Un supporter italien dégomme un hot dog lors de la Coupe du monde 2006, en Allemagne.
Un supporter italien dégomme un hot dog lors de la Coupe du monde 2006, en Allemagne. - PATRICK HERTZOG / AFP

On s’en souvient encore avec émotion : Quand on était gamin et qu’on filait au stade, notre mère nous emballait des sandwichs maison dans de l’alu pour affronter la soirée l’estomac plein. C’était notre première expérience de bouffe dans une enceinte sportive, c’était il y a très longtemps, et on ne peut pas dire que la restauration se soit beaucoup améliorée depuis. Jambon-beurre ou jambon-fromage ? Quand il s’agit de se remplir la panse, le choix est encore dramatiquement restreint. Parce que c’est la Semaine du Goût, parce qu’on adore l’ambiance des tribunes et qu’on ne rate jamais une occasion de se faire péter le bide, on s’est demandé si, un jour, les buvettes françaises allaient enfin se mettre au niveau.

. Ce qu’on n’aura jamais : Le délire de gras de la NFL

Avant de se pencher sur les lacunes françaises, il faut jeter un œil sur ce qui se fait de mieux au monde, à savoir la NFL. Il y a quelques semaines, on est tombé sur la dernière offre des New York Jets : Le Jumbo Jet Bagel, une folie à 50 dollars, le genre de truc à vous envoyer directement à l’hôpital.

Et bon appétit bien sûr.

Et non, ce n’est pas un cas isolé. Victor, qui anime le compte Twitter NFL France, a crapahuté un peu partout aux USA. « C’est des cochonneries mais c’est bon. Dans tous les stades, il y a aura des pop-corn, de la pizza, des nachos, des hot-dogs… A Dallas, il y a carrément un stand de sushis. La chose la plus folle que j’ai mangée, c’était à Seattle. Ils m’ont mis un seau, un énorme seau comme pour du poulet, mais rempli de nachos. C’est absolument dingue, tu ne peux pas finir ça tout seul. Et puis l’odeur est partout… Les choses basiques ne sont pas trop chères, mais dès qu’on part sur les spécialités ça peut aller jusqu’à 20 ou 30 dollars. Et comme les matchs sont très longs, genre trois heures, et bien ils mangent. En fait, il y a tellement de pauses dans le foot US que tu peux y aller à chaque fin de quart-temps. Je n’ai jamais eu le souvenir de manquer des actions. En même temps, il y a des télés partout. Donc tu ne loupes rien. Même dans les toilettes il y en a », conclut Victor. Les WC, on aura le temps d’y retourner APRES la commande.

On n’est pas condamné à manger de la merde : A l’école des stadium managers, on se penche sur le problème

Gérer un stade, c’est un métier. ça s’appelle « stadium manager », et c’est lui qui est censé devoir développer des stands de bouffe de qualité. Il y a même une formation pour ça, au CDES de Limoges. Olivier Monna en est le responsable, est il le promet : « Sur ce sujet, il y a une vraie prise de conscience des clubs ». Vraiment ? « C’est un des éléments clés quand on parle du business model des stades. Tous les clubs se posent cette question. Ils veulent développer leurs revenus d’une manière ou d’une autre. Mais tous n’ont pas la possibilité de traiter cette question de la meilleure des manières. Les stades qui sont neufs ont des outils adaptés pour mettre en place des solultions de qualité. Les stades qui n’ont pas été renouvelés doivent faire preuve d’ingéniosité. Si vous décidez du jour au lendemain de faire des frites maison dans un stade, il y en a 80 % qui ne pourront pas pour des raisons toutes simples de sécurité.

Oui, on sait, c’est en Ligue 2 (Glam/Wikimedia Commons)

Est-ce qu’on est en retard ? Certainement qu’on a été en retard, parce qu’on n’avait pas beaucoup de stades neufs. Est-ce que c’est une question culturelle ? C’est l’œuf ou la poule : Est-ce que c’est parce qu’on avait de mauvais équipements qu’on n’était pas capable de servir vite et bien de la nourriture de bonne qualité, et que du coup les spectateurs ne sont pas habitués ? Ou est-ce qu’on ne servait pas grand-chose parce que les supporters n’en voulaient pas ? J’ai le sentiment qu’on avait une pénurie structurelle. Au CDES, on n’a pas un cours spécifique, mais la semaine prochaine on va visiter un des exemples européens : La Veltins Arena. Ils ont une optimisation complète de cette partie buvette. Ils ont un pipeline de bière dans tout le stade. C’est la réalité, ce n’est pas une blague ! Ils ont optimisé à fond cette question-là ».

. Comment ça se traduit dans les stades de Ligue 1 : L’exemple du TFC

Tout ça pour dire que ce n’est pas demain la veille qu’on aura ça en Ligue 1. Dans la plupart des stades, le meilleur moyen de casser la croûte correctement et pour pas trop cher, ça reste de grailler à l’extérieur du stade, comme à Marseille par exemple, où quantité de vendeurs à la sauvette vous attendent avant d’arriver au Vélodrome. Soyons clairs, quand on réclame l’amélioration de la restauration en Ligue 1, on parle de l’offre disponible dans l’enceinte même du stade. Et donc pas du stand galette saucisse au pied du Roudourou (qui est très bien, soit dit en passant). Ici ou là, on sent un frémissement, comme à Lille, où le menu, sans être dingue, prouve un réel effort.

Les clubs commencent-ils à prendre la panse de leurs supporters-consommateurs en considération ? A Toulouse, en tout cas, c’est le cas. Depuis un an, le TFC a réintroduit la vente ambulante dans les gradins (« Chouchou, demandez les chouchous ! ») et a développé le paiement sans contact. Mais rien n’est simple, et pour pleins de raisons, comme l’explique Pierre Rivalland, responsable des opérations du Tèf : « Si nous voulons servir le plus de monde possible, nous devons proposer des produits de qualité égale dans toutes les buvettes, dans une garantie d’hygiène et de rapidité de service, dans un temps de service au comptoir qui reste très court dans le football. Ce sont des contraintes universelles à tous les stades de football que nous tentons de dépasser, qui plus est dans un stade atypique tel que le Stadium. Chez nous les clients sont obligés de sortir de la tribune pour aller se rassasier. Ce que nous nous attachons à changer c’est le sentiment préconçu et préfabriqué de penser que la consommation dans le stade n’est pas possible sans faire le sacrifice de se priver d’un bout de match. C’est ce vrai-faux cliché qu’il faut faire tomber ».

. Le smartphone peut-il sauver la panse des supporters ? oui, selon Digifood

On a bien compris le problème : Difficile de sortir un menu de rêve si la plupart des clients potentiels sont découragés à l’idée de faire la queue, et que le peu de courageux qui restent sont quasi-certains de louper un bout de match. Et pourtant, la solution existe déjà. Enfin, sauf si vous avez encore un 33-10. L'application Digifood vous permet désormais de commander votre repas sans bouger de votre siège. Et en plus, on vous l’apportera directement à votre place, ce foutu croque-monsieur que vous appelez de vos vœux depuis la 4e minute de jeu. C’est la promesse de Ronald « comme McDonald, ça tombe bien » Gautruche, le fondateur de cette start-up. « On a travaillé depuis un an et demi sur le projet. On travaille avec plusieurs clubs de basket, et également au rugby, avec le Stade Français.

Depuis on s’est lancé un peu plus dans le foot : On bosse avec l’OGC Nice, et on est en pourparlers avec pas mal de clubs de Ligue 1. On connaît bien le TFC, ils ont une gamme de produits différents cette année, avec des kebabs, des hot-dogs, et même des frites. Comment j’ai eu l’idée ? J’étais abonné dans un stade de Ligue 1, et à la mi-temps, un copain m’a envoyé une photo de lui sur son canapé devant la télé, avec sa pizza, sa bière. Moi j’étais à la buvette à attendre, et comme je suis petit et maigre je me faisais doubler par des gens. Je me suis dit "c’est dommage, c’est moi qui paie ma place 100 euros et c’est lui mange mieux". Et puis ce n’est pas mieux que pour le spectateur… Sur un match de foot : Vous avez 100 intérimaires qui bossent dans les buvettes. Pour un match à 20h, ils vont arriver à 18h, et repartir à 22h. Au final, ils travaillent 20 minutes avant le début du match, et 20 minutes à la mi-temps. Avec Digifood, on élargit le temps de vente ».

Mots-clés :