Cristiano Ronaldo face à Serge Aurier lors du match de Ligue des champions entre le PSG et le Real Madrid, le 21 octobre 2015.
Cristiano Ronaldo face à Serge Aurier lors du match de Ligue des champions entre le PSG et le Real Madrid, le 21 octobre 2015. - T.CAMUS/AP/SIPA

On attendra de voir comment il résiste à Santiago Bernabeu pour affirmer avec certitude que l’écart sur le terrain entre le PSG et le Real Madrid continue de se réduire. Mais depuis l’arrivée des investisseurs Qataris, le champion de France a opéré une mue bien plus que sportive. Paris est devenu un grand club, une grande marque, la 5e dans le monde du football selon l’étude annuelle du Cabinet Deloitte. Mais que lui manque-t-il encore pour être au niveau du plus-grand-club-de-la-galaxie, le Real Madrid ? Nous avons posé la question à Vincent Chaudel, économiste du sport chez Kurt Salmon.

Le palmarès > Un retard difficile à combler

Pour « rattraper » le Real en termes de titres nationaux, il faudrait que le PSG remporte chaque année la Ligue 1 jusqu’en 2043 sans que le Real ne s’impose en Espagne. Et on ne parle même pas des Coupe d’Europe. Bref, le PSG a un retard historique important.

L’analyse de Vincent Chaudel : « Il y a déficit conséquent mais c’est parce que le PSG est un club plus jeune que ses concurrents (création en 1970). Si l’on compare le palmarès du club depuis, il est en retard, mais pas tant que ça. Il a de plus enclenché son « rattrapage » au niveau des titres nationaux, avec trois titres de suite (5 en tout). Un grand club, c’est généralement plus de 10 championnats domestiques, souvent entre 20 et 30. »

Les leviers à actionner : « C’est une question de temps sur les titres nationaux, mais sur les titres européens ils vont avoir du mal à combler le retard. La concurrence est extrême pour gagner la Ligue des champions et il n’y aura plus de séries avec des clubs hégémoniques. Et le PSG n’ira pas chercher la Ligue Europa : s’ils la gagnent, s’ils la gagnent, ça signifiera qu’ils se seront faits éliminer prématurément en Ligue des champions»

La ville et son stade > Une billetterie loin des plus grands

Malgré un taux de remplissage annoncé à 95 %, le Parc des Princes dans sa configuration actuelle ne suffit pas à faire de Paris un grand club d’Europe. 48.000 places, c’est trop peu quand on compare aux 81.000 de Bernabeu ou aux 99.000 du Camp Nou. En 2015, le PSG a généré un profit de 63 millions d’euros sur la billetterie quand le Real a lui récolté 113 millions. Un gouffre.

L’analyse de Vincent Chaudel : « La ville, Paris, n’est pas en retard démographiquement par rapport à niveau de Madrid, Milan ou Londres. En revanche, il y a un delta sur la capacité du stade. Mais il y a en un aussi sur le prix moyen de la place, si l’on compare à d’autres clubs. Si vous mettez 50 livres pour voir un match de Premier League ce n’est pas étonnant, vous voyez les meilleurs joueurs du monde. »

Les leviers à actionner : « Non seulement le club peut progresser en quantité en rénovant le Parc où en en construisant un nouveau, mais il peut aussi élever le prix moyen de la place. Le problème, c’est qu’il dépend de son marché : en France, il y a le PSG et le reste. Il faudrait qu’il y ait des moyens financiers plus importants à Lyon ou Marseille pour attirer les meilleurs joueurs et tirer vers le haut le prix moyen de la place. Paris a déjà augmenté, et ils peuvent encore le faire, mais ils ont aussi besoin des autres. »

(Le classement des moyennes de présence dans les stades. Avec 46.621 en 2015, le PSG est assez loin des meilleurs)

Les droits télés > La Ligue 1 pas assez vendeuse

Si l’on ne compte que les droits TV « domestiques », le PSG figure en 31e position des clubs européens, avec 45 millions d’euros récoltés. Un chiffre à des années-lumière de ce qui se fait pour les meilleurs clubs Espagnols et Anglais, mais pas si éloignés de ça que l’Allemagne. En revanche, parce que la France n’a que deux clubs en Ligue des champions depuis quelques années, Paris double quasiment ce chiffre grâce à des droits TV « Ligue des champions » à la hauteur des tout meilleurs.

L’analyse de Vincent Chaudel : « Cette faiblesse n’est pas de la faute du PSG, mais avant la situation était plus grave que celle-là. L’Espagne négocie ses droits individuellement, ce qui permet au Barça et au Real de se partager l’essentiel de l’argent, mais bientôt la négociation sera plus collective. Quant à l’Angleterre, il ne sert plus à rien de se comparer à eux dans ce domaine-là. »

Les leviers à activer : « Comment on peut faire ? Négocier les droits télés de la Ligue 1 à la hausse ? C’est déjà le cas. Changer la répartition parait difficile car elle est aujourd’hui très égalitaire. Et même si l’on passe de 20 à 18 clubs, le surplus ne sera pas colossal. Un levier pourrait être de développer les droits de notre championnat à l’international. Mais là encore, ça ne dépend pas que du PSG, il lui manque des concurrents pour valoriser la Ligue 1 à l’étranger. L’Espagne plaît car il y a le Real, Barcelone et l’Atletico. En Angleterre il y a les deux Manchester, Chelsea, Arsenal, Liverpool. C’est un problème qu’il n’y a qu’une très grande puissance en France. »

 

Le sponsoring > Le PSG est une vraie marque

Levis, Microsoft, Nike, Huawei, Fly Emirates, etc. Depuis l’arrivée des Qataris, le PSG a signé des accords de sponsoring avec de nombreuses firmes internationales. Côté merchandising, Paris est devenu une référence mondiale, notamment dans la vente de maillots (le champion de France serait devenu le 6e club le plus vendeur de maillots au monde).

L’avis de Vincent Chaudel : « Ce qui intéresse les grandes marques c’est le nombre de personnes (de consommateurs) qu'elles peuvent toucher grâce au sponsoring. Comment le mesurer ? Le nombre de fans sur Twitter ou Facebook sont des bons indicateurs de la puissance d’un club, et Paris grandit bien à ce niveau-là. De plus, un grand club à beaucoup plus de fans à l’international qu’au niveau domestique, ce qui est le cas pour le PSG. Avec la qualité des joueurs recrutés ainsi que les tournées de début de saison (aux Etats-Unis notamment) le PSG gagne de l’aura internationale. Il n’est pas encore dans le Top 3 des marques mondiales, mais il s’en rapproche réellement. »

Les leviers à actionner : « Le PSG a enclenché le mouvement, c’est une question de temps. Le Real rayonne depuis 50 ans, le PSG depuis 5. Il leur manque encore des zones à consolider, et notamment l’Asie, un marché vers lequel beaucoup lorgnent. »

Les transferts de joueurs > Bientôt la fin de la taxe PSG ?

Depuis quatre ans, Paris a beaucoup acheté et peu vendu, voire pas du tout. Une stratégie longtemps compliquée par le Fair-Play financier mais obligatoire quand on veut créer une équipe compétitive quasiment ex-nihilo.

L’avis de Vincent Chaudel : « En tant que nouvel entrant, Paris est obligé d’acheter des joueurs à leur sommet et donc très cher, les utilise trois ou quatre ans et ne peut ensuite par les revendre car ils n’ont plus de valeur marchande, comme Zlatan Ibrahimovic. Au niveau des stars mondiales le PSG a du retard. Des joueurs comme Neymar, Messi Ronaldo jouent là où ils ont rêvé de jouer quand ils étaient gamins. Quand ils étaient gamins, le PSG perdait la Coupe de la Ligue contre Gueugnon. Maintenant, Paris fait partie du gotha européen et cela va influencer la jeune génération. Les futurs grands talents vont venir et peut-être pas au même prix qu’il faut leur proposer aujourd’hui. Car quand vous êtes un club challenger avec un déficit de notoriété, vous payez le prix d’un joueur multiplié par un coefficient lié à ce déficit. Pendant longtemps, Chelsea a payé un ‘Chelsea Price’. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. »

Les leviers à actionner : « Là aussi, c’est plus une question de temps qu’autre chose. La politique est bonne, il faut que ça produise des résultats. Un jour, Paris pourra recruter comme le Real Madrid des jeunes talents entre 20 et 25 ans et les revendre à 30 ou avant (comme Di Maria ou Ozil), une fois qu’ils n’en ont plus besoin. »

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