Ligue des champions/PSG: Valence, le club qui vit à crédit
FOOTBALL•La situation économique du club espagnol est catastrophique...Julien Laloye
De notre envoyé spécial à Valence (Espagne)
De loin, la bête fait vaguement penser au Colisée, la grâce en moins. De près, le nouveau stade de Mestalla, situé à l’écart du centre-ville, au-delà des Jardins de Turia, qui font la réputation de Valence et le bonheur de ses promeneurs du dimanche, ressemble beaucoup plus à ce qu’il est: un immense chantier ni fait ni à faire, déserté depuis longtemps par ses ouvriers faute de financements. Le projet remonte à 2006, quand la crise immobilière n’avait pas encore touché l’Espagne, quand le Parti Populaire dépensait l’argent sans compter dans la région, quand le président valencian Juan Soler rêvait que la finale de la Ligue des champions 2010 se joue «dans le plus beau stade du monde». Sept ans plus tard, la moitié des hommes politiques du coin a été mis en examen pour corruption, trois présidents ont valsé, et Valence, endetté jusqu’au cou (350 millions d’euros), joue toujours dans son ancien stade de Mestalla.
«Le résultat d’une mauvaise gestion»
«Il est arrivé à Valence ce qu’il arrive à l’Espagne résume Sergio Morro, journaliste de l’agence EFE spécialiste du club. Une crise économique que personne n’avait vu venir, une mauvaise gestion, et des liens obscurs entre la politique et les banques.» Avec pour résultat, la nationalisation ou presque du club, dont la majorité des actions va passer aux mains du gouvernement local. Ce dernier doit en effet se porter garant pour Valence, incapable de payer ne serait-ce que les intérêts de sa dette colossale. Une opération reproduite pour sauver Elche et Hercules (L2), eux aussi dans la mouise. «Pendant des années, les politiques ont demandé aux banques, dont ils fournissaient la plupart des conseils d’administration, de prêter de l’argent aux clubs si ceux-ci en avaient besoin malgré les dettes. Voilà le résultat» détaille Sergio Morro.
Vu comme ça, Valence, présent chaque année en Ligue des champions, et ses joueurs, tous payés en temps et en heure, ne s’en sortent pas si mal. Mais si la direction ne fait pas payer ses errements passés aux supporters, qui pourront assister au match contre le PSG pour à peine dix euros, ces derniers commencent à désespérer sérieusement. «Avant en attaque on jouait avec Villa, Silva et Mata, se désole Joan, membre de la Curva Nord. Tous ont dû partir pour une question d’argent, et les autres suivront, il n’y a pas d’autres issues.»
Bientôt la nationalisation
Les coupables? Les banques bien sûr, mais aussi le président Manuel Llorente, bouc-émissaire idéal: «On est fatigués d’entendre des excuses. On veut un président qui nous dise les choses clairement et qui propose des solutions». Par exemple la vente des actions aux supporters, envisagée par le gouvernement, qui n’entend pas mettre un euro de plus dans les caisses. «C’est plus utopique qu’autre chose, puisqu’en théorie les dirigeants ne peuvent pas ouvrir le capital de plus de 5 millions d’euros par an explique Sergio Morro. La solution ce serait qu’un investisseur arrive et rachète tout, y compris la dette.» Dommage, les Qataris sont déjà pris.


















