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Football Leaks: «Ce n'est pas un problème de foot, mais de fric»

Football Leaks: «Ce n'est pas un problème de foot, c'est un problème de fric»

INTERVIEWSpécialiste du blanchiment d'argent, Eric Vernier analyse le scandale qui frappe Cristiano Ronaldo...
Romain Baheux

Propos recueillis par Romain Baheux

C’est le Panama Papers du ballon rond. Depuis vendredi et la révélation par un consortium de journaux européens, dont Mediapart, d’une évasion fiscale organisée par l’agent de Cristiano Ronaldo Jorge Mendes, le football est pour la première fois frappé par un phénomène d’une telle ampleur. Mais pour le spécialiste du blanchiment et chercheur à l’IRIS Eric Vernier, ces révélations sont des plus logiques au regard des sommes engagées.

Peut-on faire un lien entre ces Football Leaks et les récents scandales d’évasion fiscale comme les Panama Papers ?

On est sur les mêmes types de réseaux. Là, on a des footballeurs mais c’est un circuit de blanchiment utilisé par des grands groupes, des professions libérales ou l’argent du crime. Les Iles Vierges Britanniques (dans les Antilles), par exemple, se trouvent souvent au cœur de ces histoires car c’est très opaque d’un point de vue bancaire et on peut y monter des sociétés très facilement. Avant, les Américains allaient aux Iles Caïman mais quand c’est devenu plus compliqué, ils sont partis vers les Iles Vierges.

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Ronaldo, Messi et Neymar évoluent en Espagne. Est-ce plus facile d’y pratiquer l’évasion fiscale ?

Déjà, il y a des grands clubs avec des moyens financiers importants, comme Barcelone et Madrid. Ensuite, le système est en effet plus poreux qu’en France, par exemple. Pendant la crise de 2008, on a ainsi vu pas mal d’affaires de blanchiment dans le domaine du bâtiment par exemple.

Neymar et Messi sont impliqués dans des affaires judiciaires liées au fisc et Cristiano Ronaldo est au cœur de ce scandale. C’est une pratique nouvelle chez les footballeurs ?

Ce n’est pas un problème de foot, c’est un problème de fric. C’est illusoire de penser qu’avec de telles sommes engagées (Ronaldo est accusé d’avoir fait échapper 150 millions d’euros au fisc), on ne risque pas de croiser ce genre de pratiques. Cet argent, il attire du monde et vous allez rapidement trouver des conseillers capables de vous faire moins payer d’impôts. Mais cela fait plusieurs années que j’explique que le football n’est pas épargné par cela.

De quelle manière ?

Avant, ça concernait surtout les institutions. Le mercato, par exemple, représente une belle opportunité pour blanchir de l’argent et on peut aussi pratiquer de l’évasion fiscale via les produits dérivés. Pourquoi croyez-vous qu’en 2010, les agents sportifs ont été ciblés dans la loi contre le blanchiment en France ?

Pourquoi n’associait-on pas spontanément les footballeurs avec ce risque ?

Un, le grand public leur pardonne tout. C’est le sport roi, ce sont des gens qui nous font rêver le week-end. Deux, les médias n’ont pas voulu le voir. Quand j’en parlais, on me disait que ça ne valait pas la peine d’être évoqué ou que cela n’existait pas. Mais ce qu’on voit maintenant montre l’inverse.