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La Bretagne se penche sur le devenir des batteries usagées de voitures

« Le gisement va exploser »… La Bretagne se penche sur le devenir des batteries usagées de voitures

Seconde vie•Un projet baptisé ABR est lancé en partenariat avec Stellantis pour tenter de réutiliser les batteries au lithium des véhicules
Camille Allain

Camille Allain

L'essentiel

  • A Rennes, un programme de recherche se penche sur la deuxième vie des batteries de voitures électriques, dont le nombre va exploser à l’avenir.
  • L’entreprise Entech et ses partenaires espèrent transformer ces batteries en support de stockage externe afin de prolonger leur durée de vie.
  • En 2035, les véhicules thermiques seront interdits à la vente dans l’Union européenne, provoquant une ruée vers l’électrique.

Quand l’usine a été inaugurée par le général de Gaulle en 1961, la France comptait à peine plus de six millions de voitures sur ses routes. Un peu plus de soixante ans plus tard, c’est entourée d’un parc automobile de près de quarante millions de véhicules que l’usine Stellantis (ex-PSA) de Rennes tente de survivre. Alors que l’Union européenne a voté l’interdiction des moteurs thermiques à partir de 2035, le site industriel de Chartres-de-Bretagne se met au diapason du marché automobile mondial, faisant la part belle à l’hybride et bientôt au tout électrique. Dans les plus secrètes réunions industrielles comme au comptoir des nombreux bistrots bretons, on peut pourtant entendre la même interrogation face à cette ruée vers l’électrique. « On va faire quoi de toutes ces batteries quand elles seront en fin de vie ? » Pour l’heure, la réponse sonne aussi creux que la portière d’une vieille Citroën BX.

L’annonce était bien moins fracassante que la levée de fonds record enregistrée par Verkor pour ses « giga factory » de batteries. Il faut dire que le projet porté par plusieurs partenaires de Bretagne et financé à hauteur d’un million d’euros paraît bien modeste à côté des deux milliards d’euros levés par la start-up française. Mais qu’importe. Ici, on ne parle pas de produire des batteries mais plutôt de prolonger leur vie. Baptisé « Automative batteries reuse » ou « ABR », ce projet de recherche devrait durer deux à trois ans et se tenir dans les murs du pôle Excelcar, installé dans un hangar délaissé par Stellantis à Rennes. « Ici, nous voulons traiter toute la chaîne de valeur. D’abord la collecte, mais aussi le diagnostic et les débouchés. Si on veut leur donner une seconde vie, il faut que l’on sache combien de temps elles peuvent encore durer et qu’on leur trouve un panel d’applications », explique Sophie Molina, ingénieure chez Entech Smart Energies.

Les modèles comme la Citroën C5 Aircross produite dans l'usine Stellantis de Rennes sont de plus en plus souvent associés à des batteries notamment pour un usage hybride.
Les modèles comme la Citroën C5 Aircross produite dans l'usine Stellantis de Rennes sont de plus en plus souvent associés à des batteries notamment pour un usage hybride. - C. Allain/20 Minutes

Cette entreprise basée à Quimper est spécialisée dans les solutions de stockage de l’énergie. Ses dirigeants rêvent de pouvoir transformer les vieilles batteries de voitures en système de stockage externe. Une innovation qui répondrait ainsi à l’une des limites des énergies renouvelables, qui ne produisent pas toujours de l’électricité quand en a le plus besoin. « On peut par exemple prévoir des opérations de lissage ou un décalage pour que l’énergie solaire serve lors des pics de consommation du soir », avance l’ingénieure bretonne. Ces batteries pourraient également servir de chargeurs mobiles pour les nouvelles stations REV développées pour les vélos à assistance électrique. Ou encore faire perdurer des éclairages solaires toute la nuit.

Avant de rêver aussi grand, l’entreprise Entech doit d’abord comprendre comment démonter et valoriser les anciennes piles, jugées insuffisantes pour une voiture quand elles descendent sous la barre des 80 % d’efficacité. Partenaire du projet, Stellantis a accepté de lui fournir plusieurs modèles de batteries au lithium-ion qui équipent actuellement ses petites citadines comme la C3, la 208 ou la Corsa. Depuis quelques semaines, des salariés de l’entreprise adaptée Talendi ont donc entrepris d’ausculter les « packs » qui sont collés sous les voitures électriques.

Les salariés de Talandi ont découvert cette étrange pâte violette dans une batterie équipant les petites voitures électriques de Stellantis comme la C3 et la 208.
Les salariés de Talandi ont découvert cette étrange pâte violette dans une batterie équipant les petites voitures électriques de Stellantis comme la C3 et la 208. - C. Allain/20 Minutes

Ce sarcophage composé de 18 modules (18 batteries pour faire simple) devra être testé, dans l’espoir d’offrir une durée de vie suffisamment longue pour être utilisé dans un autre usage. « C’est un métier qui comporte des risques. Les batteries ne sont pas des produits anodins à manipuler. Il a fallu se former, apprendre à faire baisser la tension pour limiter les risques. On a eu quelques surprises », raconte Nicolas Donval-Petres, chargé d’affaires chez Talandi. En ouvrant les fameux sarcophages, lui et ses collègues ont notamment découvert une étrange pâte violette ressemblant à du chewing-gum que les fabricants ont mis là pour amortir les chocs. Car c’est bien là la folie d’une telle technologie. Importée de Chine, elle n’est pas réellement connue des fabricants automobiles. Parfois, les batteries ont pu exploser, causant de graves accidents.

L’Europe va pourtant devoir se saisir du sujet si elle ne veut pas être noyée par des tonnes de déchets au lithium d’ici quelques années. « Le parc automobile électrique double quasiment chaque année. Nous savons que le gisement va exploser », alerte Sergio Capitao, directeur du pôle de compétitivité ID4Mobility qui prend part au projet.

« Il ne suffira pas de tout électrifier pour répondre à notre dépendance au pétrole. Il va falloir réinterroger notre approvisionnement, gérer la ressource », prévient la vice-présidente de la région Bretagne Laurence Fortin. La collectivité apportera 400.000 euros pour aider le programme ABR à décoller, également soutenu par Rennes et Quimper. Sans savoir si, un jour, il trouvera un débouché. Encore moins s’il sera possible d’en tirer un quelconque gain financier. Mais au moins, ils auront essayé.