VIDEO. De mini-joueur YouTube à la Ligue des champions... Comment Mbappé s'est construit sans s'enflammer

FOOTBALL Kylian Mbappé fait partie d'une génération de joueurs exposés depuis l'enfance. C'est l'un des seuls à avoir vraiment percé...

William Pereira

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Mbappé s'envole

Mbappé s'envole — Magi Haroun/Shutterstoc/SIPA

YouTube a changé beaucoup de choses dans le monde du football. Déjà, la plateforme vidéo a engendré une tendance incontrôlable : celle des compilations de dribbles (ou skills) inutiles avec fond sonore horripilant. Ensuite, elle a permis a beaucoup de parents/agents d’exposer le talent de leurs enfants à la face du monde. C’est ainsi qu’on a par exemple découvert Kylian Mbappé. Sept ans avant de devenir l’un des plus grands espoirs du football mondial (en 2010), le Français était avant tout une compil' YouTube : le petit Robinho.

La particularité du joueur YouTube, c’est que c’est souvent le « nouveau machin-truc ». Neymar était aussi le nouveau Robinho. Hachim Mastour (PEC Zwolle, en prêt du Milan AC) était le nouveau Messi, Gianluca Scamacca le nouvel Ibrahimovic, Martin Odegaard était aussi censé être un Messi miniature, etc. Le fait est que de cette génération de joueurs précoces (1998-99), le seul qui parvient à tirer son épingle du jeu est bel et bien le Monégasque. Pourquoi ?

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Les quatre piliers de la réussite d’Mbappé

Pour Jean-Claude Giuntini, sélectionneur de l’équipe de France U19 qui a cotoyé le prodige quand il entraînait les U17 français, il est primordial que les très jeunes joueurs à haut potentiel soient parfaitement encadrés et protégés. Giuntini dégage en outre quatre facteurs essentiels au développement de ces cas à part.

  • La patience partagée
  • La confiance
  • La vérité/l’honnêteté
  • Un environnement équilibré

Dans le cas d’Mbappé, ces quatre piliers semblent avoir été religieusements suivis.

La patience partagée : « Patienter, c’est très important. Moi je l’ai appelé deux fois en U17 et c’était trop tôt, il fallait le préserver, il avait pas tous les atouts, pas le potentiel physique pour enchainer les matchs au niveau international. C’est un joueur juvénile dans le sens où il est né en fin d’année donc il fallait le préserver », explique le sélectionneur U19.

La confiance : Mais il fallait aussi faire attention à ne pas décourager le joueur, ne pas le laisser croire que l’échec était définitif. Giuntini, toujours : « il fallait lui donner des indicateurs. On envoyait des messages à Kylian pour qu’il comprenne qu’à ce moment-là continuait à s’intéresser à lui pour qu’il continue de travailler. »

La vérité/l’honnêteté : « Il fallait donc aussi lui dire qu’il devait progresser sur des aspects comme le physique, ne serait-ce que pour l’aider à se fixer des objectifs. C’est pas parce qu’on a un joueur qui est prometteur qu’on va être dans l’animation courtisane », poursuit l’entraîneur.

L’entourage : C’est peut-être là le grand point fort de Kylian Mbappé, son entourage. Frère adoptif de Jirès Kembo (ex-Stade Rennais) et fils d’un éducateur respecté dans le club de Bondy, le Monégasque a baigné dans le football de haut niveau depuis sa plus tendre enfance.

« Kylian a une connaissance théorique du football, un intérêt pour le football qui lui vient sans aucun doute de son entourage mais aussi du travail de l’INF Clairefontaine. Quand on faisait des analyses vidéo de temps en temps on voyait que ça l’intéressait. Il posait souvent des questions, il prenait la parole. C’est plutôt rare à cet âge-là. »

« Nous ne souhaitons pas alimenter ce que nous considérons comme de la démesure »

Enfin, dans le clan Mbappé, on ne s’enflamme jamais. Contacté par 20 Minutes dans le but de comprendre comment il avait réussi et continuait à canaliser l’euphorie autour de son fils, Wilfrid Mbappé, le père, a sûrement répondu à notre interrogation de la meilleure de manière : en nous envoyant bouler.

« Au vu du tapage médiatique autour de Kylian nous ne répondons à aucune sollicitation de n’importe quel ordre. Nous ne souhaitons pas alimenter ce que nous considérons comme de la démesure. Comprenez que nous sommes une famille qui aimons la discrétion et non l’exposition. »

Bref, si papa Mbappé n’est pas du genre à s’enflammer quand son fils marche sur la Ligue 1, il n’allait pas le faire pour une simple vidéo YouTube. C’est de cette protection dont a probablement manqué un Martin Odegaard au moment où il a signé au Real Madrid.

« Le jeune est dans la notion de rêve irrationnel, il se laisse aller à ses émotions. Mais les émotions peuvent être dans les deux sens. Elles peuvent être très positives aujourd’hui mais aussi très négatives le lendemain. D’où l’importance de l’encadrement là encore », analyse Jean-Claude Giuntini. Mbappé a appris a géré tout type de pression, positive ou négative, voire les ignorer. C’est ce qui lui permet de participer à un match de Ligue des champions sans se poser trop de questions. « Il a une certaine faculté d’imperméabilité émotionnelle », conclut le coach des U19. Les « nouveaux Mbappé » connaissent le chemin à suivre pour ne pas échouer dans les abysses d’internet