Deuxième combat pour Tony Yoka, avec une vraie opposition ou encore un adversaire en carton?

BOXE Le champion olympique de Rio dispute son deuxième combat chez les professionnels, samedi…

Nicolas Camus

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Tony Yoka lors de son premier combat professionnel remporté face à Travis Clark, le 3 juin 2017.

Tony Yoka lors de son premier combat professionnel remporté face à Travis Clark, le 3 juin 2017. — J.E.E/SIPA

  • Tony Yoka dispute son deuxième combat chez les professionnels, samedi à Paris.
  • Le premier, en juin, avait été vite plié face à un très faible adversaire.

« Au moins, celui-là, il ressemble à un athlète ». La phrase est de Brahim Asloum et elle résume assez bien la pensée populaire à la veille du second combat professionnel de Tony Yoka, face à Jonathan Rice. Il faut dire que le seul fait marquant de la grande première du champion olympique de Rio dans sa « conquête » de la catégorie des lourds, en juin dernier, a été l’allure de son adversaire. Trop vieux, trop gras, trop lent, trop tout sauf dangereux, le dénommé Travis Clark n’avait évidemment pas fait le poids et s’était retrouvé K.O. après à peine plus d’un round.

Tout le monde espère voir le-futur-grand-boxeur-que-la-France-attend s’employer davantage, samedi, face à Rice. Ça devrait être le cas. Un peu. Il ne faut pas rêver, l’opposition reste taillée sur mesure. L’Américain, 30 ans, dix combats (7 victoires, 2 défaites, 1 nul), n’a rien d’un monstre. Puissant mais peu mobile (1,96m pour 118 kg), c’est un touche-à-tout venu sur le tard à la boxe, après s’être essayé au basket et au foot américain, tourné dans quelques séries TV et… obtenu une licence d’agent immobilier.

De quoi (encore) tomber sur Yoka et ses « adversaires en carton » après sa probable victoire ? « On est dur avec lui, et c’est compréhensible, il veut devenir un champion. Mais il ne faut pas être trop exigeant trop tôt, estime Asloum. On ne va pas lui faire disputer un championnat du monde tout de suite. Une carrière, ça se construit. » Ce dernier le sait bien, pour être passé par là entre sa médaille d’or aux Jeux de Sydney et son titre de champion du monde des mi-mouches, en 2007.

Le compagnon d’Estelle Mossely ne fait qu’entamer un cycle qui doit lui permettre de défier le big boss, Anthony Joshua, dans quatre ans et devenir le premier champion du monde français des poids lourds. Conscient de ce qui se dit, il s’était défendu dans une interview accordée à L’Equipe, début septembre : « Il y a eu énormément de vacarme sur Clark. Mais regardez Mike Tyson, son premier adversaire [un certain Hector Mercedes, en 1985] comptait trois défaites en trois combats. Il y a beaucoup d’attente et les gens ont envie de me voir boxer des gros durs. Un peu de patience ».

Ça, on est d’accord. Les premiers pas chez les pros de Joshua, actuel possesseur des ceintures IBF, WBA et IBO, n’avaient pas non plus été des plus compliqués. Mais dans ce sport très show, la forme se doit d’être irréprochable. Et la dégaine de Clark ne collait pas au tableau. Brahim Asloum déroule :

Ce sont des détails, mais qui ont leur importance. Là-dessus, ils se sont un peu plantés. Mais ils le savent et je suis sûr qu’ils vont y remédier avec ce deuxième combat. Ce n’est pas évident à trouver, cet équilibre. Il faut un adversaire qui apporte des difficultés, pour apprendre à les surmonter, gagner en expérience, grandir, mais tu n’as pas le droit à l’erreur non plus. Si tu perds dès tes premiers combats, c’est compliqué de faire une carrière ensuite ».

Si on observera donc avec attention la capacité de résistance de Jonathan Rice sur le ring du Zénith de Paris, l’important restera de déceler chez Tony Yoka les signes d’une boxe en voie de professionnalisation, davantage concentrée sur l’impact. Et il y aura besoin d’un peu plus d’un round pour ça.

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