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Sotchi 2014: Un triplé comme si vous y étiez

Sotchi 2014: Un triplé comme si vous y étiez

JEUX OLYMPIQUES – Jean-Frédéric Chapuis, Arnaud Boloventa et Jonathan Midol reviennent sur leur journée folle...
Julien Laloye

Julien Laloye

De notre envoyé spécial à Sotchi,

C’est Jonas Devouassoux, le quatrième larron éliminé en quarts de finale –que voulez vous ma bonne dame, il n’ya pas de la place pour tout le monde- qui vend la mèche le premier. «On a une blague qui courait pas mal au village entre nous. On se disait "C’est con, il n’y a que trois places sur le podium, ça fera forcément un déçu en finale". C’était pas loin hein». Tout près même, si les Français n’avaient pas merdouillé en qualifs. A ce moment de la journée, personne ne fait le fier-à-bras dans le staff tricolore. «Il fallait zapper ce mauvais début, souffle Xavier Kuhn, l’un des coachs. On leur a dit, "La porte on s’en fout, c’est maintenant qu’il faut vous mettre dedans."»

« [#Vidéo] Revivez la finale historique du ski cross avec le triplé français http://t.co/pOgtNwguf8 — JO 2014 Sotchi (@_JeuxOlympiques) 20 Février 2014 »

«Je ne veux pas savoir comment, mais vous me gagner ça»

A ma gauche, Jean-Frédéric Chapuis, «Le taulier, une saloperie de teigne», Jonathan Midol, « l’artiste du groupe, celui qui a de la magie dans les pieds», et Jonas Devouassoux. Les trois savent qu’il y aura un mort en quarts de finale. A ma droite, Arnaud Bovolenta, bien au chaud dans une partie de tableau sans les copains. «J’étais le dernier à partir, je voyais que tout le monde passait, je me suis dit "C’est une bonne chose on a les bons skis, la bonne glisse", je partais confiant. Et puis, c’est mieux de ne pas s’éliminer entre nous. Comme ça, j’ai réussi à rester dans mes runs jusqu’à la fin.»

Le jeune homme est modeste. Disons plutôt que son physique de bison mal réveillé suffit à faire valdinguer une concurrence transie de peur avant le troisième virage. «Avant de monter, j’avais dit aux gars "On se retrouve en finale", et là je vois qu’on sera trois». L’ancien skieur alpin, qui tirait la bourre à Pinturault à l’entraînement lors des débuts du petit génie du ski français, partage cette chance avec Jonathan Midol et Jean- Frédéric Chapuis. Pas de Devouassoux, donc, tombé au champ d’honneur un peu plus tôt.

«En finale, c’est chacun pour sa pomme»

«Je pensais pas être le troisième, mais en arrivant j’ai été direct avec eux. "Bon, vous faites chier de m’avoir sorti en quarts de finale, mais au moins, ne le faites pas pour rien. Triplé, doublé, je veux rien savoir, mais gagnez-moi ça." Pour Midol, c’est facile, il compte pour deux et ce frère blessé après un titre de vice-champion du monde l’an passé. «Michel [Lucatelli] me disait "Prends l’énergie de ton frère, prends l’énergie de ton frère", sur les courses d’avant c’était plutôt le contraire, je le voyais allongé sur son lit, ça me crispait plus qu’autre chose, mais là j’ai pensé à lui tout le long.»

Chapuis, lui, n’a pas besoin d’embrasser la photo de famille dans la poche. Le champion du monde en titre plane sur ses runs. Il ne laisse personne lui damer la piste la finale. «J’adore mes potes, mais en finale c’est chacun pour sa pomme. Ca fait quatre ans qu’on trime comme des malades quand même. Après, quand je me relève, je vois Arnaud derrière moi, je vois Jonathan à plat ventre au milieu du truc, je vois pas le quatrième arrivé, là je me dis c’est génial!» Premier triplé de l’histoire olympique à des Jeux d’hiver, c’est le bon mot en effet.