Coupe Davis: On n’était pas sûrs mais Noah est encore un peu magique

TENNIS Rappelé en derniers recours pour enfin ramener le saladier d’argent, la figure suprême du tennis français a réussi sa mission…

Julien Laloye

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Yannick Noah a gagné son troisième saladier en tant que capitaine des Bleus.

Yannick Noah a gagné son troisième saladier en tant que capitaine des Bleus. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

D’un de nos envoyés spéciaux à Lille,

Il a mis du temps à se lâcher pour de bon. Pas de saga africa cette fois, ni de simon patatara, c’est un peu démodé, mais un petit tour au micro pour faire chanter les tribunes, encore et encore, plus d’une heure après cette remise trop longue de Darcis qui donnait sa dixième Coupe Davis à la France.

Le grand gourou du tennis français avait été rattrapé par le col juste pour ça. Il faut se rappeler les grandes manœuvres, l’éviction pas très classe d’Arnaud Clément orchestrée en sous-main par les joueurs (Tsonga et Gasquet en tête), et les déclarations d’intention du nouveau boss pas toujours suivies d’effet. Qu’importe aujourd’hui. Noah a enfin redonné à la France cette Coupe Davis qui se refusait obstinément à la nation disposant peut-être du plus gros réservoir collectif au monde.

« La culture de la lose m’a défoncé la gueule »

Dans un long monologue d’un peu tout, d’amertume, d’humour, de tendresse, Noah a fait comprendre qu’il ne pensait pas avoir autant de boulot pour ramener la Coupe : « C’est dur parce que quand t’as pas gagné depuis 16 ans, tout le monde s’habitue à perdre, ça m’a défoncé la gueule en demi-finale, cette culture de la lose. On n’a pas de revanche à prendre, mais c’était dur. Les Belges sont arrivés légers, nous, on a senti un truc lourd. Ce n’est pas notre faute quand on perd ». « Une fois de plus, qui a raison ? c’est Yann, et c’est tout ce qu’il faut retenir », résume à sa façon Eric Winogradsky, responsable de la formation masculine à la Fédération. « Il a réussi à sublimer les joueurs, et quelque part à recréer une dimension de groupe. Ce n’est pas qu’elle n’existait pas avant, mais il fallait un petit plus et c’est ce qu’il a apporté malgré les histoires ».

Quelles histoires ? Des joueurs qui font ce qu’ils veulent, ni plus ni moins, malgré le charisme supposé de leur capitaine et sa volonté d’instaurer un nouveau cadre plus contraignant. Certains ont adhéré, et d’autres sont aujourd’hui perdus pour la cause, comme Monfils. Mais la vérité est façonnée par les vainqueurs.

« C’est mission accomplie clairement, juge Amélie Mauresmo. Sans connaître tout ce qui se passe dans l’équipe, il a été capitaine quand j’étais joueuse, et je peux imaginer ce qu’il peut apporter aux joueurs. Une énergie du charisme, une détermination, un peu de folie… Mais ce sont aussi les joueurs qui ont bien assuré du début à la fin malgré un Goffin qui lui est allé chercher ses deux points, comme prévu ».

C’est tout le paradoxe de cette troisième victoire personnelle de Noah sur le banc des Bleus, après 1991 et 1996. Jusqu’à ce week-end, le dernier vainqueur français de Roland-Garros n’avait fait aucune différence dans son coaching ou dans ses attitudes par rapport à ses prédécesseurs. Il a profité d’une cascade de forfaits (Nishikori, Murray, Djokovic) pour amener la France en finale, et sa seule décision véritablement audacieuse en deux ans a failli lui retomber dessus : Gasquet, incorporé avec Herbert sur une intuition personnelle du capitaine pour pouvoir jouer le dernier simple décisif au cas où, aurait évoqué des douleurs lombaires sitôt la fin du double, laissant Noah le bec dans l’eau et l’obligation de mettre son Pouille sur la table. Ça a marché, et on a peut-être découvert le futur taulier des Bleus dans l’épreuve.

Avec Noah sur la chaise ? Ça reste à voir. Malgré les embrassades et les effusions avec Bernard Giudicelli, le courant n’est pas toujours passé entre l’intéressé et la fédération. Il semblait acté pour tout le monde que l’aventure s’arrêterait là, Coupe Davis ou pas Coupe Davis. Dans l’euphorie du moment, le grand artisan du week-end s’est donné un peu de temps pour y penser. « Je vais parler avec les gars, comme après chaque saison, il va falloir qu’on fasse vite parce que l’alcool va couler à flots. Ca dépend des gars, parfois on a envie que ça recommence, mais parfois c’est dur. Et puis parfois on a envie de continuer à jouer parce qu’il y a encore beaucoup de gens à décevoir ». Un peu moins maintenant que le manque est comblé, tout de même.