VIDEO. Mondiaux d’athlétisme: Pierre-Ambroise Bosse, ce champion «visionnaire» qui n’en a rien à foutre (de rien)

ATHLETISME Il a même inventé une religion, le RABisme…

B.V. et A.H

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Pierre-Ambroise Bosse version thug

Pierre-Ambroise Bosse version thug — SIPA et 20 Minutes

« On a inventé une religion, le RABisme. Rien à branler. C’est un mode de vie. Une pensée. » On est un peu cons aussi, demander à son meilleur ami si Pierre-Ambroise Bosse était aussi timbré dans la vie que dans ses interviews, c’était s’exposer à ce genre de réponse. La nouvelle idole du sport français, celui qui a fait péter une durite à Patoche Montel en direct puis imité Nelson Monfort à son propre micro, n’en aurait donc rien à foutre de rien. Ledit meilleur pote, Bryan Cantero, ancien champion de France du 1.500 mètres en salle, explique :

C’est une manière de dire qu’il n’y a pas que l’athlétisme. Certains athlètes se frustrent tellement qu’ils explosent… Lui non. Il écoute ses envies du moment, ses sensations. Il vit et c’est ça qui est beau. Je pense, sincèrement, que c’est un visionnaire et qu’il a un temps d’avance dans l’approche mentale du très très haut niveau. C’est un garçon très intelligent. Les gens s’intéressent à lui pour sa spontanéité lors des interviews où il surprend car il dit des choses au moment où personne ne s’y attend. Tout ça, c’est une carapace qu’il a appris au fur et à mesure des années à épaissir pour se protéger de la pression. »

Le rabisme n’est pas fermé. Tout le monde peut être rabiste, même. « C’est par exemple quand tu bats ton record sur 800 mètres et que derrière tu prends une bière, #RAB. Ça fait partie d’un truc. Y a rien à signaler et un jour RAB. Voilà, ça c’est le stade 1 du rabisme ».

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Parce qu’il y a trois stades, figurez-vous. Le deuxième, aussi appelé PRAB (« plus rien à battre »), commence à devenir sérieux. Ce serait genre faire le con devant Nelson Monfort et la ménagère de France 2. Ou faire 1.300 km pour venir voir la course de son meilleur pote, sur un coup de tête.

RABisme, stade 2
RABisme, stade 2 - Capture d'écran

Et le stade ultime ? VPRAB, « vraiment plus rien à battre ». Le graal de celui qui s’en tamponne les ballochantes. Bryan Cantero : « Peut-être une ou deux personnes l’ont déjà été, mais on va se réunir prochainement avec le comité pour juger de la performance de Pierre-Ambroise à Londres. Avec ce qu’il a fait [entendre par là : mettre une douille à tout le monde en partant à 300 mètres de l’arrivée et faire le mariole à la télé], il est possible qu’il soit admis au stade 3 et qu’il devienne un ambassadeur du rabisme. La tendance est bonne pour lui. En tout cas, ça compte autant pour lui que le titre de champion du monde. »

C’est quoi, s’en battre les couilles ? Pierre-Ambroise Bosse a 25 ans. Il sort, beaucoup. Se met de sacrées caisses, régulièrement.

Raconté par une demi-douzaine de plus ou moins proches, Pierre-Ambroise Bosse, c’est le mec qui part dans un pays sans savoir la valeur de la monnaie et se retrouve en interdit bancaire sans moyen pour rentrer en France.

C’est le mec qui, à la fin des Jeux de Londres, s’est retrouvé au petit matin à payer une note hallucinante dans un hôtel après avoir terminé complètement arraché en boîte.

C’est le mec qui, en 2012, s’est retrouvé perdu (ivre mort, bien sûr) au milieu de Tokyo, à demander son chemin à des policiers.

C’est le mec qui, lors d’un stage en Afrique du Sud, part avec un pote en boîte la veille d’un entraînement important, rentre à 8 heures du mat’ et fait dans la foulée la meilleure séance du stage. Avant de conclure que « c’était peut-être la solution pour percer ».

C’est le mec qui, cette année, a décidé sur un coup de tête de partir faire un stage en Australie. Pourquoi l’Australie ? Bah parce que pourquoi pas.

C’est le mec qui jouait à des jeux vidéo de stratégie de 18 heures à 7 heures du matin, juste avant une grosse séance d’entraînement. Et avant la deuxième séance, au lieu de récupérer et faire une sieste, il retournait jouer.

C’est le mec qui se met à siffloter et chanter dans la chambre d’appel à côté de tous ses adversaires juste avant une grande course internationale, provoquant l’hilarité de types en pleine concentration.

« A la télé il est calme, il est bien plus fou en vrai »

En encore, des comme ça, ses potes en ont « des millions », mais préfèrent en taire la majorité. « Le plus dur, c’est de choisir les anecdotes, parce que je n’ai pas envie qu’il me déteste derrière, rigole le hurdler Dimitri Bascou, coéquipier de Bosse à Créteil. Quand vous le voyez à la télé, en fait il est calme. Il est bien plus fou en vrai. Avec PA, on pense juste à fêter, on pense pas trop à l’après. Pour les prochains jours, j’ai peur pour lui à Londres. J’hésitais à monter le rejoindre pour le canaliser, mais ça va être compliqué. »

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On a tous un Pierre-Ambroise Bosse autour de nous. Ce pote qu’on appelle pour se marrer, picoler, draguer, s’oublier. Ce pote qui parfois, aussi, se cache pour pleurer. « Dans la vie de tous les jours, il est vraiment un peu fou, extraverti, résume Erwan Benech, un ami de l’Insep. Quand on fait des soirées, c’est le mec qui va sortir des conneries à tout bout de champ. Il va toujours chercher à positiver. Même si quand quelque chose va mal, il ne le montrera jamais. Quand on le connaît bien, on peut déceler quelques failles, on voit des choses qui peuvent le chiffonner. Il ne montre rien, ça peut le desservir car les gens ont tendance à penser que rien ne l’atteint. Mais pour le connaître dans l’intimité, c’est vraiment quelqu’un de sensible. »

La joie de Pierre-Ambroise Bosse après son titre de champion du monde du 800m remporté à Londres, le 8 août 2017.
La joie de Pierre-Ambroise Bosse après son titre de champion du monde du 800m remporté à Londres, le 8 août 2017. - Tim Ireland/AP/SIPA

Camille Lecompte, son président à Créteil, raconte sa rencontre avec Bosse. « Il est arrivé en disant : "L’ambiance me plaît, je veux être ici, vous me prenez comme je suis". Il aurait pu aller dans des plus gros clubs comme Montreuil. Il n’hésite pas à dire tout haut ce qu’il pense, il n’a pas de retenue particulière. C’est quelqu’un d’entier, très généreux, extraverti. C’est tout l’opposé d’une star, il est très abordable. »

Finalement, la différence entre votre Bosse à vous et le vrai, c’est le titre de champion du monde. Et avec tout ce qu’on a dit plus haut, on a du mal à comprendre comment le Français pourrait être le patron d’une discipline aussi exigeante que le 800. Bryan Cantero :

Depuis toujours ce qui m’a marqué, c’est qu’il savait que cette carrière, c’était pour lui. Les sorties c’est quelque chose, l’entraînement c’en est une autre. Quand il est sur la piste, il est hyper professionnel, c’est peut-être le plus pro que je connaisse. Il fait le travail comme personne ne le fait. Il s’écoute, il sait écouter son corps. »

Paul Renaudie, longtemps adversaire de PAB sur 800, enchaîne. « Sur la piste, il est très concentré. Mais en dehors, on ne pourrait pas du tout penser qu’il est sportif de haut niveau. Il fait la fête avec ses potes, arrive à l’entraînement au dernier moment sans qu’on sache où il était. Ça a pu lui porter préjudice à un moment, mais chacun vit l’athlé comme il veut. Une fois que tu gagnes, plus personne ne peut rien dire. »

Dimitri Bascou résume la vie de Pierre-Ambroise Bosse en une ligne.

Il va là où son envie le mène. C’est aussi ça qui a fait qu’il était libéré lors de la finale mardi. Ne pas avoir de tactique pour cette course, ça lui correspond totalement. »

Enfin, ce serait trop vite oublier « Rab’s » (vous avez la référence), son chat. Depuis qu’il l’a adopté à la simple vue d’une photo où il ressemblait plutôt à un croisement entre un rat et un furet qu’à un chat, Rab’s est devenu une star. Bosse en parle à la télé, l’amène en interview, le tag sur Instagram, joue avec lui à la console, l’appelle régulièrement sur Facetime quand il est en déplacement.

Un fou affectueux. Il y a quelques mois, PAB et Cantero ont créé une appli de rencontres, « Deserve Her ». Le principe, mêler jeu et séduction pour matcher. Pourquoi ? Encore une fois, pourquoi pas. Bryan Cantero : « Pierre-Ambroise aime l’amour, il aime donne beaucoup de l’amour aux gens. »