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« On cherche à négocier avec la règle »… La triche, une donnée à maîtriser dans tous les jeux de société
peine perdue•Pourquoi certains joueurs trichent-ils ? Pourquoi d’autres supportent si mal la défaite ? Au Festival International des Jeux de Cannes, des professionnels du secteur expliquent comment les jeux de société sont utiles pour apprendre à perdreVictoria Berne
L'essentiel
- Les jeux de société apprennent à accepter la défaite et la frustration, une compétence essentielle dans la vie, bien que certains joueurs développent des profils de mauvais perdants ou de tricheurs.
- La triche peut être volontaire ou involontaire, cette dernière résultant d’une interprétation des règles floues, et il existe une différence culturelle notable.
- Les concepteurs de jeux testent leurs créations pendant des mois pour éliminer les zones grises dans les règles, car sans cadre, il n’y a plus de jeu, bien que certains jeux comme la version triche du Monopoly intègrent volontairement la transgression dans leur mécanique.
Il y a ceux pour qui ce n'est qu'un jeu… et il y a ceux qui débattent encore à 23 heures de la possibilité de poser un +4 sur un +2 au Uno. Il y a ceux qui perdent avec le sourire et ceux qui peuvent faire la tête pendant trois jours. Et puis, il y a ceux qui négocient les règles et qui disent : « Si ce n'est pas écrit dans les règles, c'est que je peux faire ça ». En 2024, les sociétés Philibert ont fait un un sondage dans lequel 87 % des personnes interrogées ont déclaré que la triche était le « comportement le plus énervant chez un adversaire ».
Dans les jeux de société, on apprend à jouer, à être stratège, à coopérer, à se concentrer et à s'amuser. Mais surtout, on y apprend une chose très importante : la défaite. Et face à ce sentiment franchement désagréable, certaines personnes développent des profils de mauvais perdants et/ou de tricheurs. Alors, comment les jeux de société sont-ils pensés pour encadrer la triche, la frustration et la mauvaise foi ? Que dit notre rapport aux règles ? Au Festival international des jeux de Cannes, nous avons interrogé les professionnels du secteur.
Mauvais perdant ? on ne les voit jamais venir...
« On ne les voit pas venir les mauvais perdants », sourit Stéphanie Grillon, directrice marketing chez Ravensburger. « Ça ne se voit pas sur le visage que vous êtes mauvais perdant. Moi je suis mauvaise perdante. Et je ne l’aurais jamais dit ».
Face à l'echec d'un jeu, plusieurs profils se dessine : « Il y a les bons perdants. Il y a les mauvais perdants. Et il y a une troisième catégorie : ceux qui disent qu’ils l’acceptent… mais ce n’est pas vrai », témoigne Pierre-François Perriquet, en charge de la communication chez Hasbro France.
Autrement dit, ce n’est pas le désir de gagner qui pose problème. C’est la manière d’encaisser l’échec. Chez l’enfant, la leçon est fondatrice. « Le jeu apprend à attendre son tour et à pouvoir accepter l’échec », insiste Stéphanie. « La vie est faite aussi de quelques échecs. Le jeu est une première initiation à ça ». Pierre-François, élargit encore la perspective : « Pour un enfant, tu apprends à perdre et tu approches la frustration surtout, plus que perdre. Ça permet de comprendre qu’on ne peut pas toujours gagner. »
Mais comme l'explique Sarah Pok., responsable communication et chargée de développement de jeux chez Cocktail Games, « C’est humain de vouloir gagner. »
Tricher peut-être humain... mais c'est sacrément relou
Si perdre crée de mauvais perdant, gagner peut créer des tricheurs, car « Quand tu vois que tu ne gagnes pas, tu peux commencer à tricher pour gagner », résume Pierre-François Perriquet. Mais attention à ne pas tout confondre : « On a toujours tendance à faire des maillages entre bon perdant, mauvais perdant, tricheur… ce n’est pas la même chose. »
La triche, elle aussi, a ses nuances. Sarah Pok., distingue deux types de triche. « Il y a la triche volontaire, où quelqu’un décide de tricher. Et ça, on ne pourra jamais le contrôler. Mais il y a aussi une triche involontaire. Quand les règles ne répondent pas clairement à une question, les joueurs les interprètent. Et là, c’est très intéressant, parce que ce n’est pas de la malhonnêteté. C’est humain. On cherche à comprendre, à négocier avec la règle. »
Et cocorico, cette négociation (celle de ce pote qui vous jure que dans sa partie de uno au Nicaragua, les +2 ne se cumulent pas), elle est culturelle : « En France, lorsque ce n’est pas écrit dans les règles, on va dire que c’était OK. Du côté anglo-saxon, si ce n’est pas écrit, ça veut dire que c’est interdit. »
Des règles comme cadre
« Ce n’est pas l’importance de gagner. C’est l’importance des règles », insiste Pierre-François Perriquet. Le jeu repose d’abord sur un cadre. « On te dit comment jouer. Tu peux jouer avec les bonnes règles ou commencer à les outrepasser. Et c’est là qu’on dit que tu triches. »
Mais les concepteurs ne sont pas naïfs. Ils savent que les joueurs cherchent la faille. En tant que developperice, Sarah Pok. explique que les jeux sont testés pendant des mois pour identifier les zones grises. S’il y a « un flou dans les règles » qui crée des disputes, il faut le corriger. S’il crée du rire et de la complicité, on peut parfois l’accepter, explique-t-elle.
Chez Ravensburger, Stéphanie Grillon le dit avec une pointe de malice : « Les règles sont un guide. Il faut s’approprier le jeu. »
Des jeux à triche ?
Si la triche hirisse les poiles de certains joueurs, à l’inverse, certains jeux intègrent la triche dans leur mécanique. Dans version triche du Monopoly, les joueurs sont autoriser à « piquer dans la boîte » ou à gonfler un loyer... à condition de ne pas se faire attraper. Si l’on est pris, la sanction tombe, explique Pierre-François. Un miroir miniature et ironique de notre monde réel : la transgression existe, mais elle a un prix.
Il y a après des jeux ou la triche n'a pas d'interêt ou, ne peut pas existait... Pour Sarah, « Dans les jeux coopératifs, quand on joue ensemble, qu’on veut juste passer un bon moment, la triche perd son intérêt. Elle n’a plus vraiment de sens ». Si le puzzle lui semble épargné de la triche, dans une pratique solitaire et à la maison, sur le stand de Ravensburger lors du Festival International des jeux à Cannes, un concours de rapidité se jouait. L'occasion pour Stéphanie de rappeler que même avec un puzzle, il est possible de tricher : « On peut cacher une pièce, faire diversion, taquiner un peu », explique-t-elle.
Predre c'est apprendre a vivre ensemble
« Les règles existent partout. Elles existent à l’école, dans les jeux, dans la vie. Quand elles sont bien faites, ça fonctionne. Quand elles ne sont pas respectées, c’est un foutoir. Après, on peut contester les règles quand elles ne sont pas bien faites. Mais sans cadre, il n’y a plus de jeu. », conclue Pierre-François Perriquet.


















