Affaire Belounis: «On ne pourra jamais empêcher les joueurs de signer au Qatar», assure Abdes Ouaddou
FOOTBALL – L’ancien défenseur de Nancy et Valenciennes s’engage pour faire respecter les droits des footballeurs au Qatar…Antoine Maes
Abdeslam Ouaddou prévient tout de suite: «Je ne veux pas tirer sur le Qatar, mais le faire évoluer». Comme Zahir Belounis après lui, l’ancien défenseur de Nancy, Rennes et Saint-Etienne a vécu six mois de calvaire dans l’émirat, sans salaire et sans possibilité de quitter le pays. Mardi, avec l’autre «otage», Ouaddou tentera d’éveiller les consciences sur le sort des footballeurs dans le pays qui accueillera la coupe du monde 2022, à l’occasion d’une conférence de presse organisée par l’union des footballeurs pros (UNFP). Interview.
S’agit-il d’une croisade contre le Qatar?
C’est un peu fort. Une croisade c’est partir en guerre. Là, on veut profiter de nos mauvaises expériences pour alerter l’opinion publique sur ce qui se passe sur place. Nous aussi on a été absorbé par l’image que le Qatar a réussi à se forger à coups de milliards. Bravo à eux, ils ont bien réussi leur coup. Malheureusement, là-bas la vérité est toute autre.
Ca se passe mal pour quelle proportion de joueurs?
Il y a beaucoup de joueurs à qui c’est arrivé. Certains ont accepté de s’asseoir sur leurs droits et sont repartis. D’autres ne comprennent pas et vont devant les tribunaux. Soit devant la cour de justice de Doha, ce qui n’est pas trop conseillé selon moi. Imaginez, vous partez en conflit avec des membres de la famille régnante… Moi j’ai saisi les tribunaux de la Fifa. C’est tout un système qu’il faut remettre en cause, et pas que pour les joueurs. Il y a aussi la situation des travailleurs immigrés. C’est le même système pour tout le monde: le Kafala (système de parrainage par l’employeur qui peut vous empêcher de quitter le territoire, ndlr). Ca peut devenir une prison à ciel ouvert.
Des joueurs vous appellent-ils avant de signer au Qatar?
Depuis dix mois certains joueurs m’appellent, me demandent des renseignements. Ce que je leur conseille, ce n’est pas de ne pas y aller. On ne pourra jamais les empêcher d’y aller. Les Qataris les attirent avec le carnet de chèque et contre ça vous ne pouvez rien faire. Je leur dit de demander un visa de sortie permanent, pour pouvoir sortir quand ils le veulent.
Vous y croyez à un changement d’attitude des Qataris?
Le non respect des contrats, ce n’est pas typique du Qatar. En Turquie, à Chypre, dans les pays de l’Est c’est pareil. Ce qui est grave au Qatar, c’est le non respect de la liberté de mouvement. Ca devrait être interdit au 21e siècle. On peut comparer ça à de l’esclavagisme moderne. Zahir Belounis a dû renoncer à ses droits. Ce qui comptait pour lui c’est la liberté de ses deux filles et de sa femme. Il était proche du suicide. Pendant deux ans, vous n’êtes pas payé, vous êtes séquestré, vous n’avez plus de quoi subvenir aux besoins de votre famille. Il est rentré avec rien du tout, Zahir. Il est rentré chez sa maman! On parle du Qatar, un des pays les plus riches du monde, celui qui subventionne le Barça à hauteur de 170 millions d’euros, qui se prépare à un sponsoring de 500 millions d’euros sur 5 ans au PSG, celui qui est capable de payer 15.000 euros la nuit pour la suite des Beckham pendant six mois.
Quel peut être le rôle de la Fifa?
On a un pays qui va organiser l’une des plus belles compétitions dans le monde. Tous les yeux sont rivés sur le Qatar. Ils ont encore un système archaïque, barbare et esclavagiste, on se demande bien pourquoi la Fifa n’exerce pas de pression pour réformer ce système qui prend en otage 1,3 millions de travailleurs au Qatar. On ne demande pas à la Fifa de s’ingérer dans les lois d’un état souverain, mais d’en changer certaines qui vont à l’encontre des droits de l’homme.
Est-ce que vous êtes gêné en regardant le PSG?
Je ne veux pas faire l’amalgame entre les propriétaires qataris du PSG et le PSG. Ce club est une institution qui existe depuis longtemps. Mais QSI, c’est qui? Vous le savez. Les dirigeants du Qatar ce sont les mêmes. Le pouvoir au Qatar tourne toujours autour des mêmes. Je ne mets pas en cause le PSG: la politique sportive qu’ils mettent en place, c’est tant mieux pour le foot français. Par contre ce que je ne cautionne pas ce sont les méthodes de ces propriétaires, qui sont les mêmes au pays. Le propriétaire de mon club, c’était le prince héritier qui est devenu l’émir. Je ne peux pas croire une seconde qu’il n’était pas au courant de ce qui se passait.



















