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Tour d'Espagne: Horner, vainqueur hors norme

Tour d'Espagne: Horner, vainqueur hors norme

CYCLISMEA presque 42 ans, le coureur de RadioShack remporte son premier grand Tour. Au point de susciter l’étonnement…
Romain Scotto

Romain Scotto

D’après la jurisprudence Jeannie Longo, Chris Horner a encore quelques belles années devant lui dans le cyclisme. Même à 41 ans et 10 mois. Le vétéran de la Vuelta a mâté la jeunesse pour remporter son premier grand Tour, dimanche, sans que personne ne le voit venir. «Je l’ai sous-estimé reconnaît Vincenzo Nibali, son dauphin au général, de quatorze ans son cadet. Il a démontré qu’il est très costaud. A 42 ans, c’est fort!» C’est même unique puisque le plus vieux vainqueur d’un grand Tour jusque-là (Lambot à 36 ans en 1922 sur le Tour de France), fait figure de petit jeunot à côté de lui.

Le «renouveau» du cyclisme s’accorderait donc avec le coup de force d’un quadra, forcément exposé aux doutes et aux attaques. Pour l’ancien coureur Nicolas Fritsch, qui l’a côtoyé à la Française des Jeux et chez Saunier Duval, le traitement réservé sur les réseaux sociaux à Horner n’est pourtant pas acceptable. «Je crois que c’est un délit de sale gueule. Il a 42 ans, ne ressemble pas à grand-chose, il monte tout en danseuse, donc on s’en prend à lui.» Le papy de RadioShack a aussi le tord d’avoir soutenu Lance Armstrong récemment. Et de compter Johan Bruyneel parmi ses «avocats.» «Mon CV est étonnant et l’a toujours été depuis que je suis passé pro. Je ne comprends pas d’où vient cette idée que j’arrive de nulle part», justifie l’intéressé.

«Un dur au mal»

A l’image de Froome, l’Américain doit bien accepter le lot de suspicions qui colle aux vainqueurs de grands Tours. «De toute façons, qu’est ce qu’il peut avoir de plus que les autres, questionne Fritsch. Il n’a quand même pas de produit miracle que Nibali, Rodriguez et Valverde n’ont pas. En prenant l’hypothèse où il y a dopage, comme Armstrong, il serait le plus fort avec les mêmes produits que les autres…»

Dans l’Angliru samedi, Horner a bien été le plus fort, en lâchant tous ses rivaux. Un col qu’il a gravi en 42’20, soit 25 secondes de plus que le record de Roberto Heras (2003). Impressionnant, mais pas surhumain selon son ancien coéquipier. «Je n’ai jamais eu de doutes sur lui. C’est un dur au mal que j’ai déjà vu finir une course avec un fémur cassé. C’est plus une question d’état d’esprit que de réelle usure physique. Je ne pense pas qu’il ait progressé à 42 ans. Il exprime juste ce qu’il a réellement dans le ventre.» Jusque-là, Horner ne se serait donc pas donné les moyens d’exploiter son potentiel. Il profiterait aussi de sa «fraîcheur», après un début de saison perturbé par les blessures. Et peut-être de l’envie de prolonger un peu le plaisir. Alors qu’il entamera en janvier sa 18e saison chez les pros, le vainqueur de la Vuelta est toujours à la recherche d’une nouvelle équipe.