Les joueurs du Stade Français ont décidé de faire grève pour protester contre la fusion avec le Racing 92, le 14 mars 2017.
Les joueurs du Stade Français ont décidé de faire grève pour protester contre la fusion avec le Racing 92, le 14 mars 2017. - CHRISTOPHE SIMON / AFP

Le peuple a été écouté. Au terme d’une semaine qui a mis le rugby français en ébullition, les présidents du Racing 92 et du Stade Français ont annoncé dimanche qu’ils renonçaient à leur projet de fusion des deux clubs. « J’ai entendu et compris les fortes réticences soulevées par ce beau projet d’union, a écrit Jacky Lorenzetti, le boss du Racing. En tout état de cause, les conditions sociales, politiques, culturelles, humaines, sportives ne sont pas remplies. »

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Elles ne l’étaient pas, non. Les joueurs concernés - notamment ceux du Stade Français, qui ont décidé de se mettre en grève dès mardi -, Provale (le syndicat des joueurs), les dirigeants de la Ligue, de la Fédération, les collectivités territoriales, tous ont dit, de manière plus ou moins directe, avec plus ou moins de virulence, qu’ils étaient contre cette idée. Complètement à contre-courant, les initiateurs du projet ont préféré arrêter avant de se noyer. « Personne n’avait envie de nous entendre, de nous écouter, a regretté le patron du Stade Français Thomas Savare lors de l’émission Stade 2. On s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas convaincre. »

L’annonce a été trop brutale. La rébellion qui s’est organisée en réaction très forte, d’une ampleur qu’ils n’attendaient pas. Supporters ou simples amateurs de rugby, personne ne voulait voir la disparition de ces clubs historiques, les deux premiers à avoir remporté le championnat de France, à la fin du 19e siècle. « Je suis heureux comme un supporter de rugby, nous dit Jean-Pierre Chivrac, le président de l’association Génération Yves du Manoir, qui regroupe les supporters du club des Hauts-de-Seine. On ne parle même plus du Racing ou du Stade Français, c’est allé au-delà de ça. Je suis content pour tout le monde. On s’est battu ensemble. »

A tel point qu’il avoue avoir pleuré au téléphone avec Nathalie Lehmann et son mari, qui s’occupent de l’association de supporters du Stade Français Le Virage des Dieux. Ces derniers sont soulagés, évidemment, mais ils savent aussi que « le plus dur commence ». L’enterrement de la fusion n’est qu’une première victoire. « La bagarre n’est pas finie, prévient Nathalie. Tout reste à faire pour trouver un moyen de sauver le club. » Un club qui perd plus de 6 millions d'euros par an et qui doit trouver des fonds d’ici à la fin de saison pour éviter le dépôt de bilan.

Assurer le maintien du Stade Français sur le terrain, déjà

Thomas Savare cherche en effet toujours à se retirer du Stade Français. Et si ce n’est pas via la fusion, il faudra que ce soit autrement. « Si un repreneur se présente avec un projet concret et viable, je céderai le club, a-t-il dit au Midi Olympique. Sur France Télévision, il a également assuré qu’il avait compris la leçon et qu’il allait « faire de la concertation, avec les associations, les supporters, les joueurs éventuellement ».

Les réunions vont donc se multiplier encore ces prochaines semaines, à tous les étages. Pendant ce temps-là, les joueurs vont retourner sur le terrain. Les Stadistes ont annoncé la fin de la grève, dimanche soir. Douzièmes du Top 14, ils ont pour mission d’assurer le maintien du club, en attendant de savoir ce qu’il deviendra la saison prochaine. « On a su se mobiliser en dehors, je suis persuadé qu’on va rester dans cet état d’esprit », a déclaré le « meneur » de la fronde, Pascal Papé, sur le plateau du Canal Rugby Club.

« Les joueurs comptent sur nous pour les soutenir. Ils peuvent, promet Nathalie Lehmann. On va y aller, à la bagarre. On ne peut pas s’arrêter là. Il faut déjà gagner sur le terrain, remonter au classement, et prouver que cette équipe vaut le coup qu’on la sauve. » Le feuilleton est encore loin de son épilogue.

 

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