Serge Aurier, le 13 décembre 2015.
Serge Aurier, le 13 décembre 2015. - Stephane ALLAMAN/SIPA

« Dans une boîte normale, il aurait été viré. » Pas besoin de tendre l’oreille plus loin que la machine à café de votre entreprise pour connaître le sentiment général sur l’affaire Serge Aurier. Mis à pied à titre conservatoire après son dérapage sur Periscope, le latéral parisien manquera le huitième de finale de Ligue des champions contre Chelsea mardi mais ne sera pas pour autant contraint à faire ses cartons dans la semaine. Et ce, pour trois raisons.

Parce que c’est un non-sens économique

OK, le Barça a mis fin au contrat de Sergi Guardiola quelques heures après sa signature en décembre pour des tweets pro-Real Madrid. Mais si virer un milieu destiné à renforcer sa réserve n'est qu'une formalité, laisser libre un titulaire de son équipe première relève de l’inconséquence économique. Serge Aurier est un « actif financier » soulignait dimanche sur lequipe.fr le président de l’OL Jean-Michel Aulas. En le licenciant vous renoncez ainsi à sa valeur marchande.

C’est pas cher payé/Transfertmarkt

Selon le site spécialisé Transfermarkt, Aurier est évalué à un peu moins de 15 millions d’euros. Lié jusqu’en 2019, l’international ivoirien serait plutôt à vendre autour de 25/30 millions.

Parce que c’est un non-sens sportif

Jusqu’à sa sortie de route, tous les observateurs louaient l’énorme saison réalisé par le défenseur. Souvent blessé la saison dernière, Aurier s’est imposé ces derniers mois comme l’un des meilleurs joueurs du monde à son poste. Et à 23 ans, il n’a sans doute pas fini de progresser. En 2006, Paris avait décidé de licencier Vikash Dhorasoo, en conflit avec son entraîneur de l’époque Guy Lacombe. Difficile de comparer les deux situations car à 33 ans, le milieu de terrain vivait ses dernières heures de footballeur. Virer Aurier reviendrait à se priver d’un très bon joueur tout en prenant le risque qu’un de vos concurrents l’embauche quelques mois plus tard au mercato estival. Bref, vous vous affaiblissez et vous renforcez la concurrence.

Parce que le PSG n’est pas sûr d’être dans son droit

Ne comptez pas sur nous pour défendre la pertinence de propos tenus dans la vapeur d’une chicha un samedi soir. Mais si Serge Aurier aurait perdu toutes ses chances d’obtenir le titre d’employé du mois pour avoir qualifié Laurent Blanc de « fiotte », il ne serait pas non plus condamné d’office à un licenciement pour faute grave dans une entreprise autre qu’un club de football.

« C’est aux juges de décider si traiter publiquement son supérieur de fiotte est abusif, souligne Eric Rocheblave, avocat spécialisé en droit du travail. On regarde les pratiques du milieu, car vous avez le droit d’avoir un vocabulaire différent dans un bureau de la Défense que sur un chantier. On regarde les conséquences en termes d’image et en termes d’impact sur les performances futures du club, par exemple si le PSG prend 5-0 mardi. Il n’y a rien d’automatique dans ce domaine. »

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