Coupe Davis: Elle va ressembler à quoi cette finale contre la Belgique ?

TENNIS La France recevra son voisin le dernier week-end de novembre…

J.L.

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La doublette Mahut-Herbert s'impose contre la Serbie en demie de Coupe Davis.

La doublette Mahut-Herbert s'impose contre la Serbie en demie de Coupe Davis. — Michel Spingler/AP/SIPA

L’équipe de France a plus donné envie de s’étrangler qu’autre chose lors de la dernière décennie, mais au moins, elle a bien fait les choses pour la dernière édition de la Coupe Davis telle qu’on la connaît. Avant les finales sur terrain neutre et avant les matchs en deux sets gagnants qui devraient suivre, les mousquetaires se sont donné une dernière occasion de vibrer face à la Belgique, trois ans après le traumatisme de Lille et la finale perdue contre la Suisse.

Avec l’aide de Patrice Hagelauer, ancien DTN et compagnon de route de Yannick Noah lors des victoires de 91 et 96, 20 minutes résume les enjeux de la finale à venir

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La surface > Terre battue ou pas terre battue ?

La question à mille euros que ne posera pas Louis Bozon sur France Inter. Puisque la France a le choix des armes et du terrain, autant essayer de prendre la bonne décision, pour une fois. Etant donné que les Bleus ont perdu leurs deux dernières finales à la maison sur terre, faut-il bannir avant même les discussions le choix de l’ocre ? « C’est toujours un choix compliqué, mais il doit être issu d’un consensus entre les joueurs, précise Hagelauer. On ne sait pas sur qui on pourra compter dans deux mois, il faut donc que tout le monde soit d’accord. Mon avis personnel ?  Sachant qu’on aura du temps pour se préparer et qu’aucun joueur français ne devrait participer au Masters, j’opterais pour la terre ».

Quel que soit le lieu (l’U Arena de Nanterre est évoquée), on peut espérer, et ce serait une forme de progrès, que la décision ne se prenne pas en fonction de l’adversaire. Les Belges aiment la terre battue aussi, ils l’avaient d’ailleurs privilégiée pour affronter l’Australie en demi-finale, mais David Goffin, le meilleur joueur du plateau, est un des types les plus complets du circuit, capable de battre les Français sur terre, sur herbe, et sur patinoire, s’il le fallait. Hagelauer confirme : « Sur terre, son service le met en danger plus souvent, mais il a une telle qualité de déplacement que ça compense largement. Moi je suis fan de ce petit gabarit qui couvre son terrain de façon exceptionnelle ».

Les bleus > Tsonga et qui derrière ?

Cette question risque de s’éteindre naturellement en fonction des blessures. Actuellement, seuls Tsonga et Pouille n’ont pas un truc qui couine quelque part, alors que le double Mahut-Herbert peut dormir sur ses deux raquettes, à condition que les articulations de papy Mahut tiennent le coup jusque-là.

MAIS

  • Pouille n’est plus le joueur fraîcheur à la force mentale inconnue dans nos contrées. Le Nordiste perd des matchs qu’il ne perdait pas il y a six mois, et il paraît moins sûr de lui dans les moments chauds.
  • Monfils est indiscutable à 100 %, sauf qu’il est blessé au genou, et qu’avec lui, ça peut durer six mois comme six jours, s’il décide qu’il veut jouer absolument.
  • Gasquet est en panne d’à peu près tout, de confiance et de physique, mais il vient de gagner un challenger, et pour peu que son dos oublie de lui pourrir la vie pendant deux mois, sa candidature ne peut être écartée d’un revers de main (long de ligne).

L’avis d’Hagelauer : « Ce sera d’abord une question de résultats. Il reste des gros tournois, notamment Bercy à la maison, et ça peut faire pencher la balance. Lucas semble avoir des petits soucis de confiance, Gaël, je suis bien incapable de vous dire où il en est, quant à Richard, il a besoin de regagner de la confiance, mais c’est un joueur sacrément étonnant s’il se sent bien. C’est un problème plutôt sympathique, cela dit, et c’est cette richesse qui nous a portés jusqu’en finale malgré les blessures des uns et des autres »

L’adversaire > Goffin seul au monde, vraiment ?

On a beaucoup glosé sur cette campagne 2017 au rabais, où la France a battu le Japon sans Nishikori, la Grande-Bretagne sans Murray, et la Serbie sans Djokovic. C’est un parcours qui ressemble une chanson de Pierre Perret, soit, mais il ne faut pas avoir la mémoire courte. Avant l’apothéose contre les Etats-Unis dans la bombonera lyonnaise en 91, il avait fallu battre, au moment le plus critique, le redoutable Fromberg en guise de terreur australienne (38e), alors qu’en 96, l’adversité n’était pas non plus d’un niveau stratosphérique (l’Italien Furlan, 36e, au mieux).

Tout ça pour dire que l’histoire peut encore être belle, si elle se termine bien. Cela reste à voir, parce qu’il y a Goffin, bien sûr, mais aussi parce que le deuxième joueur Belge, Steve Darcis, est un vrai joueur de Coupe Davis, une sorte de Nicolas Escudé moderne, capable de taper n’importe qui un jour de grâce suprême. « Il n’y a que les gens qui ne connaissent pas la Coupe Davis qui peuvent penser que les deux points contre Darcis sont gagnés s’avance, reprend Hagelauer. Lui, il sait se transcender dans l’épreuve, et remporter des points inattendus. Il ne faudra pas le prendre à la légère ».

Si l’envie nous en prenait, jeter un œil à son bilan en 2017 dans l’épreuve suffit à calmer les optimistes. Au premier tour, il a achevé l’Allemagne à la pioche (deux victoires contre Kohlschreiber et Zverev), en quarts, il a ramené son point contre l’Italie, et contre l’Australie, il a gagné le cinquième match décisif sans laisser un set au pauvre Thompson. En bref, il a une bonne gueule de Youzhny en 2002, si vous avez la référence.

L’ambiance > Toujours aussi pourrie ou bien ?

Après avoir tiré la tronche tout le week-end, Yannick Noah s’est un peu déridé lors de la conférence de presse d’après-victoire à base de facetime avec Gaël Monfils et de petites blagues sur le thème « le groupe vit bien ». Un enthousiasme débridé qui n’a trompé personne. Le capitaine tricolore a vécu un week-end sous tension, écartelé entre des joueurs qu’il doit protéger et un président de Fédération qui s’est mis tout le milieu à dos en six mois.

« Le président doit être le premier supporter de l’équipe, surtout quand ça ne va pas, juge sévèrement Hagelauer. Taper sur les gens que ça ne va pas bien, il n’y a rien de pire. La Fédération ne doit pas juste être là pour tirer sa petite gloriole quand la victoire est au bout. Bernard Giudicelli semble mettre l’eau dans son vin, mais on a l’impression que les gars allaient se faire tuer s’ils perdaient ce week-end. Yannick est un peu coincé dans cette atmosphère où on lui met une pression énorme, et ça le conduit à en faire un petit peu trop sur sa chaise, inconsciemment ».

Presque déprimé de s’être fait rabrouer par Pouille et Tsonga pendant leurs simples de vendredi, Noah a tout de même fait son boulot en demandant poliment à son président de ne plus polluer l’ambiance avec des déclarations tempétueuses. Une union sacrée de deux mois, ce n’est pas trop demander, a priori.