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Coupe de France: Soutenir le Stade Rennais, a history of abstinence

Coupe de France: Soutenir le Stade Rennais, a history of abstinence

FOOTBALLMoqué pour sa propension à ne rien gagner, le Stade Rennais affronte Guingamp samedi en finale…
Antoine Maes

Antoine Maes

1971. Hafez El-Assad prend le pouvoir en Syrie. Jim Morrison meurt à Paris. Pep Guardiola voit le jour en Catalogne. Et le Stade rennais remporte la Coupe de France contre Lyon (1-0), son dernier trophée à ce jour. Alors que se profile un nouveau rendez-vous au Stade de France contre Guingamp samedi, le club de la famille Pinault célèbre dans l’allégresse 43 ans d’abstinence. «Ça fait dix ans que le Stade Rennais est le club le plus Shakespearien de Ligue 1, celui qui s’effondre au dernier moment, à l’instant où tout est prêt pour gagner», raconte Benjamin Keltz, journaliste spécialiste des supporters du club.

Des fans qui ont fini par apprendre à vivre avec la disette, au point de développer un second degré assez inhabituel. «C’est récent, et c’est plus une forme de carapace, de protection. Mais on ne le porte pas comme une gloire. Parce que le Stade Rennais est un porte-drapeau de l’identité bretonne, donc se moquer de son club, c’est se moquer de l’identité bretonne», relativise Benjamin Keltz.

Supporter Rennes, «c’est la lose totale»

Depuis 1971 et un penalty d’André Guy, des générations de Rennais se sont donc construites dans l’insuccès général. Pourtant, deux équipes de Ligue 1 font pire que les Bretons, puisque Reims et Toulouse n’ont, eux, plus rien gagné depuis respectivement 52 ans et 57 ans. Ça console un tout petit peu Corentin (28 ans), porte-parole du Roazhon Celtic Kop 1991, qui a dû subir un exil dans la ville rose. «Nous, au moins, on a du jeu de temps en temps, et l’ambiance n’est pas si pourrie que ça. Mais Toulouse c’est vide, il y a des courants d’air et tu te sens seul.»

Mais, il l’avoue sans peine, être un supporter rennais, «c’est la lose totale. On sait qu’on va loser. Et on a encore plus de mérite à être toujours là». Cette malédiction, on ne la porte pas en bandoulière dans les travées du Stade de la Route de Lorient, mais pas loin. «C’est presque une fierté. Nous, ça nous fait marrer les gens qui habite Saint-Brieuc et qui supportent Paris, reprend Corentin. Ce club on l’a dans le sang, on ne peut rien faire pour se l’enlever». Supporter rennais, une maladie incurable, peut être, mais qui ne rend pas complètement timbré.

C’est d’ailleurs une théorie en vogue: Rennes ne gagnerait pas parce que la pression populaire serait trop légère. «Il y a toujours eu ce coté Club Med, reprend Benjamin Keltz. Les supporters sont plutôt sympas avec leur équipe. Quand on enchaîne la défaite, ce ne sera pas comme à Marseille où on va être prêt à tout retourner.» Confirmation au Roazhon pour qui «il faut savoir rester à notre place, être humble». Au point de déjà se voir perdant samedi? «Je n’envisage même que ça, assure Corentin. Quand je vois qu’on a déjà prévu un bus à impérial pour défiler en cas de victoire…» A Rennes, on appelle ça un crime de lose-majesté.