Euro 2016: Comment Coleman a redressé le pays de Galles, au fond du gouffre il y a quatre ans

FOOTBALL Le sélectionneur gallois a d'abord eu beaucoup de mal à prendre la succession de Gary Speed, et puis il a trouvé la bonne méthode...

N.C.

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La joie des Gallois après leur victoire face à la Belgique (3-1) en quart de finale de l'Euro, le 1er juillet 2016.

La joie des Gallois après leur victoire face à la Belgique (3-1) en quart de finale de l'Euro, le 1er juillet 2016. — Michael Sohn/AP/SIPA

Pour comprendre ce que fait le pays de Galles en demi-finale de l’Euro après avoir scotché tout le monde face à la Belgique (3-1), il faut remonter presque quatre ans en arrière, jusqu’en septembre 2012. Jusqu’au 11, même, pour être précis. Ce jour-là, les Gallois en prennent six face à la Serbie, à Novi Sad, en qualifications pour le Mondial 2014 (6-1 score final). Le sélectionneur Chris Coleman, qui a repris l’équipe dix mois auparavant presque par obligation après le suicide de son prédécesseur et ami Gary Speed, songe sérieusement à jeter l’éponge.

Son adjoint, Osian Roberts, le convainc de rester. « A l’époque, j’étais sûr d’une chose : un tel désastre, c’était exactement ce dont nous avions besoin. On était à la fin, au fond. On pouvait enfin recommencer de rien et tout laisser derrière nous », raconte ce dernier. Et voilà le déclic.

> Si vous lisez l’anglais, on ne saurait que trop vous conseiller cet article sur la métamorphose du pays de Galles

Il faut bien comprendre que le suicide de Speed a été un vrai drame national pour les Gallois. En le remplaçant, Chris Coleman n’a d’abord rien changé dans le fonctionnement de la sélection. « Il ne voulait pas brusquer les joueurs, bousculer trop vite les habitudes, dit Gareth Bale dans un article du Telegraph, la semaine dernière. Mais les résultats n’étaient pas bons alors il a fini par s’y résoudre. »

Quatre plus tard, à l'Euro...
Quatre plus tard, à l'Euro... - Frank Augstein/AP/SIPA

Coleman prend enfin conscience que c’est lui le patron, et qu’il n’est pas seulement là pour prendre la suite de. Manager de Fulham dès 2003, à 32 ans, après qu’un accident de voiture l’a contraint à mettre prématurément un terme à sa carrière, passé ensuite à la Real Sociedad et Coventry, il commence à avoir de la bouteille. Et il va s’en servir. Le Mondial 2014 est hors d’atteinte, l’Euro 2016 devient l’objectif prioritaire.

Il fait d’abord appel à Ian Mitchell, un psychologue du sport qui travaille avec l’équipe de Swansea. Voici comment Coleman résumait pour L’Equipe l’impact de ce dernier après la défaite initiale contre l’Angleterre, lors de la phase de poule.

« C’est sans doute mon meilleur "transfert" depuis que je suis arrivé. Il travaille individuellement avec les joueurs sur leurs objectifs personnels. Mais aussi sur moi. Je dois aussi savoir me remettre en question. Chaque joueur est différent. Il y a des inquiets, des bourrés de certitudes. J’ai constaté ce manque lors de mes premières années et après avoir discuté avec lui, je l’ai intégré. C’était le chaînon manquant ».

Ensuite, il décide de ne pas lâcher d’une semelle ses deux joueurs vedettes, Gareth Bale et Aaron Ramsey. Coleman est en relation constante avec le staff de Tottenham puis du Real Madrid pour le premier et d’Arsenal pour le second. Il sait tout d’eux, de leur état de forme, de leurs tests physiques, de ce qu’il y a dans leur assiette. Il leur demande aussi leur avis sur le choix des lieux pour les mises au vert et pour les déplacements officiels. Et sur le terrain, il leur donne la liberté de faire à peu près ce qu’ils veulent, du moment qu’ils s’inscrivent toujours dans le projet commun.

Résultat, le pays de Galles se qualifie pour le premier Euro de son histoire, en prenant notamment 4 points contre la Belgique, qu’elle bat à Cardiff grâce au Madrilène. Ce dernier semble avoir tout compris de ce que lui demande son sélectionneur, son influence dans cet Euro où il a déjà marqué trois buts - mais pas que ! - en est la preuve.

Chris Coleman, 46 ans, est désormais vu comme un talentueux bâtisseur. Sa cote au pays est énorme. Elle l’est encore plus après ses déclarations de dimanche, au sujet d’un éventuel intérêt de la Fédération anglaise pour qu’il reprenne en main une sélection qui en a grandement besoin. « Je suis Gallois, et je ne dirigerai jamais aucune autre sélection que celle de mon pays », a-t-il indiqué, clair et net. En fait, lui se verrait plutôt « diriger un jour une équipe en Ligue des champions », sa plus grosse « ambition ».

Il n’en est pas encore là. Il est sous contrat avec le pays de Galles jusqu’en 2018, et puis surtout, il a une demi-finale historique à disputer mercredi, face au Portugal. Avec toujours un même visage en tête. « C’est dommage qu’il ne soit pas parmi nous, car il l’aurait mérité », dit-il à propos de Gary Speed. Mais c’est bien lui qui a construit tout ça. Et ce n’est peut-être pas fini.