Euro 2016: «La Slovaquie a 10% de chances de battre l'Allemagne», estime Lubomír Moravcík
FOOTBALL•L’ancien Stéphanois se veut réaliste avant le 8e de finale de « sa » sélection contre les champions du monde…Propos recueillis par Jeremy Goujon
À Rennes,
Star de l’AS Saint-Étienne et du Celtic Glasgow dans les années 1990-2000, Lubomír Moravčík fut aussi un pilier de la sélection tchécoslovaque (quart de finaliste de la Coupe du monde 90), puis slovaque. L’ancien milieu offensif nous dit comment et pourquoi « son » équipe peut éliminer l’Allemagne en 8e de finale, ce dimanche à Lille (18 h).
La Mannschaft était le pire adversaire possible pour la Slovaquie, non ?
Disons qu'elle fait partie des cinq ou six favoris qui seront durs à battre. Même si tout est possible en football, l’Allemagne a 90 % de chances de gagner. Donc nous, on en a peut-être seulement dix. Vu les joueurs allemands, comparés aux nôtres, il n’y a pas photo. Mais encore une fois, on ne sait jamais. L’Angleterre nous a dominés tout le match, mais ils ne nous ont pas battus (0-0), parce qu’on a bien défendu. Il faudra du talent côté allemand pour trouver la clé.
Sur qui ou sur quoi reposent les 10 % de chances slovaques ?
Il va falloir confirmer les qualités démontrées au 1er tour. Le gardien Matúš Kozáčik devra être très bon, comme face à l’Angleterre [le portier du Viktoria Plzeň a été élu homme du match]. Avec une bonne défense et des milieux de terrain comme Marek Hamšík et Juraj Kucka, on peut espérer un bon résultat. Et puis, devant, Michal Ďuriš va peut-être marquer un but (sic). Le 0-0 a marché une fois, mais ça ne va pas fonctionner tout le temps. Malheureusement, on n’a pas d’attaquant de classe mondiale…
Quelles impressions vous a laissé la sélection sur ses trois premiers matchs ?
D’abord de la déception, puisqu’on aurait au moins pu obtenir le nul face au pays de Galles [défaite 1-2]. Ça nous aurait peut-être évité de tomber aujourd’hui sur les Allemands… On a ensuite montré de belles choses contre la Russie [victoire 2-1]. On était loin en termes de possession de balle [62 % en faveur des Russes], mais on a été très efficaces. Et contre l’Angleterre, les joueurs ont affiché leur volonté de se battre pour le collectif.
Question piège : Marek Hamšík est-il meilleur que vous ne l’étiez ?
Ah ah ! Est-ce que Pelé est meilleur que Maradona ? Maradona est-il meilleur que Messi ? On ne peut pas comparer des joueurs d’époques différentes, c’est impossible.
En tout cas, c’est principalement lui qui peut faire basculer la rencontre en faveur des Slovaques…
Tout à fait. Sans lui, c’est mission impossible. Le match contre la Russie, c’était le match de Marek Hamšík. Il a délivré une passe décisive sur une ouverture extraordinaire, et a mis un très beau but. Il est capable d’amener le ballon devant le but, mais aussi de marquer. Il y a toujours des joueurs indispensables à une équipe, et lui fait partie de cette catégorie.
Vous parliez également de Kozáčik…
Il a fait une erreur contre le pays de Galles [but sur coup franc de Gareth Bale dès la 10e minute], ce qui nous a assommés en première mi-temps. Mais après, il a montré beaucoup de choses. C’est un gardien d’expérience (32 ans), qui sort d’une bonne saison avec Plzeň. Il est titulaire avec cette équipe ayant conservé son titre de championne de République tchèque. Il apporte donc beaucoup de confiance. Globalement, il faudra surtout compter sur notre défense, parce que ça, c’est la force de la Slovaquie… plus Hamšík en meneur de jeu.
Se réjouit-on, quand on est Slovaque, d’une élimination précoce de la République tchèque, comme c’est le cas cette année ?
Honnêtement, non. J’ai joué pour la Tchécoslovaquie, et j’ai beaucoup d’amis en République tchèque. Souhaiter le malheur des autres, ce n’est pas mon truc. Au contraire, j’aime bien quand les deux pays se qualifient ensemble, car ça amène une bonne ambiance un peu partout. On était des frères, maintenant on est voisins, c’est comme ça. Je ne sais pas comment sont les Français avec les Belges, mais nous, on s’entend bien (sourire).
Vous assisterez au match à Lille ?
Les quatre jours à Saint-Étienne ont été fatigants [Lubomír Moravčík était à Geoffroy-Guichard pour Slovaquie-Angleterre]. Je n’ai pas trop envie de refaire le voyage. Je suis content de rester chez moi, tranquille, pour regarder le match à la télévision. Parfois, on voit plus de choses à la télé qu’au stade.


















