Monaco-City: Mbappé, Bernardo, Martial... C'est quoi le secret de Jardim pour bonifier les jeunes?

FOOTBALL Leonardo Jardim est devenu maître dans l'art de lancer des jeunes talents et le prouve chaque saison à Monaco...

William Pereira

— 

Sympa ce CV de Jardim
Sympa ce CV de Jardim — SIPA

Quand il s’est posé sur le rocher avec sa dégaine de monsieur tout le monde et un CV à rendre sceptique les « connaisseurs » du football en France, personne ne voyait en Leonardo Jardim une solution durable sur le banc de l’AS Monaco. Tout au mieux serait-il un intérimaire efficace entre Claudio Ranieri et son successeur, qu’ils disaient.

Bientôt trois ans et quelques clapets fermés plus tard, le Portugais est devenu l’homme fort du projet monégasque. Principalement parce qu’il bosse très bien avec les jeunes. Il n’y a qu’à regarder la tronche des promesses qu’il a lancées ou fait éclore à l’Olympiakos, au Sporting et donc à l’ASM (liste non-exhaustive) :

  • Kostas Manolas (AS Roma/Grèce)
  • William Carvalho (Sporting/Portugal - Champion d’Europe)
  • Adrien Silva (Sporting/Portugal - Champion d’Europe)
  • Cédric Soares (Sporting/Portugal - Champion d’Europe)
  • Islam Slimani (Leicester/Algérie)
  • Yannick Ferreira-Carrasco (Atlético Madrid – finaliste de la Ligue des champions/Belgique)
  • Anthony Martial (Manchester United/ France – finaliste de l’Euro 2016)
  • Bernardo Silva (AS Monaco – Probable meilleur joueur de Ligue 1/Portugal)
  • Kylian Mbappé (AS Monaco/Futur meilleur joueur de l’univers)
  • Benjamin Mendy (AS Monaco/Futur Roberto Carlos)
     
La galaxie Jardim
La galaxie Jardim - SIPA (montage WP)

Et si vous doutez du fait que Jardim a la main verte avec les jeunes pousses, les paroles de Bernardo Silva au micro de la radio lusitanienne TSF au début de l’année vous feront sans doute changer d’avis :

« Leonardo Jardim gère très bien les jeunes. Il connaît par cœur le bon timing pour faire rentrer un jeune joueur, c’est un homme clé de notre succès. »

>> A lire aussi : Monaco-City: Et si la remontada du Barça aidait les Monégasques à construire leur exploit?

Jardim ou l'éloge de l'apprentissage par l'erreur

L’histoire du timing et des remplacements, là, tout de suite, ça nous fait penser au traitement du cas Anthony Martial à Nantes le 24 août 2014. Le premier coup estampillé Jardim. Entré sur la pelouse à la place d’Ocampos à l’heure de jeu, mais pas franchement motivé à l'idée de courir sans ballon (bref, de faire des efforts défensifs), il sera ce soir-là puni par son coach par un remplacement à la 88e minute au profit de Ferreira-Carrasco. Le Portugais avait ensuite expliqué sa manœuvre dans les colonnes de So Foot.

« Au bout de cinq minutes à Nantes, j’ai vu que Martial n’appliquait pas les consignes que je lui avais données tout au long de la semaine. Je lui demandais d’être plus ambitieux, plus impliqué, de travailler plus parce qu’il avait le talent. C’est là que j’ai décidé de sévir et de marquer le coup. Que la sanction soit publique l’a blessé dans sa fierté et l’a poussé à réagir. »

A l’époque, nombreux sont ceux qui se payent l’homme de Madère, accusé de tuer l’un des plus grands espoirs du football français. De fait, tout était sous contrôle. Si bien que trois mois plus tard, Toto Martial piétinait déjà la Ligue 1 en toute sérénité et qu’un an après, il filait à Manchester United en échange d’un joli chèque.

Lemar et Bernardo Silva sont aussi passés par le banc et il en a été de même pour Mbappé (même si ce dernier a sans doute été le plus précoce du lot). Patience, travail et écoute sont les trois clés de la formule Leo. Mais le quadragénaire n'est pas vraiment un père fouettard, loin s'en faut. Vitor Silva, l'un des disciples du mister lors de son passage au Sporting (2013-14), est bien placé pour le savoir.

« Le plus important, c'est qu'il ne met aucune pression sur ses jeunes du moment qu'ils travaillent bien. Il leur laisse le droit de faire des erreurs. Et surtout, dès qu'un joueur est bon, il lui fait confiance, indépendemment de son âge ou sa trajectoire. William Carvalho qui venait de Belgique (Cercles Brugges, ndlr) en est le meilleur exemple. Personne ne le connaissait et Jardim lui a donné une chance. Aujourd'hui on voit où il en est », applaudit celui qui évolue désormais à Reus, en D2 espagnole.

La valorisation du jeune joueur plutôt que celle du résultat

Mais le technicien monégasque a-t-il toujours été un Arsène Wenger latin, ce parfait pédagogue maître dans l'art de jeter les novices dans le grand bain? A en croire l'un de ses joueurs à Braga (2011-12), préférant rester anonyme, pas vraiment.

« A l’époque, le club sortait d’une finale d’Europa League et l’effectif était très expérimenté, explique-t-il. J’avais déjà un peu plus de 20 ans et j’étais parmi les plus jeunes. Il y avait Pizzi (actuellement à Benfica) qui était archi fort mais il est parti assez vite (à l’Atlético Madrid). Et un autre jeune très fort, Guilherme. Je ne sais même pas s’il a joué lui », explique-t-il. Et d'ajouter:

« Jardim ne me réservait pas de traitement particulier, ou plutôt si, mais plus parce que j’étais étranger que jeune. Après peut-être que c’est ça son point fort : de responsabiliser les jeunes en ne les distinguant pas des autres. »

L'intéressé l'a concédé lui-même lors des moults interviews qu'il a livrées depuis son arrivée à Monaco, son expérience au Sporting et le revirement du projet monégasque (passé du PSG bis à un Porto ou Shakhtar de luxe) l'ont poussé à changer. C'est à ce moment qu'il a commencé à parler de « valorisation des athlètes » et à en faire un objectif aussi important que les résultats sportifs.

Et tant pis si les titres ne suivent pas forcément (ses seuls titres: champion de D3 et D2 portugaise), surtout pour un homme qui se satisfait de recevoir « un maillot des nouveaux clubs de mes anciens joueurs comme Martial à Manchester United ou Eric Dier à Tottenham » en guise de trophée. Une victoire bien méritée.