virtuel stimule nos capacités cognitives

big brainQuels effets les jeux vidéo ont sur le cerveau ? Entre stimulation visuelle et sonore et outils de recherches scientifiques, ces loisirs sont de vrais trésors pour nos capacités cognitives.
Tom Comminge

Tom Comminge

L'essentiel

  • Que se passe-t-il dans le cerveau lorsqu’on joue aux jeux vidéo ? Comment ces jeux le stimulent autant ? Nous avons posé la question à Antoine Coutrot, chercheur en neuroscience au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).
  • Les jeux vidéo offrent des distractions de partout pour le cerveau. Notre cortex cérébral est le plus sensible aux éléments visuels et sonores. D’après Antoine Coutrot, les simulations de tir comme « Call of Duty » ou « Fortnite » sont les plus attractifs pour le cerveau.
  • Les jeux vidéo sont aussi utilisés pour traiter et soigner des phobies, voire des maladies neurodégénératives comme l’Alzheimer.

Le cerveau est une machine complexe. C’est lui le chef d’orchestre de votre corps. Quand vous attrapez une manette et vous pensez à jouer au jeu vidéo (très bonne idée), c’est grâce à lui que tout se passe. Mais une fois que la télévision est allumée, que le jeu est lancé et que le plaisir est au max, comment réagit le cerveau ? Quel est son rôle et comment les jeux vidéo le stimulent autant ? Nous avons posé la question à Antoine Coutrot, chercheur en neurosciences au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).


La stimulation visuelle : les jeux vidéo font chauffer le cerveau

Les jeux vidéo sont maintenant connus pour être une énorme source de distraction pour le cerveau. Cette attention exceptionnelle s’explique par la nature même du jeu vidéo : un monde saturé d’indices visuels et immersifs. « Environ le tiers du cortex cérébral est consacré à la vue, explique Antoine Coutrot. Notre cerveau est câblé pour détecter ce qui bouge ou les visages. Il est naturellement attiré par ces stimuli. » Les mouvements oculaires, mesurés à l’aide d’outils comme l’eye-tracking, révèlent où se porte notre attention et comment elle se déplace en fonction des événements à l’écran.

Le chercheur en neurosciences précise que certaines catégories de jeux vont plus stimuler le cerveau que d’autres. « On a remarqué que les simulations de tir comme Call of Duty, Battlefield ou Fortnite vont davantage solliciter les capacités cognitives. Il y a de la distraction visuelle partout, dans ces situations, le cerveau travaille beaucoup. » D’après le chercheur du CNRS, à force de jouer dans ces environnements dynamiques, le cerveau peut même développer une latence visuelle plus courte que la moyenne. « C’est comme un muscle qui se renforce après l’effort, ajoute-t-il. »

Le son comme outil de complément à la stimulation du cerveau

Le son dans les jeux vidéo joue aussi un rôle, bien que secondaire, dans le cerveau. « Lorsqu’un bruit est associé à un stimulus visuel, une explosion, par exemple, la cohérence des deux signaux renforce l’attention et accélère la réaction, explique Antoine Coutrot. » C’est cette coordination multi-sensorielle qui explique en partie les réflexes fulgurants des joueurs aguerris, notamment les joueurs professionnels.

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Mais au-delà de la performance, les jeux vidéo sollicitent surtout nos émotions. « La peur, la frustration, l’excitation… ces réactions activent des circuits profonds du cerveau, notamment l’amygdale, une sorte de nœud central dans le circuit neuronal de la peur. Celle-ci détecte le danger avant même que nous en soyons conscients. »

Les jeux vidéo : un outil d’études pour les maladies et troubles cérébraux

A son origine, les jeux vidéo n’étaient que de simples divertissements. Avec son expansion mondiale, de nombreuses recherches ont pu être effectuées pour déterminer les effets de ces loisirs vidéoludiques sur le cerveau. Entre attention, émotions et apprentissage, ils constituent un terrain d’observation fascinant du fonctionnement du cerveau humain. Par exemple, la réalité virtuelle (VR), permet de traiter certaines phobies. « Un patient, atteint de vertige, peut être placé dans une simulation, où il devra affronter cette peur de la hauteur, conclut Antoine Coutrot. Il devra donc gérer des situations anxiogènes de manière contrôlée et progressive. Cette méthode, facile à mettre en œuvre, donne d’excellents résultats en psychothérapie ».

Antoine Coutrot s’intéresse également à des maladies comme l’Alzheimer. Sea Hero Quest, un jeu sur smartphone, est utilisé pour étudier les sens de l’orientation des joueurs. Développé par les chercheurs du CNRS, il s’inscrit dans la recherche sur le diagnostic de cette maladie, dont la désorientation spatiale est un symptôme récurrent et précoce. Ces expériences de “science citoyenne” permettent d’étudier des milliers de participants, bien au-delà des laboratoires. Le jeu vidéo n’est plus seulement un loisir. Il devient un miroir du cerveau, capable à la fois de le stimuler, de le soigner et de mieux le comprendre.